Réfugiés de Boko Haram : la crise humanitaire s’aggrave dans le sud-est du Niger – 01/06/2015

Le nord du Cameroun sous la menace permanente de Boko Haram | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik/Illustration
Le nord du Cameroun sous la menace permanente de Boko Haram | © ICI.Radio-Canada/Bouchra Ouatik/Illustration

La situation des personnes déplacées autour du lac Tchad n’en finit plus d’inquiéter, en particulier au Niger, où la situation a empiré depuis fin avril. Quelque 20 000 déplacés y vivent désormais à même le sable ou dans des cases délabrées.

Que s’est-il passé ?

“On s’est assis sur les grands principes de gestion de populations !”, tonne le représentant d’une importante ONG sous couvert d’anonymat. “Il y a à Niamey un manque de considération du degré de souffrance et de vulnérabilité des personnes”. Plus d’un mois après les faits, la colère ne retombe pas contre le gouvernement nigérien, malgré sa répression des voix discordantes et critiques envers sa politique sécuritaire.

Et pour cause. Alors que, le 25 avril, les islamistes de Boko Haram avaient anéanti une position militaire sur le lac Tchad, faisant 74 morts, dont 28 civils, le 30, les autorités nigériennes ripostaient en ordonnant l’évacuation sous cinq jours de dizaines d’îles. Une quinzaine de milliers d’habitants étaient alors attendus, mais il en viendra plus de 36 000, dont 16 000 Nigérians expulsés ensuite vers le Nigeria.

Certains raconteront les dizaines de kilomètres à pied, sans eau ni nourriture, pendant lesquels des mères ont abandonné leurs enfants agonisants… “Trop peu de dispositions ont été prises pour répondre aux conséquences humanitaires de ces mouvements”, déplore Loukas Petridis, représentant de la Croix-Rouge au Niger, qui réclame “des vivres et un accès à l’eau de toute urgence”.

Que répondent les autorités nigériennes ?

Réponse du porte-parole gouvernemental Marou Amadou : “On est dans une situation de guerre où les choses n’ont pas été prévues. On ne peut pas détacher cette crise humanitaire du contexte terroriste”.

“De la nourriture, des couvertures, des nattes et des seaux ont été distribués aux déplacés par les autorités”, assure quant à lui Yacouba Soumana Gaoh, gouverneur de la province de Diffa.

“La prise en charge a été bonne. On ne peut donner que ce qu’on a”, ajoute-t-il avec aplomb, dénonçant une “campagne d’intoxication” contre le régime.

Les choses peuvent-elles s’aggraver ?

À Bosso, le dénuement des déplacés est criant. Des centaines de personnes, assises sous un soleil de plomb, attendent la distribution de sacs de riz. La Croix-Rouge et l’ONG Médecins sans frontières sont les deux seules organisations actives sur place.

L’ONU, qui circule sous escorte militaire dans la région, et les autres ONG considèrent la zone trop risquée. Des centaines de soldats nigériens et tchadiens sont ainsi basés à Bosso, craignant d’éventuelles incursions islamistes. “Le sud-est du Niger, c’est un peu le summum de ce qui peut arriver. Il y a des problèmes sécuritaires, de réels problèmes humanitaires, un terrain ultra-compliqué avec des moyens limités”, explique un cadre d’ONG.

L’enjeu dépasse en outre largement celui des déplacés du lac Tchad. Ces deux dernières années, quelque 150 000 personnes ont fui Boko Haram au Nigeria et au Niger. Et si les 600 000 habitants du cru ont aidé leurs voisins en péril, les greniers des maisons sont désormais vides.

Les paysans n’ont en effet pas pu cultiver cette année sur les rares terres arables, contiguës à la rivière Komadougou qui sert de frontière avec le Nigeria, par crainte des islamistes. Des centaines de kilomètres de frontières sont également fermées et le commerce avec le Nigeria a chuté.

“S’il ne pleut pas du tout, ce n’est pas Diffa qui sera le problème, mais tout le Niger”, analyse Benoît Thiry, le représentant du Programme alimentaire mondial (PAM), “optimiste” pour le Sud-Est. “Les problématiques s’amplifient. Et en même temps, ça ne suit pas en terme de mobilisation financière de la communauté internationale”, s’agace Benoît Moreno, le porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

À Diffa, des semi-remorques gorgés de riz quittent chaque jour l’entrepôt du PAM, qui prévoit de nourrir sous peu 140 000 réfugiés, en plus de 80 000 habitants de la province, soit plus d’un quart de sa population.

Par © AFP