Terrorisme : Le nord du Cameroun sous la menace permanente de Boko Haram – 25/05/2015

Le nord du Cameroun sous la menace permanente de Boko Haram | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik
Le nord du Cameroun sous la menace permanente de Boko Haram | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik

Depuis plus d’un an, le groupe islamiste Boko Haram sévit dans les pays du bassin du lac Tchad. Au Cameroun, la province de l’Extrême-Nord subit des attaques répétées du groupe. Mais cette région accueille aussi des dizaines de milliers de réfugiés du Nigeria voisin.

Le même scénario se répète à travers l’Extrême-Nord du Cameroun. Des villages sont pillés, des habitants sont tués, des maisons sont brûlées. La situation est telle que certains villages sont aujourd’hui déserts.

C’est le cas de Malika, le village natal d’Étienne Tabzawy, qui est aujourd’hui étudiant dans la ville de Mokolo, à 25 kilomètres de la frontière nigériane. En janvier dernier, le groupe terroriste Boko Haram a attaqué et pillé son village. Sa famille a survécu à l’attaque, mais a dû quitter le village.

Étienne vit aujourd’hui seul à Mokolo, une ville qui échappe, pour l’instant, aux assauts de Boko Haram. Cependant, il n’ose plus retourner auprès de sa famille.

Étienne Tabzawy, étudiant au collège protestant de Mokolo | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik
Étienne Tabzawy, étudiant au collège protestant de Mokolo | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik

« Dans notre village, aux alentours, il y a des guerres chaque jour : les militaires contre Boko Haram. On entend toujours le son des armes, poursuit Étienne Tabzawy. Depuis que je suis ici, à Mokolo, je n’ai pas entendu un seul bruit d’armes, donc je suis plus en sécurité. »

« Quand ils viennent, ils sont toujours masqués. On n’a jamais vu le vrai visage de Boko Haram » — Étienne Tabzawy, étudiant à Mokolo

Même si Mokolo n’a pas encore été attaquée, les villages avoisinants n’ont pas été épargnés, et les habitants n’osent plus s’aventurer hors de la ville. Au lycée bilingue de Mokolo, bien des professeurs ont déserté les lieux. « Certains professeurs refusent de venir à cause de Boko Haram », explique un étudiant du lycée, Ali Mabdou.

« Les professeurs disent qu’ils se sentent menacés. Au lycée, on se parle entre nous, les étudiants, on se fait les cours entre nous, parce qu’on a les examens à préparer, on n’a pas le choix », dit Ali Mabdou, étudiant au lycée de Mokolo.

Les attaques de Boko Haram dans l’Extrême-Nord du Cameroun ont forcé, depuis un an, plus de 26 000 personnes à fuir leur village, pour trouver refuge ailleurs dans la région.

Une zone de guerre

La province de l’Extrême-Nord du Cameroun, à forte majorité musulmane, est la plus pauvre du pays. Cette région aride, montagneuse et isolée est aujourd’hui considérée comme une zone de guerre par le gouvernement camerounais.

Les membres de Boko Haram se terrent dans les montagnes, posent des mines artisanales sur les routes et pillent régulièrement les villages. D’abord arrivés du Nigeria, ils recrutent désormais aussi des jeunes Camerounais dans leurs rangs.

Les soldats sont postés en permanence dans la région, autant dans les villages qu’aux frontières du pays, et les affrontements entre militaires et terroristes sont presque quotidiens. Bien que l’armée camerounaise ait subi des pertes humaines récemment, le gouverneur de la province Midjiyawa Bakari assure que l’armée garde le dessus.

« Les résultats sont palpables, le calme revient progressivement, les frontières sont tenues. Nous enregistrons de moins en moins d’attaques de Boko Haram », affirme Midjiyawa Bakari, gouverneur de la province de l’Extrême-Nord.

Des réfugiés nigérians par dizaines de milliers

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, plusieurs villages ne sont qu’à quelques kilomètres du Nigeria. Et la situation est encore plus critique dans ce pays où Boko Haram a ses racines.

À environ 30 kilomètres de Mokolo se trouve un camp de réfugiés de l’ONU, celui de Minawao. Il y a un an, il abritait à peine 3000 réfugiés nigérians. Aujourd’hui, plus de 35 000 personnes s’entassent dans les tentes et de nouveaux réfugiés arrivent presque chaque jour.

