Terres “accaparées” : séance d’explications entre Bolloré et les communautés locales – 25/10/2014

Shiaka Musa Sama, porte-parole de la chefferie de Malen dans le sud-est de la Sierra Leone et ancien député de l'opposition. © DR
Shiaka Musa Sama, porte-parole de la chefferie de Malen dans le sud-est de la Sierra Leone et ancien député de l’opposition. © DR

C’est une première. Ces négociations ont impliqué des représentants venus de Sierra Leone, du Liberia, du Cameroun, de Côte d’Ivoire et du Cambodge.

“Cela fut difficile, mais finalement, nous avons obtenu cette rencontre avec le groupe Bolloré, représenté par sa secrétaire générale, Marie Annick Darmaillac. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes considérés désormais comme des interlocuteurs légitimes et non plus comme des criminels. Le dialogue a commencé. En revanche, les représentants de Socfin ne sont pas venus et, sur ce point, nous sommes déçus”, a indiqué Shiaka Musa Sama, porte-parole de la chefferie de Malen dans le sud-est de la Sierra Leone et ancien député de l’opposition. Cette absence confine à la schizophrénie . Pourquoi ? D’un côté, le groupe Bolloré est censé remonter auprès de la Socfin les demandes des paysans. De l’autre, il se trouve que Bolloré est l’actionnaire principal de Socfin, holding luxembourgeoise, et ce, à hauteur de 38,7 %. C’est dire que le président du groupe Bolloré, Vincent Bolloré, siège au conseil d’administration.

Les noeuds du différend

Ces dernières années, en Afrique et en Asie du Sud-Est, Socfin a investi dans des plantations industrielles de palmiers à huile et d’hévéas. Entre 2011 et 2014, les surfaces plantées des filiales africaines sont passées de 87 303 à 108 465 hectares. Derrière cette réalité, il y a eu beaucoup de controverses autour des acquisitions de terres. Des milliers de villageois expropriés estiment en effet avoir été floués. Ils dénoncent les pressions subies, la corruption, le manque d’informations et de transparence autour des négociations conduites, mais aussi la faiblesse des compensations financières obtenues, les mauvaises conditions de vie et de travail au sein ou à proximité des plantations. Un mécontentement qui a conduit à des émeutes au Cameroun, au Liberia et en Sierra Leone en 2012 et en 2013. Parallèlement, des paysans riverains ont été poursuivis pour avoir détruit des plants de palmiers sur les terres de la Socfin.

Les points revendiqués par la coalition des paysans

Aujourd’hui, la coalition internationale de paysans, appuyée par l’organisation française ReAct, réclame un règlement global du conflit, sur la base de la levée des poursuites judiciaires et d’un agenda préétabli. Concrètement, les demandes de la coalition portent sur la création de zones tampons autour des villages, la réalisation d’infrastructures sociales et sanitaires, la création d’emplois suffisamment rémunérés.

“En Sierra Leone, les emplois créés sont misérables, avec des salaires inférieurs à 3 $ pour une journée de 8 heures”, relève Shiaka Musa Sama. La coalition de paysans demande également la mise en place d’un programme de soutien aux planteurs locaux comprenant la fourniture de semences, d’engrais, de l’assistance technique. “Certains sont d’accord pour céder leurs terres à Socfin, d’autres non. On doit permettre à ceux qui le veulent de continuer à vivre de leurs terres”, précise l’ancien député.

Autre point de crispation : les compensations financières accordées aux paysans. “À Malen, c’est 12 $ par hectare et par an que doivent se partager l’État, les autorités locales et les paysans locaux. À l’arrivée, il ne reste pas grand-chose pour le paysan. C’est le même problème au Cameroun et dans les autres pays”, pointe Shiaka Musa Sama. La coalition demande aussi la désignation d’une expertise indépendante chargée de faire la lumière sur les terres “accaparées” et d’évaluer les impacts environnementaux.

Sur ces diverses revendications, le groupe Bolloré n’a pas souhaité s’exprimer publiquement pour le moment, mais la direction de la communication évoque une “situation apaisée”. “C’est une victoire pour nous d’être ici. (…) Nous attendons que Bolloré revienne vers nous avec les réponses de la Socfin, dans un délai d’un à deux mois. Mais au-delà, si nous n’avons pas de réponses, nous reprendrons les manifestations dans les diverses plantations”, a toutefois averti Emmanuel Elong, président du Syndicat camerounais des paysans riverains de Bolloré.

Source: Le Point Afrique Par Christelle Marot

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