Note de lecture – « Tout est pardonné, révélations sur la cabale contre Samuel Eto’o » : quand Ernest Obama blanchit le « 9 »

Scéance de dédicace par Ernest OBAMA de son livre « Tout est pardonné, révélations sur la cabale contre Samuel Eto’o » | © Facebook
Scéance de dédicace par Ernest OBAMA de son livre « Tout est pardonné, révélations sur la cabale contre Samuel Eto’o » | © Facebook

Ecrire et publier un livre n’est pas un exercice facile. Je viens d’ailleurs de m’en convaincre au terme de la lecture de l’ouvrage intitulé : « Tout est pardonné, révélations sur la cabale contre Samuel Eto’o » d’Ernest Obama, publié aux éditions(?) Transformance.

La publication d’un ouvrage, quel qu’il soit et quelle que soit sa qualité, mérite que l’on adresse à l’auteur des félicitations. Car, un livre, considéré à la fois comme produit et comme service, exige d’énormes sacrifices en termes de temps et de ressources ; sa production en appelle aussi, de la part de l’auteur, à une bonne dose de renoncement, d’abnégation et surtout de courage : le courage d’affronter la critique.

Les lumières d’un document agréable à voir.

Ce livre de 144 pages est beau à voir, agréable au toucher. Les images sont d’une fine netteté qui rend bien lisible l’ouvrage, si tant qu’il a été rédigé sur du papier glacé. Pour toutes ces raisons seulement, le jeune auteur mérite des encouragements.

Regard critique

Sur le plan de la forme, « Tout est pardonné… », aussi beau qu’il se présente, a accumulé et laissé glisser dans la mouture finale quelques fautes dont aurait pu se passer si le manuscrit avait été soumis à une lecture croisée rigoureuse et sans complaisance (Pages : 40 ; 61 ; 71 ; 74 ; 75 ; 81 ; 85…).

L’analyse iconographique n’établit pas, ne traduit pas et n’exprime même pas l’idée fondamentale que l’       auteur souhaitait mettre en exergue ou partager avec ses lecteurs : la photo de la première de couverture laisse voir un ciel noir avec une pointe de lune illuminée au centre de laquelle Eto’o Fils est assis à même le gazon, tout sourire, arborant le maillot d’un club européen, avec autour de ses épaules un drapeau dont on imagine qu’il serait celui du Cameroun.

Toutes les interprétations qui pourraient être faites au sujet de cette photo auraient du mal à établir un lien avec le titre du livre et donc forcément avec l’idée maîtresse que le document voudrait véhiculer. La question est simplement celle-ci : cette photo exprime-t-elle le pardon ? Rien n’est moins sûr.  Car, elle est moins l’expression d’un quelconque pardon que la joie d’avoir gagné un trophée. Il s’agit donc vraisemblablement d’un dérapage incontrôlé, impardonnable dans le domaine de l’édition. Cette erreur pourrait être compréhensible. Je pourrai expliquer plus loin pourquoi ces erreurs sont compréhensibles.

Ce livre n’a pas de code ISBN et, qui plus est, est sans dépôt légal. L’ISBN est un code qui permet aux lecteurs, aux éditeurs, aux libraires, aux bibliothécaires, aux archivistes… d’identifier et/ou de reconnaitre qu’un ouvrage a été publié chez un éditeur reconnu et ce, dans les règles de l’art. Ce code à chiffres s’attribue lorsque l’éditeur a accordé son BAT (bon à tirer). C’est ce code qui définit par exemple le genre littéraire, l’année de publication et le pays (le continent) où il a été édité etc. C’est ce code qui donne du crédit à un livre et lui donne accès à des librairies et à des bibliothèques conventionnelles. Un livre sans ISBN, sans dépôt légal, ne peut s’insérer dans les rayons d’une librairie ou d’une bibliothèque sérieuse.

Le dépôt légal quant à lui est une partie d’ouvrages éditée et publiée que l’éditeur dépose à la bibliothèque nationale du pays où il est basé et où le livre a été édité pour servir d’archives nationales. Il s’agit là des canons d’un métier que l’auteur a soigneusement évité pour choisir des raccourcis susceptibles de jeter du discrédit à son œuvre. Je peux bien comprendre l’auteur Obama.

je n’en dirai pas plus sur les manquements relatifs à la mise en forme, avec des pages entières vides quand elles ne sont pas tout simplement dépouillées de respirations ; l’auteur aurait gagné en calibrant ses paragraphes afin qu’ils soient moins denses et moins touffus (P.40 ;41 ;42…51…)

