Volker Finke : « Au Cameroun, le fonctionnement du football est particulier »

Volker Finke, le 20 janvier à Malabo en Guinée équatoriale | © REUTERS / AMR DALSH
Volker Finke, le 20 janvier à Malabo en Guinée équatoriale | © REUTERS / AMR DALSH

Limogé le 30 octobre dernier, l’entraîneur sélectionneur des Lions Indomptables clarifie ses dernières déclarations dans les médias, fait son bilan et revient sur les écueils qui ont plombé son travail.

Au moment où la décision de vous limoger tombe, où étiez-vous et que faisiez-vous ?
J’étais en train de travailler sur la liste. J’étais en contact avec l’entraîneur d’un joueur qui va jouer pour le Cameroun. Permettez que je ne donne pas ce nom. Mais, sachez que j’étais en plein boulot.

Il vous est reproché de n’avoir pas répondu à la demande d’explication qui vous a été servie après le match amical contre le Nigeria. Qu’en dites-vous ?
J’ai déjà apporté un démenti par rapport à cela, et je suis un peu déçu que des gens aient développé un mensonge comme celui-là. La vérité est que j’ai reçu un mail d’Odilia, la secrétaire de M. Tombi à Roko, où on me demandait de répondre dans les 48 heures. Et je n’étais pas dans de bonnes dispositions pour y répondre, puisque j’étais loin de mon bureau. J’étais étonné que l’on me serve cette demande d’explication, parce que je ne suis pas responsable pour le transport, sur l’engagement du chauffeur du bus et tout ça (…) Lors du match amical contre le Nigeria, on a délocalisé le match la veille et sans nous informer du temps qu’il fallait pour se déplacer vers le nouveau stade. Les organisateurs nous ont fait savoir qu’il fallait 20 minutes, 30 minutes maximum pour y arriver (…) J’étais à Marseille pour regarder le match contre Lorient quand j’ai reçu cette demande d’explication. Je n’y étais pas seulement pour faire mon travail qui est de superviser, mais aussi pour causer avec les joueurs Benjamin Moukandjo et Nicolas Nkoulou. Ce sont des choses importantes dans mon travail, à savoir être toujours en contact avec les joueurs. Il était question de faire aussi une analyse du dernier match avec ces joueurs. J’ai lu qu’il fallait apporter des explications dans les 48 heures. Le français n’est pas ma première langue. Pour moi, il était clair que je rentre dans mon bureau en Allemagne le lundi, après le week-end, parce que la rencontre se disputait le week-end. Pour moi, c’était clair qu’il fallait retourner en Allemagne et répondre à cette demande d’explication. Je ne pouvais pas le faire avec mon téléphone portable. J’ai donc fait un mail pour m’excuser de le faire de mon téléphone portable, parce que je suis à Marseille. Et j’ai dit que je ne pouvais pas répondre à un courrier aussi sérieux dans un format négligé du téléphone. Et après, on a dit que je n’ai pas répondu à une demande d’explication, que j’ai manqué de respect à la hiérarchie. Mais, ça c’est grave ! Ce n’est pas vrai. J’ai répondu à Odilia, en lui expliquant par Mobile Phone que j’allais répondre une fois retourné en Allemagne et j’ai mis en copie Alphonse Tchami (le Team manager, ndlr), qui a promis de transmettre et il a envoyé mon mail le lundi suivant.

Après la Coupe du Monde, on avait décidé de nettoyer l’équipe et on avait parlé de reconstruction. Il y avait une liste noire de 12 joueurs non convocables… J’ai commencé à me battre pour sortir des joueurs de cette liste pour les ramener dans l’équipe, deux, trois, l’un après l’autre. Jusqu’avant le début de la dernière Can, je me suis beaucoup battu pour le retour d’Alexandre Song. Il y avait un véto mis sur lui et c’était dommage.

