Samuel Eto’o : « Quelque chose de grand arrive… !» – 24/05/2014

Ambiance dans la tanière, discussions autour des primes, forme actuelle, Samuel Eto’o n’a éludé aucune question face à nos envoyés spéciaux en Autriche où se déroule actuellement le stage préparatoire pour la prochaine Coupe du Monde. Dégustation.

Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang
Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang

Bonjour et merci de répondre à nos questions Samuel Eto’o. Comment allez-vous ?

Je vais bien. Je vais même très bien. Je suis content de retrouver mes frères, motivés et excités de défendre une fois de plus les couleurs de notre chère patrie.

Vous êtes arrivé dans la tanière mardi dernier et vous étiez d’ailleurs parmi les premiers joueurs à arriver. Quelle est l’ambiance dans le groupe ?

L’ambiance est très bonne comme vous pouvez le constater. Je ne suis pas arrivé par Munich et je sais que les gens ont voulu créer une polémique à ce sujet. Je suis arrivé par Salzburg qui était un peu plus proche de l’hôtel que Munich. C’est juste un détail pour remettre les choses en place et éviter toute polémique , aujourd’hui que nous avons besoin d’être concentrés, d’éviter tout ce qui peut nous déconcentrer pour être sereins à la veille de cette coupe du monde que j’espère sera très belle pour notre nation.

Après quelques séances d’entraînement et les exercices de récupération, Samuel Eto’o a-t-il retrouvé toute sa forme physique après les blessures de fin de saison ?

On verra bien si je suis en forme lors du premier match ou lors des matches amicaux. Mais pour le moment, on se prépare tous à être dans les meilleures conditions pour défendre pour le mieux possible notre chère nation.

L’éternelle actualité des primes à la veille de la Coupe du Monde s’est encore invitée à la danse. Qu’en est-il concrètement ?

Tout d’abord, je tiens à dire un grand merci au peuple camerounais à travers son gouvernement qui a bien voulu faire un geste énorme en nous donnant une prime. Nous leur disons grand merci. Notre préoccupation était plus tournée vers la Fecafoot qui gère notre équipe nationale. Les joueurs de cette équipe nationale ont fait rentrer des fonds, nous avons posé la question de savoir qu’est ce qu’il en était. C’était juste çà la question. Le gouvernement a fait ce qu’il fallait et on veut savoir si les fonds que nous avons fait rentrer dans notre Fédération seront utilisés à bon escient et aussi ce qui nous revient de droit. C’est ça la problématique. Maintenant, on l’a appris çà et là et d’une triste manière, parce que après la réunion avec les autorités de notre pays, rien n’avait filtré. Mais après une réunion restreinte que nous avons eue avec certains encadreurs, tout est parti dans tous les sens et nous avons retrouvé les informations dans les medias. C’est regrettable, surtout à la veille de cette coupe du monde où on a besoin d’être sereins, de tout le calme possible pour mieux se préparer et affronter ces échéances qui ne seront pas faciles. Je réitère et je redis, si les gens avaient des doutes, qu’ils sachent que le gouvernement a tout fait. On nous a donné des primes, on a promis des primes pour chaque match gagné et moi, personnellement, je ne peux rien demander à mon pays. Faire cet effort supplémentaire de nous donner les meilleures primes alors qu’il ya des foyers de souffrances dans tout le Cameroun, est un geste qui montre clairement que le Peuple Camerounais à travers son gouvernement, est derrière nous. Vous vous rendez compte, dans le Nord du pays, il y a des familles, des enfants qui ont disparu et le gouvernement doit mettre les grands moyens pour apporter son soutien à ces familles, et nous on ne peut pas dire que nous ne sommes pas bien servis. Nous sommes au front pour sauver le drapeau camerounais, comme tous les autres camerounais, engagés pour sauver la vie de nos frères et sœurs restés au Cameroun. Je suis personnellement prêt et je crois comme la plupart de mes coéquipiers, à laisser ma prime s’il le faut pour apporter notre soutien àtoutes ces familles qui souffrent. Ce n’est donc ni un problème de primes, ni un problème de montants. Mes coéquipiers et moi, avons produit de l’argent pour la fédération et il n’est pas criminel de vouloir faire le point. 500 mille euros que Puma a versé pour notre qualification, 5 millions d’euros qui rentreront dans les caisses de la Fecafoot pour notre qualification à la coupe du monde, et j’espère les 4 millions d’euros qui viendront si jamais on passe au deuxième tour, ce que j’espère fermement et nous travaillerons pour çà. Quelle est notre quote-part dans tout cela parce que nous avons travaillé pour que cet argent soit dans les caisses de la Fecafoot. C’est çà la question ! Nous espérons juste que notre gouvernement nous aidera une fois de plus pour qu’on puisse rentrer dans nos droits et clarifier cette situation.