La structure du livre

« Tout est pardonné », le livre d'Ernest Obama sur Samuel Eto'o | DR
« Tout est pardonné », le livre d’Ernest Obama sur Samuel Eto’o | DR

L’analyse structurelle du livre laisse transparaître les mêmes lacunes éditoriales. Les cinq chapitres annoncés dans le livre brillent par un déséquilibre structurel gênant voire incompréhensible : le chapitre 1 est long de 10 pages ; le chapitre 2 en a 23 ; les chapitres 3 et 4 en ont chacun 20 ; le chapitre 5 n’en a que 2 !! La conclusion qui surgit dans ce livre est comme un brin de cheveu dans un plat de soupe ; un véritable un intrus qui n’a qu’une seule page. Cette conclusion est considérée comme un intrus parce que le livre aurait dû contenir une introduction en l’absence de laquelle on se demande bien ce qui justifie cette conclusion qui nous est servie. Comment a-t-on pu rédiger un livre sans introduction et lui coller à la fin, à la hâte et de façon bâclée une conclusion ?

Que dire alors des annexes ? Cette partie a un contenu de 24 pages, plus dense que le corps du livre, chacun des chapitres pris isolément. L’auteur voulait-il procédé à un remplissage d’un livre qu’il voulait à tout prix et vite publier ?

Du genre littéraire 

Je me suis demandé, au terme de la lecture de ce livre, s’il s’agissait d’une biographie (celle de Samuel Eto’o Fils), d’une autobiographie (celle d’Ernest Obama à la lecture du Chapitre 1 intitulé « Obama se raconte ») ou alors s’agissait-il d’un Essai à la lecture du titre ? Toute cette confusion et ces erreurs sont bien compréhensibles. L’auteur nous les aurait épargnés s’il avait mûri et bien pensé son projet d’écriture ; s’il avait sollicité l’expertise d’un éditeur reconnu.

L’inspiration du titre.

 Une partie de l’intitulé de ce livre « Tout est pardonné… » m’a rappelé celui d’un journal satirique Français, Charlie Hebdo, paru aux lendemains des évènements funestes et macabres que nous connaissons tous et qu’il serait superfétatoire d’en rappeler les causes et les circonstances. Ce titre m’a davantage convaincu de ce qu’écrire un livre n’est pas facile et qu’il faut que l’auteur bénéficie d’une bonne dose d’inspiration. Nul ne peut valablement prétendre que l’auteur Obama n’a pas été inspiré. Cependant, l’usage du titre laisse un goût d’inachevé.

Le choix du titre d’un livre ne se fait pas hasard. Il est l’expression de l’idée générale qui est développée dans le livre. Chacun le sait et je pense qu’il n’est point besoin de le rappeler ici. Mais si je le rappelle, c’est parce que je me suis posé, au terme de la lecture de ce livre, deux  questions que je m’en voudrais de ne pas partager avec vous : qui a pardonné ? Quelle est la relation qu’il y a entre le titre du livre et le contenu ? Aucun passage dans ce livre ne montre et ne prouve que Eto’o Fils Samuel a pardonné.

L’auteur a pris soin de ne révéler nulle part que son ami, Eto’o Fils Samuel lui a délégué ce pouvoir de parler en son nom et surtout de transmettre à « ses bourreaux » son pardon… pardon que le livre proclame. On aurait souhaité avoir dans ce sens une correspondance écrite et publiée en annexe ou encore une preuve  qui  aurait permis de taire tout débat sur ce titre visiblement hors sujet.

La 2è phrase du 3è paragraphe de la conclusion (P.115) est une affirmation gratuite, comme il en est de la plupart qui foisonne dans ce joli livre : « Le connaissant, je sais qu’il a pardonné à tous. » Si l’auteur a eu des assurances dans ce sens, pourquoi ne les a-t-il pas partagées avec ses lecteurs ? Qu’est-ce qui justifie cette affirmation péremptoire de l’auteur, concernant le pardon que Eto’o Fils Samuel aurait accordé à « ses bourreaux » ?

Le pardon peut s’exprimer par les paroles, par les écrits ou par les actes que la victime pose à l’égard de ceux qui lui ont causé le tort. Dans le cas d’espèce, quels peuvent être les indicateurs de pardon auxquels Eto’o auraient recouru  et qui apparaissent clairement dans ce livre ?

Si par hypothèse, quelqu’un d’autre, qui pourrait se dire tout aussi proche de Eto’o Fils Samuel, publiait un livre du même acabit que celui d’Obama Ernest et qui venait à affirmer qu’Eto’o Fils Samuel n’a pardonné personne, dans quelle posture serait l’auteur de « Tout est pardonné… » ?

