Tchad : la lutte contre le tabac sous l’ombre de la contrebande

Affiche publicitaire du tabac au Lycée Bilingue de Yaoundé au Cameroun | Illustration/DR
Affiche publicitaire du tabac au Lycée Bilingue de Yaoundé au Cameroun | Illustration/DR

Le Tchad est le premier pays en Afrique centrale à avoir apposé des avertissements santé chocs sur les paquets de cigarettes, mais il doit désormais faire face à une contrebande de plus en plus forte.

Le Tchad est le premier pays d’Afrique sub-saharienne à avoir apposé des avertissements santé chocs composés d’une photo et d’un texte sur les 70% des deux faces principales des paquets autorisés à la vente au Tchad.

La loi anti-tabac s’est fixé trois objectifs: réglementer la consommation des cigarettes et autres produits du tabac, ainsi que toutes autres matières y afférentes; déterminer l’étendue de l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou recevant du public afin de protéger les populations tchadiennes, en particulier les jeunes, contre les effets nocifs liés à l’usage du tabac; et sensibiliser la population sur les dangers de l’usage du tabac et l’exposition à la fumée du tabac.

Pendant de longues années, cette loi est restée sans effet, faute de texte d’application. Mais avec la promulgation de l’arrêté portant réglementation du conditionnement et de l’étiquetage des produits de tabac au Tchad, le 10 février 2015, la lutte antitabac connaît une nette avancée. “C’est une mesure très efficace de lutte antitabac qui répond au droit à l’information du fumeur qui doit être conscient du danger qu’il encourt en absorbant la fumée tabac”, déclare Yaya Sidjim, secrétaire général adjoint de l’Association pour la défense des droits des consommateurs (ADC) et coordonnateur de la coalition “Stop-tabac Tchad”.

Cette réglementation avant-gardiste classe le Tchad parmi les pays pionniers dans la zone africaine de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la lutte antitabac. Ainsi, le Tchad est devenu le 4ème pays après l’Ile Maurice, Madagascar et le Niger, à adopter des textes obligeant les manufacturiers de mentionner les avertissements sanitaires en images sur les cartouches, paquets, caisses et tous autres emballages des produits du tabac.

Le Tchad va plus loin que l’Ile Maurice, qui a une réglementation plus stricte, en instituant que: “les mises en garde sanitaires et les messages doivent couvrir au moins 70% des faces principales de l’emballage”.

L’arrêté du 10 février 2015 fait notamment obligation aux fabricants d’indiquer sur les conditionnements du tabac, des mentions telles que “vente au Tchad”, le numéro du lot, le nom, l’adresse et le pays du fabricant en Arabe et en Français (les deux langues officielles) de manière claire et lisible. “Nous encourageons le gouvernement à adopter d’autres mesures concourant à protéger les générations actuelles et futures des effets néfastes du tabac et de l’exposition à la fumée du tabac”, déclare Yaya Sadjim.

Neuf mois après la signature de l’arrêté précité, les fabricants et les importateurs commercialisant des cigarettes sur le marché tchadien se devaient de respecter la loi et d’apposer les nouveaux avertissements sur les paquets. La Manufacture de Cigarettes du Tchad (MCT), filiale du Groupe Imperial Tobacco, qui est le seul fabricant de cigarettes au Tchad, s’est donc soumise à la nouvelle réglementation mais se retrouve cependant victime de l’arrivée massive de produits de contrebande qui perturbent gravement le marché.

Les fumeurs tchadiens n’ayant été que très peu avertis de l’arrivée de ces marquages, ont été choqués et ont préféré se tourner vers des paquets sans photo qui sont des paquets interdits au Tchad.

“La porosité des frontières combinée aux difficultés des autorités de stopper cette contrebande a conduit la manufacture locale à une perte de plus de 40% de ses volumes mensuels en quelques mois”, explique un responsable de projets Ventes et Marketing de la MCT.

Aujourd’hui, le marché tchadien est gangréné de ces produits illicites qui ne comportent aucun avertissement santé et dont la provenance est douteuse. “Certaines marques arrivent tout droit du sud de la Libye et d’autres arrivent facilement du nord-Nigéria, zone sous le contrôle de Boko Haram”, affirme Daphné Vergucht. Les régions frontalières avec le Cameroun et la Libye sont particulièrement touchées par ce trafic illicite.

Parmi les “champions” de cette contrebande lucrative, des marques comme Excel, Dunhill et Rothmans (du Groupe British American Tobacco) très présentes sur le marché. Les cigarettes de la contrebande sont facilement identifiables par leur marquage d’origine de fabrication nigériane notamment et par l’absence des photos-choc exigées par la réglementation au Tchad.

Véritable effet de mode, la cigarette a conquis le milieu de la jeunesse et fait des ravages dans l’ombre. “La plupart des gens qui fument le font par imitation des parents, amis ou frères. Les jeunes étant très sensibles à la publicité dont use les manufacturiers, se laissent vite attirer par les mirages de la cigarette”, déplore Bédingar Ngarossorang, coordonnateur du projet d’acquisition des compétences de vie courante et d’éducation par les pairs de la Croix-bleue du Tchad.

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