Il y a avait un représentant de la Fecafoot à cette réunion, qu’est ce qu’il a pu vous dire lorsque vous avez posé ce problème ?

Ce que le représentant de la Fecafoot a pu nous dire, je ne peux pas le dire publiquement. La discutions était privée, mais ce qui ressort de ces deux discussions, c’est que le gouvernement a tout fait, sans qu’on ne demande rien. Je dis bien rien ! il nous a donné une prime que nous-mêmes nous n’attendions pas. Il nous a promis une prime énorme pour les matches gagnés, mes coéquipiers et moi profitons de l’occasion que vous nous offrez, pour lui dire grand merci. Nous sommes honorés de savoir que le peuple camerounais, une fois malgré ses difficultés pensent à nous. C’est un geste encourageant et nous disons MERCI.

Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang
Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang

Vous parlez en votre nom et en celui de vos coéquipiers, mais lorsqu’on a évoquez cette affaire dans les médias, certains observateurs ont tôt fait d’établir les similitudes avec le Marrakechgate. Est ce qu’il y a un semblant de ressemblance entre ces deux évènements où vous étiez solidaires à un moment mais à la fin certains joueurs ont été jetés en pâture à la vindicte populaire?

De toutes les façons, que se soit bien ou mal, le nom de Samuel reviendra toujours. Et j’ai pu voir qu’immédiatement, dès que certaines informations ont filtré, mon nom est très vite revenu. Même quand je suis arrivé de Salzburg et les autres de Munich, mon nom est revenu. Mais ce n’est pas ma préoccupation première. Je dois assumer parce que je suis capitaine de cette équipe et avec ce groupe d’anciens, nous devons tout faire comme nous l’avons fait jusqu’à présent pour défendre au mieux les intérêts de cette équipe. C’est aussi le rôle que nous jouons en dehors du fait que nous devons apporter nos efforts dans les stades. C’est notre rôle et vous nous incriminez parce que nous défendons un groupe, c’est difficile d’accepter. Mais j’ai déjà vécu çà et je ne veux pas revenir en arrière parce que nous sommes à la veille de quelque chose d’important et il faut vraiment qu’on resserre les rangs et qu’on évite les polémiques afin que les questions que nous avons à poser trouvent des réponses. Même si elles ne trouvent pas de réponse, nous allons jouer et défendre les couleurs de notre pays avec beaucoup de responsabilité, beaucoup de courage et beaucoup d’envie. Personnellement j’aime trop le Cameroun. Souvent ma femme me dit que je suis amoureux et mon premier grand amour c’est mon pays, et c’est vrai. Pour moi ce pays est ce qu’il y a de plus beau dans ce monde. C’est le lieu où je me sens le mieux. J’ai toujours mes rêves de petit garçon quand je courais dans les rues de Douala après les victoires de l’équipe nationale en 90. C’est ce rêve que je veux continuer à vivre et surtout à faire vivre aux jeunes qui seront derrière leur écran nous regarder défendre j’espère avec brio les couleurs de notre cher et beau pays.

Ainsi donc, c’est l’utilisation de l’argent que génère le football qui vous révolte ?

Je ne pense pas que « révolte» soit le mot parce que quand il y a discussions, il y a des arguments de part et d’autre. Utiliser le terme « révolte » pour parler des joueurs de la sélection nationale de football du Cameroun n’est pas approprié car nous défendons simplement ce que nous estimons juste pour nous, avec nos moyens et avec nos arguments. Le temps qui nous sépare désormais de la Coupe du Monde est très court et nous avons besoin de toute la concentration possible durant cette dernière phase de notre préparation. Nous devons nous libérer l’esprit pour ne penser qu’à l’objectif premier qui est la Coupe du Monde. Et quoi qu’il en soit, on ne trouvera jamais assez de temps pour parler de nos problèmes. Chaque fois nous les posons, chaque fois on nous balade. Aujourd’hui, mes coéquipiers et moi, nous sommes dans une situation où il n’y a que notre gouvernement qui peut nous défendre, prendre ce problème à bras le corps et le gérer en définitive. Le problème c’est qu’aujourd’hui l’Etat a investit et nous les joueurs avons produits de l’argent qui rentre dans les caisses de la Fécafoot. Je pense que comme c’est nous produisons cet argent, nous devons être les premiers à en bénéficier. Il y a beaucoup de millions qui tombent dans les caisses de la Fécafoot sans qu’on sache quelle est l’utilisation qui en est faite.

