Yaoundé boude ses nouvelles rues

La capitale a une nouvelle politique d’adressage. Des quartiers ont changé de nom depuis des années, mais les populations n’en tiennent pas compte.

Il est 6h45. Samuel, habitant du quartier Odza, se rend à son lieu de service. Il doit emprunter un taxi pour parcourir une quinzaine de kilomètres. Chaque matin, le jeune homme propose « 500 Cfa pour la Maison de la Radio ». Didier et Antoine quant à eux se rendent aux lieux dits carrefour des carreaux et Poste centrale. Comme eux les autres habitants de la ville désignent ainsi ces trois quartiers. Pourtant les dénominations « maison de la Radio », « Carrefour des carreaux » et « Poste centrale » ne sont pas reconnues par la municipalité.

 Depuis 1994 la Communauté urbaine de Yaoundé a opté pour une nouvelle politique d’adressage. Rues, quartiers et avenues ont pour la plupart changé de nom. Un Comité d’adressage a d’ailleurs été mis sur pied. Il est question d’embellir la cité, et d’en uniformiser l’aspect. A cet effet des plaques bleues ont été installées dans nombre de rues. Des numéros ont aussi été attribués aux immeubles et domiciles. Les nouveaux noms de baptême ont une portée historique et culturelle.
 
Une vingtaine d’années plus tard, les populations de Yaoundé continuent d’ignorer les nouvelles adresses.  Elles leur préfèrent les anciennes dénominations. La Place Ahmadou Ahidjo par exemple est toujours appelée Poste centrale. L’expression carrefour des carreaux désigne pour longtemps encore le Boulevard de l’OUA. De la même manière le lieu dit maison de la Radio désigne l’Avenue Conrad Adenauer.

Des dizaines d’autres noms de baptême restent ainsi boudés. Pour Jackson, jeune débrouillard, « La communauté urbaine n’a pas mis les plaques bien en évidence». Cette excuse semble inopportune, car les plaques sont bien présentes dans les rues et sur les édifices publics.
Cette ignorance est assimilable à un rejet. Pour André, vendeur, «Nous ne prenons pas en considération les nouvelles adresses. Depuis la naissance nous utilisons des dénominations précises». Les conducteurs de taxi ne sont pas en reste. « Une rééducation s’impose pour eux car ils ne connaissent pas les nouvelles destinations ».

Outre le rejet et l’ignorance des dispositions communales, l’on observe l’érection de quartiers surprenants. L’on peut citer les carrefours caca et beignet. Ici l’activité économique est mise en avant, de même que les mauvaises pratiques qui s’y développent. Quoi qu’il en soit la nouvelle politique d’adressage n’a pas encore eu l’effet escompté. Le développement tant souhaité n’est pas l’apanage de la ville de Yaoundé. Le nouvel adressage, ce n’est manifestement pas pour aujourd’hui.

Olivier Ndema Epo

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