Pendant votre séjour à la tête des Lions Indomptables, qui négocie les matchs amicaux ?
Il y a vraiment un cafouillage sur ce point, parce qu’on a toujours fait savoir par des rumeurs que c’est l’entraîneur qui négociait. J’ai négocié un seul match amical depuis que je suis là : celui contre la sélection allemande, avant le départ pour la Coupe du Monde, parce qu’il fallait conclure le stage avec un bon match face à un adversaire de bon niveau. J’avais été très heureux de la négociation et de la conclusion de ce match en quelques jours seulement. Quand le sélectionneur de l’Allemagne m’a appelé pour confirmer le match, les responsables de la Fédération allemande l’ont aussi indiqué en précisant qu’il était aussi important pour eux de se préparer avec moi. Ils m’ont demandé d’en parler avec les responsables du Cameroun pour finaliser le contrat. C’était le meilleur contrat, le meilleur cachet et les meilleures conditions pour un match amical depuis que j’étais là. Quant aux autres matchs, je n’ai jamais été associé à la négociation d’un match. Généralement, on me demande si je suis d’accord pour un adversaire donné. On sait que généralement, ce sont de grandes entreprises qui négocient les matchs comme Sport Five. Ici, on travaille avec des agents de matchs, à qui on donne un mandat. Et ce mandat a été toujours donné par le secrétaire général de la Fécafoot.

Vous avez déclaré aussi que le secrétaire général de la Fécafoot se comporte comme un homme d’affaires. Pourquoi ?
Je redis que pour tous les matchs amicaux, c’est le secrétaire général de la Fécafoot qui a donné un mandat à un agent de match. Quand j’arrivais, il y avait Ribéro qui avait négocié déjà des matchs amicaux pour le Cameroun. Et pour le dernier match amical, c’est un certain Jo Kamga que j’ai rencontré pour la première fois à Frankfort, à l’aéroport, lorsqu’il a fallu se déplacer pour Singapour. Il a négocié le match contre le Burkina Faso et contre la Rd Congo et les matchs amicaux en Asie. Je ne comprends pas comment on a toujours dit que c’est l’entraîneur et Alphonse Tchami qui négociaient des matchs et que nous travaillions pour des intérêts personnels. Ce sont des mensonges.

On parle beaucoup d’un livre que vous avez écrit sur l’équipe nationale de football du Cameroun, les Lions Indomptables. Est-ce vrai ?
Ça fait exactement partie de ces mensonges dont je vous parle. Je n’ai jamais écrit un livre de cette nature. C’est comme ça qu’on instrumentalise les gens et c’est de cette façon qu’on a réussi à déstabiliser l’équipe. Depuis que je suis là, il y a des gens qui ont travaillé pour déstabiliser cette équipe, parce que je n’ai pas voulu jouer leur jeu.

L’actuel président de la Fécafoot a donné les raisons qui l’ont amené à vous limoger : instabilité dans vos choix depuis la dernière Coupe du Monde, jeu stéréotypé des Lions et indiscipline dans l’équipe. Que répondez-vous ?
Je n’ai jamais vu M. Tombi à l’intérieur de la tanière, ni à une séance d’entraînement des Lions. S’il pense qu’il peut apporter un jugement sur des questions techniques de football, il est libre de le faire. Je préfère rester dans mon domaine. Après la Coupe du Monde, on avait décidé de nettoyer l’équipe et on avait parlé de reconstruction. Il y avait une liste noire de 12 joueurs non convocables. On avait dit entendre ceux-là devant une Commission d’éthique et de discipline. Il n’y a jamais eu d’audition. J’ai commencé à me battre pour sortir des joueurs de cette liste pour les ramener dans l’équipe, deux, trois, l’un après l’autre. Jusqu’avant le début de la dernière Can, je me suis beaucoup battu pour le retour d’Alexandre Song. Il y avait un véto mis sur lui et c’était dommage, parce qu’il y avait une bonne équipe, mais avec des soucis dans l’axe du milieu de terrain. La suspension de Mbia au premier match de cette Can et ensuite la blessure d’Enoh Eyong ont été préjudiciables pour nous lors des matchs du premier tour. Dans notre groupe, toutes les équipes avaient le même niveau et il a manqué à notre équipe juste quelqu’un qui pouvait faire la différence.