Le Cameroun projette d’organiser la Can en 2019. Quelle est le sentiment du capitaine des Lions indomptables sur la question ?

(Petite hésitation) Vous savez il y a beaucoup de choses qui sont projetées, mais moi je ne veux pas me projeter au-delà de la Coupe du monde 2014. Je suis totalement concentré dessus et je ne veux penser à rien d’autre. L’Etat a fait ce qu’il fallait pour que mes coéquipiers et moi ne pensions qu’au football durant ce stage et c’est ce que nous comptons faire. Nous avons à cœur de faire une belle Coupe du Monde et surtout honorer notre pays. Vous savez, le football charrie beaucoup de passions, mais j’espère que nous honorerons ce beau et cher pays qu’est le Cameroun et que les Camerounais seront fiers de nous.

Comment se sent-on dans un staff comme celui actuel des Lions indomptables qui a été remodelé, élargi et chamboulé. Est-ce que les compétences auxquelles a fait appel Volker Finke vous satisfont, vous les joueurs ?

Vous savez, la plupart des joueurs de l’équipe nationale joue dans des clubs professionnels. Quand on vient en sélection, c’est pour défendre son pays. L’heure n’est plus aux jugements de valeur. Il faut se préparer du mieux possible pour faire une bonne Coupe du Monde parce que nous sommes Camerounais, nous aimons ce pays et voir de la joie dans les yeux et les cœurs de nos compatriotes. Tel ou tel autre peut plaire ou pas, mais là n’est plus la question. Je suis convaincu que si vous allez poser la question à plusieurs de mes coéquipiers, ils vous diront le contraire et c’est comme ça la vie. Le plus important est de rassembler tout le monde et d’amener tout ce beau monde vers notre objectif qui est de réussir notre Coupe du Monde.

Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang
Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang

Parlant du groupe des Lions à la Coupe du Monde, le sélectionneur national nous a confié tout à l’heure que face au Mexique et à la Croatie, le coup est jouable. Pensez-vous vraiment que le Brésil est au dessus du lot ?

Nous sommes en Coupe du Monde et tous les matches sont difficiles. Il faut les jouer à fond. Il faut nous mettre en tête que tout est possible quand on parle de football. Mais comme tout est possible en termes de victoires, tout est également possible en termes de défaite. C’est ça le football. Moi ce que je vais faire, c’est continuer à bien soigner mon genou et être prêt mentalement. Il faut lutter comme jamais pour défendre notre beau drapeau.

Est-ce que les Camerounais doivent être inquiets quand Samuel Eto’o parle de son genou dont il dit qu’il n’est pas à 100% ?

C’est tout simplement une vérité. Le dernier mois de championnat, j’ai joué pratiquement infiltré tout le temps. C’est un mal qui existe. Mais ne vous inquiétez pas et rassurez mes frères camerounais. Même estropié, je viendrais jouer car il n’y a rien que j’aime plus que ce pays. J’ai souvent lu des trucs du genre il se donne énormément en club mais pas avec la sélection nationale. Je réponds d’abord qu’en club je suis assuré mais pas en sélection. Pourtant j’accepte toujours volontiers de venir jouer en sélection. Ce qui signifie que si je me blesse en sélection nationale, je l’aurais été pour défendre l’amour de ma vie qui est le Cameroun et je n’aurais aucun regret là-dessus. J’aime tellement ce pays, j’aime tellement ce peuple et j’aime tellement ce maillot que je prends tous les risques pour être là pour eux et toujours donner le maximum de moi-même. En club je fais la même chose mais ce sont des amours différents qui ne peuvent même pas être comparés car il n’y a rien de comparable à ce que je ressens pour ma patrie.

Est-ce que vous pouvez nous donner ici l’assurance que rien ne viendra perturber votre préparation pour la Coupe du Monde, même pas cette histoire de primes ?

