Religion : Pourquoi les intellectuels ne croient pas en Dieu? – 02/01/2015

Le départ des Hébreux d’Egypte de David Roberts (1830) via Wikimedia Commons
Le départ des Hébreux d’Egypte de David Roberts (1830) via Wikimedia Commons

Devons-nous croire en Dieu? Non, pour la plupart des professeurs de philosophie des grandes universités. Selon une étude menée dans 99 universités anglo-saxonnes, seulement 14% des philosophes interrogés ont la foi. Et la situation est encore plus nette pour les scientifiques. Les membres de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis sont seulement 7% à avoir une croyance religieuse! Surprenant dans un pays où il existe encore sept Etats où vous ne pouvez occuper une fonction officielle si vous n’êtes pas croyant!

Il y a trois siècles, la croyance en Dieu était universelle y compris parmi les savants et les instruits. Tout cela a changé à la suite du développement de la science moderne et de la capacité de l’homme à dominer et comprendre la nature par l’usage de la raison. Les croyances et autres révélations et doctrines religieuses sont aujourd’hui considérées par une majorité de grands intellectuels comme des légendes pour enfants et des créations humaines afin de conforter des pouvoirs eux-aussi très humains.

Pour autant, si les fondements historiques et scientifiques des religions sont mis à mal, les croyances sont loin d’avoir disparu, au contraire. Pourquoi, s’interroge Salon Magazine?

La génétique et les comportements humains jouent un rôle considérable. L’attirance universelle qu’exercent les croyances religieuses a une origine biologique que confirme la science. Il y a un consensus scientifique pour considérer que la façon dont notre cerveau réagit est notamment le fruit de la sélection naturelle. Quel rôle dans la survie et la reproduction ont donc joué les pratiques et les croyances religieuses?

Il y a deux types d’explications. La première est que la religion donne un avantage en terme d’évolution. Elle a pu contribuer à augmenter la cohésion sociale des groupes humains et donc à améliorer leurs chances de survie.

La seconde explication, c’est que les croyances et les pratiques religieuses sont la conséquence d’autres capacités d’adaptation issues de la sélection naturelle. Par exemple, l’intelligence contribue à la survie. Et la façon dont l’intelligence humaine fonctionne consiste à lier les causes et les effets et à postuler l’existence d’autres esprits derrière ces causes et ces effets. L’idée de dieux expliquant les phénomènes naturels pourrait être née ainsi.

Et puis il y a des facteurs psychologiques. Le monde qui nous entoure prouve en permanence les progrès permis par la science et la raison, mais cela n’empêche pas les gens de préfère les pseudo sciences et la superstition. La réponse simple est que les gens croient ce qu’ils veulent croire, ce qu’ils jugent réconfortants, pas ce que les preuves réelles démontrent. En régle générale, les gens ne veulent pas savoir, ils veulent croire.

Les facteurs sociaux enfin, jouent aussi un rôle important dans les croyances religieuses. Les religions sont évidemment un facteur de pouvoir et également une façon de gérer une partie des dysfonctionnements de la société. De la rendre supportables et même de les justifier, mais pas forcément de les corriger.

Même si aucun lien de causalité n’a été établi, dans la liste des Nations-Unis des 20 pays au monde où la qualité de la vie est la meilleure, ce sont généralement des nations où le poids de la religion est le plus faible. Et la grande majorité des pays en bas de ce classement sont considérés comme très religieux. Il y a ainsi de sérieuses raisons de douter du fait que la religion améliore la vie.

Pour Salon Magazine, «les hommes doivent sortir de l’enfance. Ils doivent faire face à la vie avec toutes ces beautés et son côté sombre, la luxure et l’amour, la guerre et la paix. Ils doivent rendre le monde meilleur. Et personne ne le fera à leur place».

Source : Slate.fr

  • Michel Thys

    Je propose une approche un peu différente mais complémentaire.
    Cette étude ne précise pas si les déistes (qui croient en une intelligence supérieure, créatrice ou au moins organisatrice, comme Voltaire, Einstein ou les actuels partisans du « dessein intelligent ») ont été inclus parmi les 14 % des philosophes et les 7 % des scientifiques anglo-saxons (qui déclarent « avoir la foi » (sous-entendu en un dieux personnel), et donc une « croyance religieuse ».
    En outre, de nombreux scientifiques anglo-saxons n’osent plus se déclarer croyants pour ne pas se décrédibiliser aux yeux de leurs pairs athées.

    Oui, « les croyances et les pratiques religieuses sont la conséquence d’autres capacités d’adaptation issues de la sélection naturelle ». C’est sans doute en raison de sa faiblesse corporelle que l’homo sapiens s’est redressé il y a quelque 100.000 ans, et que la sélection naturelle, grâce à la bipédie et à l’acquisition du langage, a lentement hypertrophié son néo-cortex pré-frontal, le rendant alors capable il y a environ 50.000 ans d’imaginer d’abord des « esprits » (d’où l’animisme, le chamanisme, …), puis un nouveau « mécanisme de défense » : le recours à des dieux protecteurs et anthropomorphes (plus tard à un seul), dont il tentait d’apaiser la colère, ou de gagner les faveurs, par des sacrifices.

    Or, malgré les connaissances scientifiques acquises, notre cerveau est comparable anatomiquement, physiologiquement et psychologiquement à celui des humains d’il y a des millénaires, ce qui expliquerait qu’il y a sur la planète près de 7 milliards de croyants. Pour autant, notre cerveau est-il « programmé pour croire » (cf « Science et Vie » en 2005, dans « Pourquoi Dieu ne disparaîtra jamais») ?
    Dans « La religion est-elle innée ? », le professeur de psychologie Vassilis SAROGLOU de l’Université catholique de Louvain, évoque « l’existence de prédispositions génétiques à la religiosité ».

    Certes, comme tous les mammifères, l’être humain possède un cerveau reptilien, génétiquement « programmé » par l’évolution pour réagir aux dangers, et un cerveau émotionnel recherchant ce qui est bénéfique et fuyant ce qu est nuisible. Il y a donc bien chez lui une composante irrationnelle et atavique, une prédisposition ancestrale à la croyance, MAIS elle ne s’actualise qu’au sein d’un environnement croyant unilatéral, à la fois éducatif et culturel, qui la conforte et la renforce.

    Toutes les religions l’ont bien compris en apportant depuis toujours des réponses immédiates et sécurisantes qui s’adressent évidemment aux cinq sens et donc uniquement au cerveau émotionnel. La preuve a contrario, c’est que les enfants de parents athées (qui eux, développent l’esprit crique), ne deviennent jamais croyants, sauf influences extérieures et unilatérales. C’est flagrant notamment aux USA où la croyance, théiste ou déiste, est majoritaire (à plus de 95 %), essentiellement parce que les alternatives de l’humanisme laïque y sont totalement occultées par les religions.

    Merci pour vos commentaires.

    Michel THYS