Performances économiques : L’Afrique francophone subsaharienne à nouveau en tête de la croissance africaine

L’Afrique francophone subsaharienne à nouveau en tête de la croissance africaine | Photo d'illustration
L’Afrique francophone subsaharienne à nouveau en tête de la croissance africaine | Photo d’illustration

Avec une croissance moyenne de 5,1 % sur la période 2012-2015, l’Afrique francophone subsaharienne s’affirme comme l’un des principaux relais de la croissance mondiale. Les politiques de diversification y contribuent grandement, mais l’application future d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et la Cédéao menace les intérêts communs de cet ensemble et de la France.

Pour la deuxième année consécutive et pour la troisième fois en quatre ans, l’Afrique francophone subsaharienne a enregistré en 2015 les meilleures performances économiques du Continent. C’est ce qui ressort de l’édition 2016 des ” Perspectives économiques mondiales”, publié par la Banque mondiale en janvier dernier.

En tenant compte des poids respectifs de chacune de ses économies nationales, cet ensemble de 22 pays a ainsi connu une croissance moyenne de 4,6 % l’an dernier, et une croissance annuelle moyenne de 5,1 % sur la période 2012-2015.

Sur ces quatre dernières années, certains pays francophones ont réalisé d’importantes performances, comme la Côte d’Ivoire (9,2 % par an en moyenne), la République démocratique du Congo, désormais premier pays francophone du monde avec ses 74 millions d’habitants (8,2 %) ou encore le Tchad (6,5 %).

En excluant le cas très particulier de la Guinée équatoriale, pays producteur de pétrole, mais dont la très faible taille et population (0,8 million d’hab.) explique la forte dépendance aux cours des hydrocarbures, la croissance atteint même une moyenne annuelle de 5,6 % (et de 5,7 % pour la zone CFA, Guinée-Bissau lusophone exceptée). Pour sa part, l’Afrique anglophone subsaharienne (Éthiopie et Rwanda inclus) observait des moyennes de 3,0 % pour 2015 et de 3,7 % pour les quatre dernières années.

Important relais de la croissance mondiale

Au moment où l’économie chinoise ralentit, l’Afrique francophone subsaharienne se présente donc comme l’un des principaux relais de croissance mondiale, favorisée notamment par sa dynamique démographique la plus importante au monde avec un accroissement moyen de la population de 2,8 % par an.

C’est ce dynamisme, bien que déjà en ralentissement, qui a permis à ce vaste espace s’étendant sur 10,7 millions de km2, soit 2,4 fois l’Union européenne tout entière, de rassembler aujourd’hui 285 millions d’habitants, contre seulement 52 millions en 1950.

 Évolution qui a permis à cet ensemble d’atteindre une masse critique nécessaire au développement économique et à toute industrialisation. En incluant le Maghreb, l’Afrique francophone regroupe désormais 370 millions d’habitants, contre 73 millions en 1950, ce qui était à peine plus que la seule population allemande.

Stratégies payantes de diversification

Mais au-delà de la croissance démographique, des grands projets d’infrastructures en cours, de la stabilité de la majeure partie de l’espace francophone, ou encore des progrès lents, mais constants en matière de bonne gouvernance et de transparence, ce sont aussi les politiques de diversification des sources de revenus mises en place ces dernières années qui commencent à porter leurs fruits.

De nombreux gouvernements ont pris un certain nombre de mesures visant à développer des industries manufacturières légères ainsi que les différents pans de leur agriculture, longtemps délaissée, tout en affichant leur volonté de faire transformer localement une part grandissante des productions qui en découlent.

Ce changement d’attitude ouvre ainsi la voie à un début d’industrialisation via l’industrie agroalimentaire, voire dans certains pays, via l’industrie textile dont l’énorme potentiel demeure quasiment inexploité (l’Afrique de l’Ouest francophone pèse pour 10 % des exportations mondiales de coton, avec un coût de la main-d’oeuvre largement moins élevé qu’en Asie).

Cette stratégie, créatrice de richesses supplémentaires, a notamment permis à la majorité des pays pétroliers d’Afrique centrale de mieux résister à l’effondrement des cours des matières premières, avec des taux de croissance de 4,1 % pour le Gabon et le Tchad, et de 6,3 % pour le Cameroun.

En revanche, la dépendance aux matières premières demeurant encore assez forte dans la majorité des pays producteurs non francophones, la croissance devrait se situer entre 3,0 % et 3,5 % au Nigéria, en Angola et en Zambie, et n’atteindre que 1,3 % en Afrique du Sud (ces deux derniers étant fortement dépendants des productions minières).

Incertitudes liées à l’Accord de partenariat économique (APE) UE/Cédéao

Toutefois, la conclusion en décembre 2014 (en catimini) d’un APE visant à instaurer bien trop prématurément une zone de libre-échange entre l’UE et la Cédéao + Mauritanie, couvrant 75 % de l’ensemble des biens, fait peser de lourdes menaces sur la pérennisation de la croissance de cet ensemble majoritairement francophone, et sur ses industries naissantes. Dans ce cadre, la France devrait fortement appuyer au sein de l’UE la grande majorité réticente de ces pays.

En effet, en vertu principe fondamental voulant que les échanges soient naturellement bien plus importants entre pays partageant la même langue, comme l’a rappelé avec insistance le rapport Attali d’août 2014 (*), la France a tout intérêt à aider au développement de l’Afrique francophone (dont la partie subsaharienne ne représentait que 0,9 % de ses échanges extérieurs de biens en 2013) afin d’assurer à ses entreprises de nouveaux débouchés, créateurs de très nombreux emplois.

Mais également afin de renforcer l’attractivité de la langue française dans le monde, vecteur d’influence et dont la progression de l’enseignement est aujourd’hui essentiellement due à l’émergence démographique et économique de l’Afrique francophone (+43 % de nombre d’apprenants du français en Asie-Pacifique sur la seule période 2010-2014, selon l’Organisation internationale de la Francophonie).

Source : © LES ECHOS

Par Ilyes Zouari

Secrétaire général adjoint de la revue Population & Avenir (démographie et géographie humaine)

(*) “La Francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable”, La Documentation française, août 2014.