Rien, je vous l’assure. Moi en tout cas je ferai tout pour que la sérénité règne. Quand je vois ce que mes vice-capitaines font, et je ne parle pas que de Nicolas Nkoulou et Enoh Eyong mais aussi d’Alexandre Song, d’Aurelien Chédjou, de Stéphane Mbia, d’Achille Wébo, de Jean II Makoun et même de Dany Nounkeu, pour que la sérénité règne et pour que tout le monde regarde dans la même direction, je me dis qu’il y a quelque chose de grand qui arrive. Et même si d’aventure de petits problèmes apparaissaient, ils ne perturberaient pas l’équilibre du groupe. Nous avons un objectif commun qui est plus fort que tout, c’est de défendre les couleurs de notre pays au mondial de football. Rien ne nous en détournera.

Vous vous donnez beaucoup de liberté ces derniers temps avec vos coupes de cheveu. Quelle sera la coiffure de Samuel Eto’o au Brésil ?

(Amusé), Je ne sais pas. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il faut être prêt psychologiquement pour défendre chèrement les couleurs de notre pays. Il est vrai que face au Mexique pour le premier match, on jouera en jaune et qu’on n’y est pas très habitué, mais nous devons nous adapter à cette donne et faire avec cet aléa car à l’impossible nu n’est tenu. Je sais qu’au pays nous sommes superstitieux sur plein d’aspects, mais on va devoir faire avec. Même si on va jouer en jaune, il faut se dire que ce sont les couleurs de notre drapeau et faire avec. Voilà, ce n’est pas plus compliqué que ça.

Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang
Crédit photos: JJ Ewong et Clobert Yompang

Vous ne voulez pas forcément parler d’autre chose que de football, mais que peut-on retenir de votre tournée en Afrique de l’Ouest la semaine dernière ?

Je suis fier d’être Africain et ça je l’ai toujours dit. Je suis heureux parce que le football m’a permis d’avoir une dimension internationale qui va très largement au-delà des frontières de mon pays que j’adore. Je suis heureux que des jeunes me prennent pour modèle et rêvent de devenir meilleur que moi. Il n’y a rien de plus beau car il faut rêver. J’ai rêvé pour devenir la personne que je suis aujourd’hui et apporter de la joie à ces jeunes me comble. Je ne m’attendais pas à ce que moi, petit garçon des rues de New-Bell, devienne un jour le rêve d’autres jeunes. Comme on a coutume de le dire au Cameroun, la vie c’est la vraie magie.

Pour terminer, un dernier mot Samuel à tous vos fans et à tous les Camerounais qui attendent énormément de cette sélection dont vous êtes le capitaine…

(Sourire) Cher frère, je n’ai plus l’habitude de parler et depuis un moment je me renferme un petit peu sur moi-même. C’est la raison pour laquelle on ne m’entend pas beaucoup ces derniers temps au sujet des Lions indomptables. Il y en a qui ont estimé à un moment donné que j’occupais un peu trop l’espace et donc du coup j’essaye de me faire plus discret. Mais qu’à cela ne tienne, je vais très bien et il n’y a pas d’inquiétude à avoir me concernant. Je suis heureux d’être avec mes frères, je suis très heureux d’être dans ce groupe. Vous savez tous que j’ai énormément d’amour pour notre pays et si vous pensez que je peux faire quoi que ce soit, vous n’avez qu’à me le demander. Tant que c’est dans la limite du réalisable, je le ferais volontiers avec le large sourire qui me caractérise.

Source : Mboafootball.com

Propos recueillis par Steve Djouguela et Guy Nsigué à Walchsee (Autriche)

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3 Commentaires sur "Samuel Eto’o : « Quelque chose de grand arrive… !» – 24/05/2014"

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Hilaire Ngnontsoye

ALLEZ LES LIONS, AUX ARMES CITOYENS CAMEROUNAIS…

Josiane Hermione Ngassa

Oui papa etoo nous comptons sur toi

DAVIDSON LEE

LE BONDJOJÉ G SÉ K U EST LE MEILEUR JOUEUR DU MONDE.TOUT LE KAMERUN COMPTE SUR TOI.FAITES BRILLER LE DRAPEAU DU MBOA. Ô BOSO ETO’O,Ô BOSO KAMERUN!

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