RUSSIE : “Sois fort comme Poutine”, l’hymne à la gloire du président russe par deux rappeurs africains – 08/11/2014

Au milieu de plusieurs Russes, le rappeur K. King, avec la casquette bleue, prend la pose. Photo Geometria avec l'autorisation de A.M.G.
Au milieu de plusieurs Russes, le rappeur K. King, avec la casquette bleue, prend la pose. Photo Geometria avec l’autorisation de A.M.G.

Ils sont originaires du Zimbabwe et du Kenya, ils vivent à Moscou et sont devenus célèbres grâce à un rap en hommage à… Vladimir Poutine. Une démarche surprenante dans un pays où le racisme est particulièrement répandu.

Les étrangers sont régulièrement pris pour cible par des groupes ultranationalistes russes. En octobre dernier, des manifestations contre les immigrés ont dégénéré à Moscou, où un magasin dans lequel travaillaient des migrants originaires d’Asie centrale avait violemment été pris pour cible. Un mois plus tard, une vidéo montrant le calvaire d’un étudiant homosexuel originaire du Swaziland, maltraité par des skinheads de Belgorod, avait choqué les étudiants africains, très nombreux en Russie.

Dans ce contexte, la démarche du groupe de rappeurs d’origine africaine “The Architects Musician Group” (le groupe des architectes musiciens) peut paraître étonnante. Ces derniers se sont en effet fendus d’une chanson : “I go hard like Vladimir Putin” (Je suis fort comme Vladimir Poutine), qui est une véritable ode au président russe. Les deux rappeurs y interpellent les “Niggaz”, les Noirs, pour qu’ils s’inspirent de la combativité du chef d’État. Les deux rappeurs ont entamé une tournée baptisée #GoHardTour en Russie au début du mois d’octobre.

“Avec cette chanson, on montre aux jeunes africains l’exemple à suivre”

Kudzayi Victor Matinyarare alias K.King est l’un des chanteurs du groupe A.M.G. Il habite en Russie depuis 2000, où il étudie la médecine à l’université de Volgograd. Il vit depuis 2007 à Moscou.

Nous n’avons pas fait cette chanson pour rendre hommage à Vladimir Poutine, le président russe a simplement été une source d’inspiration pour nous. Nous voulions faire un rap pour inciter les jeunes en général à travailler dur et à se battre pour atteindre leurs objectifs. Lorsqu’on s’est demandé, avec Beni Manici, l’autre chateur du groupe, qui pourrait être un exemple pour ces générations, le nom qui nous est venu spontanément était Vladimir Poutine.

“Poutine, comme Mugabe, sait garder le cap de façon autoritaire”

Dans la chanson, nous interpellons les Noirs, car nous voulions nous adresser à l’ensemble des Noirs, pas seulement vivant en Russie. Nous venons de deux pays où les présidents [Robert Mugabe et Uhuru Kenyatta, NDLR] sont des chefs d’État qui savent garder le cap de façon autoritaire. Je crois que nous avons besoin de davantage de leaders emblématiques.

Avec cette chanson, on leur montre l’exemple à suivre : travailler dur, s’intégrer dans la société et éviter à tout prix les activités illégales. En une phrase : suivre les règles, peu importe où on se trouve.

Le rappeur affirme que ni lui, ni son collaborateur, n’ont jamais été victimes de racisme depuis qu’ils vivent en Russie. Selon lui, depuis 2007, année où la Russie a connu un pic d’attaques xénophobes avec jusqu’à cinq étrangers “non-blancs” tués chaque mois, la situation s’est sensiblement améliorée. Mais cet avis n’est pas partagé par des associations de défense des étrangers en Russie : en 2009, 41 % des Africains interrogés par l’Aumônerie protestante de Moscou affirmaient avoir été victimes au moins une fois d’agression physique.

“Cette initiative montre une autre image des Africains en Russie”

À travers la Russie, l’initiative des deux rappeurs récolte des avis mitigés auprès des nos Observateurs africains. Si la plupart affirment ne pas connaître le clip, la majorité se réjouit que deux rappeurs africains soient sur le devant de la scène. Jean-Marie Lisamba, étudiant à Belgorod à la faculté de technologie, partage cet avis.

J’ai beaucoup d’amis russes qui sont venus me voir pour me demander si je connaissais ces artistes, pour eux c’était bizarre de voir des Africains faire l’éloge de leur président. Du coup ils sont curieux, découvrent le Zimbabwe et le Kenya, et posent des questions sur notre culture… pour moi, l’initiative de ces rappeurs est positive, car elle montre une autre image des ressortissants africains.

“Ce rap véhicule des clichés qui ne peuvent que renforcer les propos xénophobes”

Pour quelques autres, cette initiative ne fait que suivre aveuglément la Poutine-mania. C’est l’opinion de Ladji (pseudonyme), étudiant guinéen à Moscou.

Je ne vois pas bien quelles sont les motivations de ces deux artistes, sinon de se faire bien voir des autorités russes [les rappeurs ont été suspectés d’être un outil de propagande du Kremlin, des allégations qu’ils ont niées auprès des médias russes et de France 24]. Le fait qu’ils citent “les Noirs” en leur demandant de “travailler dur” est un cliché sur le “Noir qui ne travaille pas”. Ça ne peut que renforcer la xénophobie.

D’ailleurs quand je vois le nombre de commentaires racistes sous leurs vidéos publiées sur Youtube, je me dis qu’il y a encore du chemin à faire. Personnellement, je n’imagine même pas aller à l’un de leurs concerts : non seulement parce que je n’adhère pas à leur démarche, mais aussi parce que ça serait trop dangereux pour un Noir.

Source: france24.com rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.

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