Une autre hypothèse : si Eto’o Fils lui-même, de quelle que manière que se soit, reconnait n’avoir pas encore pardonné, quel serait le niveau de crédibilité qu’on accorderait encore à cet ouvrage ?

L’auteur, tout en se donnant la liberté de blanchir l’image du « 9 » tant traînée dans la boue par « des sulfureux », « des aigris »( ce sont les termes de l’auteur) a laissé transparaître dans l’analyse des faits qu’il expose dans son livre une certaine subjectivité. Le ton excessif et désobligeant de l’auteur qui tenait tant à dévoiler « les acteurs et les auteurs de cette cabale  contre Eto’o Fils Samuel », ce ton disais-je, l’a plutôt desservi et l’a dévoilé. Ce ton a dévoilé la rancœur qui habite l’auteur et l’acharnement qu’il manifeste contre « les bourreaux » de son ami. Toute chose qui contraste avec les objectifs qu’il prétend poursuivre dans son livre : « pas de rancœurs donc, même si pour pardonner, il ne faut pas avoir oublié. » (P.115) Et pourtant !!!

Et pourtant, le livre entretient un tel acharnement contre certains acteurs au point de se demander si ce n’est pas un règlement de compte. Après des excuses de Jean Bruno Tagne formulées à l’endroit de Eto’o Fils et publié par l’auteur en annexe, comment comprendre que ce dernier ait encore choisi de rapporter les entretiens « off record » ou ceux obtenus sur whatsapp ? Comment comprendre les qualificatifs qu’il attribue à certains « bourreaux de Eto’o » ? On dirait que l’auteur a transformé sa plume en un véritable pistolet automatique !

La présentation des faits, les analyses qui en découlent, les commentaires désarticulés (pour certains) laissent le lecteur sur sa fin. Le cas de Sismondi Bidjoka en est une illustration cinglante (P.55-56-57) :

Ce journaliste que l’auteur présente comme un rancunier, un aigri qui, selon lui,  a passé le temps à saper l’image de Eto’o, aurait adressé à ce dernier une lettre dans laquelle il sollicitait le paiement de ses livres (P.56-57). D’après l’auteur, le simple fait pour Sismondi B. d’avoir sali l’image d’Eto’o (notamment sur l’affaire avec Nathalie Koah) suffisait pour qu’il ne sollicite plus ses services. Malheureusement, la correspondance publiée ne laisse pas voir le lien avec le prétendu mauvais traitement de l’information dont Sismondi serait coupable.

L’auteur qui se passe pour l’homme des valeurs morales et chrétiennes !

Quand Ernest Obama blanchit le « 9 » | © Facebook
Quand Ernest Obama blanchit le « 9 » | © Facebook

Au chapitre 1 l’auteur se présente comme un homme épris de valeurs humaines inculquées par la morale chrétienne. A ce sujet, il évoque pêle-mêle le respect, l’effort, l’abnégation, la fidélité en amitié… Mais les envolées vindicatives de l’auteur, l’homme des valeurs, à l’endroit de ses confrères  Jean Bruno Tagne, Sismondi Bidjoka et les autres jettent un contraste entre ce que l’auteur a écrit sur lui-même pour s’auto-qualifier et ce qu’il pose comme acte. Voici ce qu’il écrit à propos du livre publié par Sismondi : « Sismondi Bidjoka a écrit il y a quelques années un « machin » qu’il a appelé livre… » Et si en retour les autres traitaient son livre de « machin », quel sentiment aurait-il ? Si l’auteur Obama avait eu une plume mature, il aurait fait appel à une finesse terminologique susceptible de le préserver de ce genre de dérapages. En tout cas, ce genre de pamphlet incendiaire et vindicatif ne grandit personne, surtout pas l’auteur. Je peux me répéter en affirmant qu’il aurait pu le dire autrement s’il avait eu de la mesure, de la consistance dans les analyses, de la rigueur et de la finesse… En un mot, il aurait écrit autrement s’il avait eu une plume mature. C’est pour cela que j’ai dit plus haut que tout cela est bien compréhensible.