Rokaya et un de ses enfants | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik
Rokaya et un de ses enfants | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik

Rokaya, une résidente de Kumari, dans le nord-est du Nigeria, fait partie des nouveaux venus. Elle a fui son village à la mi-mai, avec ses six enfants, après une attaque de Boko Haram. Mais son mari n’a pas survécu.

« Boko Haram est venu nous chasser. Quand ils sont venus, ils ont égorgé nos maris et nos enfants. On ne sait pas ce que veut Boko Haram. On ne sait pas qui ils sont. » — Rokaya, réfugiée au camp de Minawao

Le représentant des réfugiés de Minawao, Luka Isaac, est au camp depuis près d’un an. Il a lui aussi été témoin des exactions de Boko Haram, en juillet dernier, dans son village de Gwoza, dans l’État de Borno, au Nigeria.

« Ils ont attaqué notre village, ils ont brûlé toutes les maisons et ils ont tué une quinzaine de personnes, explique-t-il. Ce jour-là, nous avons couru pour sauver nos vies. »

Comme bien des victimes de Boko Haram, Luka ne comprend pas les motivations du groupe.

« Ils sont d’abord venus pour détruire toutes les écoles de l’État de Borno. Ensuite, ils ont commencé à brûler les églises. Ils tuent maintenant des gens dans les mosquées. Nous ne sommes pas capables de dire ce qu’ils veulent vraiment. » — Luka Isaac, réfugié nigérian

Luka espère toutefois qu’avec l’arrivée du nouveau président nigérian, Muhammadu Buhari, la situation s’améliorera.

Luka Isaac, 37 ans, représentant des réfugiés de Minawao, a fui le village de Gwoza au Nigeria | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik
Luka Isaac, 37 ans, représentant des réfugiés de Minawao, a fui le village de Gwoza au Nigeria | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik

« Le président est originaire du nord, et ce problème touche le nord, explique-t-il. Alors, peut-être que le président tentera de remettre les choses en ordre pour que la paix revienne dans le nord du Nigeria. »

L’emploi comme rempart contre le terrorisme

Pendant que l’armée camerounaise continue sa lutte contre Boko Haram, le gouvernement tente de dissuader les jeunes de rejoindre le groupe.

Le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, explique que certains Camerounais voient dans le groupe terroriste un moyen pour se sortir de la pauvreté.

« Les jeunes qui ont été enrôlés dans la nébuleuse, pour la plupart, étaient des chômeurs. Il était donc grand temps de voir comment on peut leur trouver un emploi. » – Midjiyawa Bakari, gouverneur de la région de l’Extrême-Nord

Dernièrement, le gouvernement camerounais a mis sur pied un programme d’emplois pour les jeunes de la province de l’Extrême-Nord, qui vise à les former à un métier, puis à leur garantir un emploi pour quelques mois.

« Ils travaillent pendant six mois, et au terme de ces six mois-là, l’épargne qu’ils vont dégager sera multipliée par trois par les pouvoirs publics, pour leur permettre de se réinsérer dans le circuit économique », explique le gouverneur.

Malgré ces efforts, le conflit mine grandement la prospérité économique de cette région déjà pauvre. Les échanges commerciaux avec le Nigeria, principal partenaire économique du Cameroun, sont presque à l’arrêt.

À ce ralentissement économique s’ajoute la menace de la famine, car les populations ont fui leurs terres.

« Les populations se sont éloignées de la ligne de front pour se mettre en sécurité, et dans ces conditions, elles ne pouvaient pas cultiver leurs terres, donc le risque de la famine pesait sur la région. » — Midjiyawa Bakari, gouverneur de la région de l’Extrême-Nord

Pour le moment, au Cameroun, comme au Nigeria, personne ne peut prédire quand le groupe Boko Haram sera éradiqué, mais les habitants des deux pays gardent espoir que ce cauchemar prendra bientôt fin.

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« Tout ce qui a un début a une fin, dit Luka Isaac. Un jour, la paix reviendra dans notre pays. Un jour, tout ceci sera du passé. »

Source :  © ICI.Radio-Canada

Par Bouchra Ouatik

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