Etes-vous satisfait de votre bilan avec les Lions ?
La vérité est qu’après la Coupe du Monde, on a fait 18 matchs. On n’a perdu que deux : un match officiel, celui contre la Côte d’Ivoire à la Can et le deuxième match perdu a été celui joué contre le Nigeria en amical. Mais, il faut dire qu’il y a eu beaucoup de petits problèmes autour de ce match avec le manque de visas pour certains joueurs et encadreurs. Il y a eu aussi des défections sur blessure de Bedimo, Matip et Choupo Moting. J’avais convoqué quatre latéraux et un seul a été là. Heureusement que c’était seulement pour un match amical. C’est pourquoi avec dix victoires, deux défaites et six matchs nuls, on ne peut pas cracher dessus. Quand, au début des éliminatoires de la Can 2017, on est leader de notre groupe avec six points en deux matchs. L’équipe est dans une bonne direction. Il faut le dire, les objectifs fixés dans mon premier contrat, à savoir la qualification pour la Coupe du Monde et la Can 2015 ont été atteints. Je suis aussi convaincu que le Cameroun va se qualifier à l’issue des deux matchs de cette semaine contre le Niger. Il y a une bonne ambiance au sein du groupe et j’espère que cette fois, en match officiel, on va jouer avec les meilleurs joueurs.

On parle de l’indiscipline en vous accusant de perdre la main sur les joueurs …
Vous allez me pardonner de ne pas discuter d’une affaire pareille dans les médias. Je sais qu’il y a une bonne ambiance dans l’équipe. Quand il y a un joueur qui se comporte mal, on réagit. Je peux le prendre à côté pour parler avec lui et après ça passe. S’il y a un joueur qui ne porte pas les sandales de Puma, par exemple, si l’un des kinés ne peut pas arriver au lieu du stage parce qu’il n’a pas de visa et est arrivé avec trois jours de retard, avec des colis contenant du matériel conforme, comme ces équipements à porter par les joueurs, on ne doit pas parler d’indiscipline. Franchement, il va falloir chaque fois préparer le déplacement avec des visas pour tout le monde.

Stéphane Mbia a-t-il refusé de jouer au poste de latéral droit que vous lui avez proposé lors de ce match contre le Nigeria ?
Ce n’est pas du tout vrai. C’est incroyable. Ce n’est pas du tout cela.

Il se dit que chaque fois que vous avez envoyé une liste pour convoquer des joueurs, on les modifie en remplaçant certains noms. Qu’en dites-vous ?
Non ! Ce n’est pas vrai. Il y a eu un malentendu avec un modérateur qui m’a fait une interview pour une télévision. La liste de 12 joueurs non convocables était après la Coupe du Monde. La liste des joueurs retenus pour la Coupe du Monde, c’est moi qui l’ai faite. On a essayé de m’imposer des joueurs. Je précise que c’est moi seul qui ai fait la liste des 23 joueurs pour la Coupe du Monde, contrairement à ce qui a été écrit quelque part. Il y avait beaucoup de personnes qui ont essayé de me faire la pression. Mais, je dois dire que c’était une liste faite par Volker Finke.

Quels sont ceux qui ont essayé de vous mettre la pression pour imposer des joueurs ?
Ce sont des choses que je ne peux pas dévoiler. On a essayé de m’imposer un changement des gens au sein du staff. J’ai refusé et j’ai décidé de continuer avec ceux qui étaient là. Mais, je ne peux pas publier leur identité. J’insiste encore que c’est après la Coupe du Monde qu’il y a eu cette liste noire, avec 12 noms de joueurs à ne plus convoquer.

Après la décision de votre limogeage, vous êtes encore arrivé au Cameroun. C’était pour quoi faire ?
C’est clair que je réside au Cameroun. Il fallait que je vienne régler des questions liées à mon appartement et autres. J’ai lu que je suis venu avec trois avocats internationaux. C’est complètement faux. Je suis venu seulement avec Ibrahim Tanko (son adjoint, ndlr). On était à la banque pour régler des situations sur les comptes. Ce qui est normal.

