Rwanda : Avalanche de «théories du complot» suite à l’arrestation du Général Karenzi Karake – 24/06/2015

Emmanuel Karenzi Karake, chef des services de renseignement du Rwanda poursuivi pour génocide | DR
Emmanuel Karenzi Karake, chef des services de renseignement du Rwanda poursuivi pour génocide | DR

Une floraison de ‘’théories du complot’’ est agitée suite à l’arrestation au Royaume-Uni, du chef des services secrets du Rwanda, le Général Karenzi Karake à la suite d’un « mandat d’arrêt européen » introduit par l’Espagne.

Le Général Karenzi Karake, âgé de 54 ans, a été arrêté samedi dernier par des officiers de la police métropolitaine de Londres.

Il est actuellement placé en détention provisoire pour comparaître jeudi devant le tribunal de Westminster Magistrate qui va statuer sur son extradition vers l’Espagne qui l’accuse d’implication dans la mort de plusieurs milliers de personnes, dont trois travailleurs humanitaires espagnols de Medicos del Mundo.

L’arrestation de Karake a déclenché un tollé de réactions diplomatiques avec les autorités rwandaises qui la qualifie d”’insulte” et d”’outrage”.

Washington a également réagit décrivant ces actes d’accusation comme ‘’non- clarifiés, politiquement motivés et manquant de faits établis”.

Selon l’ancien secrétaire d’État du Royaume-Uni pour le développement international, Andrew Mitchell, cette arrestation est ‘’complètement dissimulée”, ajoutant : « je pense qu’il est déplorable que le mandat d’arrêt européen use d’un abus de pouvoir. C’est un mandat basé sur des raisons politiques et non judiciaires. »

Au milieu de ces réactions en spirale, les experts diplomatiques ont commencé à analyser la polémique relevant le moment de l’arrestation du général Karake, alors qu’il s’est rendu à plusieurs reprises au Royaume-Uni depuis que l’accusation a été émise depuis lors.

Un avocat de la famille des travailleurs humanitaires espagnols tués a indiqué que l’inculpation concerne également deux ressortissants britanniques.

Il s’agit de Chris Mannion « un missionnaire catholique tué en 1994 et de Graham Turnbull, un observateur au service du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), tué en 1997, parmi les ressortissants étrangers qui étaient ciblés aux côtés de milliers de Hutus rwandais au lendemain du génocide, au cours de laquelle les Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés par les Hutus extrémistes.

Jordi Palou-Loverdos qui représente les victimes espagnoles a déclaré que la preuve de ces accusations est que le Général Karake était lui-même impliqué dans l’organisation de ces meurtres « de Rwandais, Congolais, Espagnoles, Britanniques et d’autres » en tant que chef de la DMI (Direction du service de renseignement militaire) entre 1994 et 1997.

« Nous avons beaucoup de témoins protégés qui ont clairement et fermement dit que les instructions de ces actes provenaient de la DMI », a ajouté Palou-Loverdos.

Cependant, un responsable politique britannique a décrit l’arrestation du chef des services secrets rwandais comme une affaire difficile pour Londres qui a été un allié très proche du Kigali avec la Grande Bretagne comme seule grand donateur d’aide internationale du pays.

Un diplomate européen a déclaré que Scotland Yard à Londres devrait dire si elle avait enquêté sur le Général Karake en relation avec la mort de Mannion ou Turnbull qui, à l’époque, a été imputée à des milices hutues qui tentaient de déstabiliser le gouvernement du FPR.

Cependant, la Haute Commission britannique au Rwanda a, dans un communiqué publié, insisté sur le fait que cette arrestation est une «obligation légale» exécutée pour le compte des autorités espagnoles mais a souligné que le Londres a une « relation étroite » avec le gouvernement rwandais.

“Nous coopérons étroitement sur un nombre croissant de questions régionales et internationales », a indiqué le communiqué.

«Le gouvernement de Sa Majesté apprécie fortement la relation étroite avec le Rwanda et reste attaché à cette relation pour le long terme », ajoute le communiqué.

Le chef des services secret rwandais qui fait face à une extradition vers l’Espagne, est le premier responsable du FPR à être arrêté pour motif d’accusations relatives au génocide de son pays.

Il est recherché en Espagne pour crimes de guerre et pour avoir commandité des massacres alors qu’il était chef du renseignement militaire suite au génocide rwandais de 1994.

En 2008, un juge espagnol l’a inculpé pour crimes de guerre présumés ainsi que 39 autres actuels ou anciens responsables militaires rwandais.

Le Général Karake est directeur général du service de renseignement et des services de sécurité du Rwanda et aussi un membre du Front patriotique rwandais (FPR).

Il inspire une grande reconnaissance de la part du gouvernement rwandais qui le considère comme l’une des personnes qui ont arrêté le génocide.

Environ 800.000 personnes ont été tuées entre avril et juin 1994 principalement par des extrémistes hutus lors du génocide rwandais.

La plupart des victimes étaient des membres de la communauté minoritaire tutsie et des hutus politiquement modérés.

© CamerPost avec © APA

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