Des faits jugés hors sujet

La présentation des faits au sujet de l’affaire Eto’o-Nathalie Koah est aussi révélatrice des mêmes insuffisances. L’auteur, dans sa démarche, se serait uniquement rapproché des amis, des voisins de quartier et des parents de mademoiselle Koah afin pour lui de faire la lumière sur la déchirure entre les deux tourtereaux. Pour blanchir Eto’o Fils, l’auteur charge son fusil : « liste des conquêtes de Nathalie Koah », « mère méprisée », « la rencontre avec Eto’o », « La vie avant Eto’o ». Le contenu de ces sous-titres ne nous édifient en rien sur le fond et les raisons qui justifient la déchirure d’une part ; ils ne nous éclairent pas sur la «cabale » contre son ami Eto’o ; puisque le contenu de ces sous-parties expose, sape et humilie l’image de Nathalie Koah ; bien évidemment, tous ces sous-titres ne sont pas en relation avec le fond du livre (« Tout est pardonné »).

Aucune de ces sous-parties ne renseignent le lecteur sur la part de vérité des deux tourtereaux en déchirure mortelle. Ces sous-parties brillent toutes par le bla-bla-bla. Ayant jugé inutile d’enquêter auprès de la principale concernée, l’auteur, devenu juge, avait déjà sa sentence et ses coupables.

L’affaire étant encore pendante devant les tribunaux, la mesure, la prudence, la circonspection auraient exigé à l’auteur le recul, la réserve et le silence.

La cabale dont Eto’o semble être victime est la même à laquelle se lance l’auteur dans son livre. Aurait-il reçu procuration ou mandat de venger Eto’o ? En lisant « Mbia, le capitaine de la honte » ou « Gérémi Sorel Njitap Fotso : le baiser de judas » (P.72-73), chacun constatera que ces deux autres sous-chapitres sont hors sujet. Dans le premier cas cité, il s’agit des engagements et des options personnels que Mbia Stéphane a pris pour faire voyager ses parents ; en quoi cela est-il une cabale contre Eto’o Fils ? Dans le deuxième cas cité, Njitap a librement choisi de rallier le camp de l’actuel président de la FECAFOOT et de figurer dans sa liste. En quoi cet acte aurait-il constitué une trahison vis-à-vis d’Eto’o ? Y a-t-il eu un « deal », un arrangement entre Eto’o et Njitap qui disait que ce dernier ne devrait jamais faire équipe avec « les ennemis » du premier ? Aucune preuve n’est rapportée dans le livre dans ce sens.

Le livre d’Ernest Obama fourmille et foisonne de telles incohérences qui rentrent en collision avec l’idée générale de son ouvrage. S’il avait requis l’expertise d’un éditeur, je le répète, toutes ces parties auraient été charcutées. A moins d’intituler le livre autrement.

Le dernier fait rapporté et qui est à classer dans le même registre, c’est le chapitre 5 : l’appel du Peuple. (P.111-112). Cette partie n’a aucun lien avec le « Tout est pardonné… révélations sur la cabale contre Samuel Eto’o ». En concédant à l’auteur l’intrusion de cette partie superfétatoire, on peut se poser quelques questions : qui constitue le peuple auquel l’auteur fait allusion ? Sont-ce ces internautes qui s’activent sur la toile et sur les réseaux sociaux ? Qui représente le peuple dont l’auteur évoque ou ressuscite l’appel ? Quelle composante du peuple s’est-elle mobilisée pour scander le retour de Samuel Eto’o à l’équipe nationale ? Quand et où est-ce que cette mobilisation a-t-elle eu lieu ? Etaient-ce ces 40000 spectateurs,  agglutinés dans un stade de football, mus par l’émotion que provoque la montée de l’adrénaline au cours d’un match ? Si oui, cette partie du peuple  peut-elle être représentatif de ce qu’on appellerait peuple ? L’analyse du texte met en lumière le degré d’agitation et de manipulation dont l’auteur a voulu faire usage ; pour faire une fleur,mieux un pied de nez à son ami, Eto’o Fils Samuel.

La plus-value du livre

Au terme de la lecture d’un livre, le lecteur avisé se demande toujours : qu’est-ce que ce livre m’a apporté de plus ? Quel est l’élément nouveau qu’il apporte à mes connaissances ? C’est cela la plus-value d’un livre. « Tout est pardonné… » a le mérite d’avoir compilé dans un même document les informations éparses publiées dans plusieurs journaux ; il a le bénéfice d’avoir rapporté et exhumé quelques faits épicés que la mémoire humaine avait déjà enfoui dans sa cave de l’oubli. Pour que ce livre se donne une valeur littéraire, scientifique et sociale, il serait souhaitable de le réécrire.

Par Valentin ATEBA.A.

  • Environnementaliste, titulaire d’un MBA en Management environnemental.
  • Auteur de 03 romans publiés aux Editions Ifrikiya et d’un Essai aux éditions L’Harmattan (disponibles sur Google).
  • Auteur de plusieurs articles scientifiques publiés. 

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