Est-ce que vous avez porté plainte contre le Cameroun ?
Dans les milieux du football, les choses sont simples. Il y a des règlements. J’avais un retard de payement de salaire. Cela a été réglé. On a payé tous les mois jusqu’en octobre. C’était le 30. Pour toutes les autres questions liées à mon contrat, je souhaite qu’on puisse trouver une solution amiable. C’est normal dans le monde du football. Je ne peux pas me mettre à faire de grandes déclarations pour dire que je vais faire ceci ou cela. Je suis convaincu que les deux parties vont rapidement trouver une solution amiable. On m’a suspendu de mes fonctions, sachez-le. Je n’ai lu que des mensonges ces derniers jours. Il n’y a que des histoires qui sont racontées ici et là et c’est grave. J’espère qu’on va pouvoir trouver un arrangement amiable, parce que pour moi, il n’est pas question de me mettre en guerre. J’espère que les deux parties vont s’entendre.

Quels sont vos rapports avec vos anciens adjoints que sont Alexandre Belinga et Bonaventure Djonkep ?
Nous n’avons aucun problème. Pendant les deux jours que j’ai passés ici, ils sont venus me voir et on a causé et discuté un peu de cette liste de 25 joueurs, parce que c’est celle que j’ai faite. Il n’y a eu aucun changement, ni modification.

Qu’est-ce qui explique le retard que vous avez accusé pour convoquer Carlos Kameni ?
J’étais avec lui au mois de juillet. J’étais allé regarder un match que Malaga jouait en Allemagne contre Fribourg. Je suis allé le voir, parce que de 2013 à 2014, il était toujours le n°2 dans cette équipe. Mais, au cours de la dernière saison, il est revenu comme titulaire. Il a fait de bons matchs. Je lui ai souhaité bon vent en Espagne et en lui disant qu’on va suivre ses matchs et que peut-être on va se voir bientôt. Et justement, le match contre le Nigeria a permis de voir que le jeune gardien de buts Ondoua avait des problèmes. Il est titulaire chez les Lions et malheureusement, il ne joue plus en club.

Si vous étiez encore là, Alexandre Song allait-il revenir dans cette équipe ?
Je ne suis plus le responsable en ce moment. J’avais trouvé des accords avec lui pour la dernière Can ; il était prêt. J’avais causé avec lui plusieurs fois. Mais, il y a eu des responsables au Cameroun qui n’ont pas été favorables. A la Can, il nous a manqué un joueur comme Alexandre Song et il était jusqu’au dernier moment sur ma liste. Mais, il y a eu un véto contre lui.

Qui a mis ce véto ?
Je ne donne pas de nom. C’est à vous de savoir de quoi je parle et de là où c’est venu. Mais, il est resté en forme, sauf qu’au cours des derniers trois mois, il était blessé, comme vous le savez.

Quel est le souvenir que vous gardez à la tête des Lions Indomptables ?
J’ai beaucoup gagné avec cette équipe, parce que chaque jour, il y avait toujours quelque chose qui se passait de différent. Je comprends maintenant le fonctionnement du football en Afrique. J’ai gagné en expérience sur ce point. Je croyais connaître beaucoup le football africain pour avoir travaillé avec les Burkinabés, les Maliens et autres. Mais, au Cameroun, c’est particulier. Vraiment, je ne regrette pas du tout d’avoir fait le travail pour le Cameroun. Ça été une expérience enrichissante, avec des personnes que j’ai rencontrées.

Si vous aviez un conseil à donner aux dirigeants du football camerounais pour que les Lions reviennent au meilleur niveau, que leur diriez-vous ?
Ce n’est pas à moi de donner des conseils. Il faut renforcer la formation, les capacités et la compétence, parce que le football a changé. Il ne faut pas travailler beaucoup avec le passé en football. Pour progresser, il faut être up to date avec les changements dans le foot.

Quels ont été vos rapports avec les dirigeants de la Fédération camerounaise de football ?
Je ne peux pas parler de cela à travers les médias. Me mettre à parler de cela serait un sacrilège. Dans le football on ne parle pas des choses comme ça.

Source : © Le Jour

Propos recueillis par Achille Chountsa

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