Reconvention de la dette – Investissements – Emplois… : Comment Paul Biya renforce la coopération avec la France 

Le président camerounais Paul Biya (dr.) s’entretient avec le ministre français des Finances, Michel Sapin, au palais présidentiel, à Yaoundé, le 9 avril 2016. | © PRC
Le président camerounais Paul Biya (dr.) s’entretient avec le ministre français des Finances, Michel Sapin, au palais présidentiel, à Yaoundé, le 9 avril 2016. | © PRC

N’en déplaise aux contempteurs du Renouveau national qui marmonnent partout que le Chef de l’Etat camerounais n’apporte rien de nouveau au Cameroun, du fait de son grand âge et de sa longévité au pouvoir, le président Paul Biya prouve le contraire par la valorisation permanente de sa praxis politique et économique. C’est dans ce sillage de réussites économique et diplomatique que l’on devrait placer les deux audiences de grande importance que le chef de l’Etat camerounais a accordé ce début du mois d’avril 2016 à deux représentants échantillonnés de la France : la France publique et la France privée. Autrement dit, la France institutionnelle (gouvernementale) et la France des affaires (celle des investissements). En quelques jours d’intervalles, le président Paul Biya s’est entretenu avec Michel Sapin, le ministre des Finances et des Comptes publics de France et avec Vincent Bolloré, le puissant opérateur économique français.

Le patron de Bercy (siège parisien du ministère des Finances) a été reçu par Paul Biya au palais de l’Unité en marge de la réunion des ministres des Finances et gouverneurs de la zone franc tenue du 08 au 09 avril, à Yaoundé. Avant lui, le 6 avril 2016, le chef de l’Etat recevait l’un des poids lourds du monde des affaires français, Vincent Bolloré, ci-devant, PDG du puissant Groupe Bolloré que l’on ne présente plus au grand public. Créé en 1882 le Groupe Bolloré figure parmi les 500 plus grandes multinationales mondiales cotées en bourse. La force du Groupe repose essentiellement sur le négoce, la diversité des investissements dans des secteurs stables et rentables et dans une politique d’investissement à long terme. La nouvelle offensive du Groupe Bolloré réside sur l’innovation et sur le développement de ses nombreuses filières au niveau international. Vincent Bolloré est à la tête de près de 200 entités présentes dans 155 pays au monde. Le Groupe emploie 54 000 personnes pour un chiffre d’affaires d’environ 10.6 milliards d’euros, 403 millions d’euros de résultat net et 9.8 milliard d’euros de capitaux propres.

Au Cameroun, le Groupe Bolloré figure parmi les plus gros employeurs après l’Etat et la CDC. Il opère notamment dans le domaine des transports et de la logistique. En Afrique centrale, le Groupe Bolloré a été désigné par le Cameroun et le Tchad comme le partenaire technique pour étendre le rail jusqu’au Tchad. Au Cameroun, la société CAMRAIL dont Bolloré est l’actionnaire majoritaire a récemment mis en service un train express, l’Inter-City, ralliant la capitale politique Yaoundé et la capitale économique Douala, en 3h20mn. Voilà pour ce qui constitue un bref aperçu, non exhaustif, de la carte de visite de Vincent Bolloré que vient de recevoir le président Paul Biya pour le grand bonheur des Camerounais.

Apports et intérêts directs des visites de Sapin et Bolloré au Cameroun

Que nous rapportent concrètement les visites du ministre français des Finances et des Comptes publics et du PDG du Groupe Bolloré que vient de recevoir le président Paul Biya ? Disons-le tout de suite et sans ambages, ces deux visites sont rentables à plus d’un titre. Elles ont des retombées concrètes. De façon plus précise, le ministre français des Finances Michel Sapin qui est l’un des piliers du gouvernement socialiste en poste en France se présente comme l’une des voix les plus autorisées de l’équipe du Premier ministre Manuel Valls est crédible pour parler au nom de la France et au nom de la gauche. Outre les discutions qu’il a eu avec le président Paul Biya sur la vulnérabilité du franc CFA, la présence de Michel Sapin au palis d’Etoudi est au centre du renforcement de la coopération économique bilatérale entre la Cameroun et la France, avec en toile de fond, la signature imminente d’un nouveau contrat de désendettement et de développement (C2D). Des sources autorisées affirment que la signature d’un troisième accord du contrat C2D pourra être effective au mois de juin 2016. Le montant du prochain C2D est de 400 milliards FCFA, soit environ 609 millions d’euros. Le C2D est un mémorandum d’entente conclu il y a de cela une dizaine d’années entre la France et le Cameroun. C’est un mécanisme d’annulation et de reconversion de la dette extérieure du Cameroun vis-à-vis de la France. Autrement dit, la France, au lieu de recevoir le remboursement d’une dette, la convertit immédiatement en financements de projets de développement. Ces 400 milliards F CFA qui pourront être mobilisés dans les années qui viennent sur des projets qu’il reste encore à définir et à préciser avec les autorités camerounaises. Toutefois, au regard de l’urgence que représentent les projets de développement qui sont en cours pour l’accomplissement des grandes réalisations, il va sans dire que les 400 milliards FCFA qui vont être débloqués par la France au profit du Cameroun servent prioritairement à la création et à l’aménagement urgent des infrastructures, en vue de l’émergence du Cameroun.

De son côté, Bolloré qui fait partie des grands groupes de transport dans le monde avec une présence importante en Europe, en Asie, en Amérique et en Afrique est l’un des leaders mondiaux des activités portuaires, les transports, les chemins de fer et dans la logistique pétrolière. Le Groupe Bolloré est par ailleurs le leader de la logistique et de la manutention portuaire en Afrique, avec 24 000 employés répartis dans 46 pays sur le Continent Noir, pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros en 2014. Le PDG dudit groupe entend développer son partenariat classique avec le Cameroun qui est havre de paix propice aux projets d’investissements. Le Groupe Bolloré qui est présent au Cameroun depuis 1947, ne se lasse pas de miser sur le pays de Paul Biya et ne manque pas non plus de nouveaux projets à expérimenter au Cameroun. Déjà présent au port de Douala, le Groupe Bolloré qui est l’adjudicataire du terminal à containers du port en eau profonde de Kribi entend recruter 400 personnes pour ses activités de la ville de Kribi. Dans un proche avenir, Vincent Bolloré entend produire de l’énergie solaire au Cameroun. Ce projet gigantesque qui porte sur le développement des énergies renouvelables va générer des retombées en plusieurs milliards FCFA et des milliers d’emplois-jeunes sont en perspective. Comme on peut le constater, les deux géants de la finance française n’étaient pas au Cameroun, chez le président Paul Biya, pour un safari d’agrément, mais pour travailler à huiler la machine du partenariat gagnant-gagnant établi entre la Cameroun et la France.

Correspondance particulière

Par Vincent Parfait Tchagoh, économiste

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