Sally Nyolo : « Je suis une humaine qui aime son prochain » – 12/05/2014

L’artiste musicienne qui vit à l’étranger s’est confiée à CT.

Sally Nyolo
Sally Nyolo

Quel est l’objet de votre séjour au Cameroun ?

Je me suis engagée pour la RSE, dont un des promoteurs est Thierry Téné. On s’est rencontrés il y a deux ans sur un plateau de télévision en Europe. Il était venu parler de la RSE et des activités menées par l’Institut Afrique RSE. Je lui ai demandé à ce moment-là ses Newsletter, que j’ai commencé à lire. J’ai vu effectivement que le travail de l’Institut était nécessaire, parce qu’il fallait effectivement une conscience de nous, Africains d’abord et de nous, citoyens du monde aussi. Quand on parle d’environnement et d’individus, je suis touchée. Parce que je suis une humaine qui aime son prochain. En tant qu’artiste, mon inspiration c’est de regarder mon prochain, je m’en inspire pour le raconter, nous raconter. Ici, on me parle du travail de l’Institut et du Kilimandjaro top Managers, et j’en suis intéressée.

Que vise ce réseau ?

Les managers veulent les profits avec leur entreprise. Mais il ne faut pas oublier les aspects humain et environnemental. Là, effectivement, il y a une réflexion ici. Ça m’intéresse de voir ce que pense l’humain, et ce qu’il fait pour l’environnement pour son prochain, pas seulement pour lui-même tout de suite, mais pour les générations futures, le développement durable, pour dire les choses simplement. Maintenant, c’est quoi la RSE, comment une entreprise peut se dire responsable ? Elle est responsable quand elle reconnaît déjà le travail des employés, elle reconnaît l’environnement dans lequel elle évolue, et le monde évolue qui autour d’elle. Et fait tout, pour que ces points de vue (environnement, humain, profit) s’emboitent et marchent ensemble. Ça fait trois positions très intéressantes. Et si on avait tous conscience de ça, l’Afrique ferait plus vite et mieux que les autres. Ce sont des réflexions que nous ici en Afrique, n’aurions pas de mal à poser, parce que nous avons encore tout à construire, dans des environnements enviés par le monde entier. On dit qu’on est le grenier ; on vient puiser chez nous, mais on ne prend pas les gants pour puiser. On n’utilise pas les outils nécessaires, pour que, en puisant, ce qui reste, soit dans un cadre qui permette qu’on puisse re-puiser dans vingt trente ans.

Quel rapport faites-vous entre votre travail d’artiste et ce concept de RSE ?

Je fais partie de l’une des premières artistes qui pensent à recycler le son. Le son des vagues a son message harmonique et rythmique. Si l’artiste, qui normalement doit être un récepteur, un capteur-récepteur de son environnement, pouvait mieux écouter, pour retraduire ce qu’il entendait, les rythmes qui sont presque devenus monocordes et monorythmes, c’est-à-dire, depuis les Etats-Unis jusqu’en Afrique du sud, on a l’impression d’entendre le même pattern, ce ne serait pas le cas. On serait tous plus riches de tous les environnements, que comporte le monde et les artistes de ce monde pourraient avoir plus d’authenticité et pourraient plus surprendre « la musique du monde ». Parce que, quand on dit musique du monde, c’est péjoratif. Quand je dis que je recycle le son, je recycle le son de mon environnement, de ma langue maternelle, des autres. Je suis née dans un pays où nous parlons toutes les langues. Et rien que ces langues sont de la musique. C’est une force qu’on a dans nos pays que d’arriver et parler le français et l’anglais et 200 autres langues. Cette richesse, si nous les artistes, on se rend compte que c’est une force, ça devient une force interactive. On peut emmener le monde avec nous puisqu’on est capable de se faire comprendre du monde entier. J’ai toujours fait ce travail de recherche. Avec des instruments comme le mvet, le bruissement de l’eau, du vent dans les feuilles, les langues des personnes de la forêt. Je me suis toujours préoccupée du monde qui nous entoure pour être plus juste, pour être au fait de ce qui se passe. Pour ne pas faire une musique qui n’existe nulle part.

Un mot sur le prochain album…

Il s’appelle « Tiger run » et sort officiellement le 29 septembre prochain. Pour « Tiger run », j’ai voulu prendre mon nom de Mvet en anglais. « Ngon me tam me ze ». Je suis la fille des moustaches du tigre. Pour moi, c’est important, cette perception d’être un animal quelque part. Pas forcément un animal. J’ai fait un travail sur moi-même, comme on fait le chaman. Je me suis enfermée dans une petite pièce. Et pendant deux ou trois jours, j’ai pris mon pas le plus posé, comme après une séance de yoga. Je suis retournée à moi-même jusqu’à ce que je sente comme pourraient sentir les moustaches du tigre. Parce que, avant que le tigre n’arrive quelque part, il a déjà senti ce qui se passait à dix kilomètres. Le tigre avec ses yeux, peut voir très loin. J’ai travaillé cette perception, j’ai réussi ma transformation. Parce que de moustache de tigre, je suis devenue oiseau. Je me suis envolée, et je suis partie, j’ai vu des choses qui m’ont permis de réaliser cet album. Durant ce grand voyage après ma transformation, on est plus sensible, on fait tout en ralenti, j’ai posé mon tempo pour parler de l’album. Dans la chanson « Tiger run », c’est un tempo posé comme dans « Tam-tam ». C’est un album qui ressemble au premier album, avec les mêmes ingrédients. Il y a le titre « Kilimandjaro », qui pour moi est l’hymne de ce réseau RSE, dédié à ces managers conscients de ce qu’ils ont envie de faire de ce monde qui leur appartient. On les regarde, ils font notre monde avec la productivité sublime, on les pousse à aller au sommet du Kilimandjaro.

Source : Cameroon tribune

Propos recueillis par Alain TCHAKOUNTE

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