Navigateur web : 2014 , l’année noire pour Mozilla et Firefox ?

Décidément, l’année 2014 ne semble pas réussir à la fondation Mozilla et cette dernière s’est retrouvée en quelques mois au centre de plusieurs polémiques.

Avec son navigateur Firefox, la fondation Mozilla entendait casser le monopole créé par Microsoft et Internet Explorer tout en promouvant les valeurs du logiciel libre et open source ainsi qu’un Web ouvert et accessible. Au fil des années, Firefox a vu sa part de marché croître régulièrement mais l’année 2014 semble amorcer un nouveau tournant.

Depuis quelques temps, le cabinet d’analyse StatCounter positionne Chrome devant Firefox et au mois d’avril, cette observation a été confirmée par NetMarketShare qui dispose d’une méthode de calcul différente (avec notamment l’intégration des internautes chinois). Firefox semble donc être sur la pente descendante, non seulement en terme d’usage mais également, sur son image globale.

Une polémique politique

La débâcle au sein du conseil de direction de Mozilla Corporation a suscité de nombreuses interrogations. L’arrivée de Brendan Eich à la tête de la société fut pour le moins chaotique. Les convictions politiques de l’homme ont été mises à nu sur la Toile. Celui-ci a effectué un don de 1000 dollars en 2008 pour le soutien d’un amendement rendant illégal le mariage homosexuel en Californie. Pour certains, l’homme ne pouvait prétendre à promouvoir un Internet ouvert au sein de Mozilla tout en s’opposant au mariage homosexuel. Sous la pression, celui-ci s’est vu contraint de démissionner. La communauté greffée autour de Firefox fut rapidement divisée, non pas sur des choix technologiques mais sur des problèmes d’ordre politique loin des missions premières de la fondation.

La situation aurait-elle été différente si M. Eich était resté en poste ? Finalement les compétences techniques de l’homme – créateur du langage JavaScript – se sont envolées avec lui.

Une polémique économique

Cette année, Mozilla a également annoncé vouloir modifier son modèle économique en introduisant le projet Directory Tile. Il faut dire qu’à l’heure actuelle, 90% des revenus de la fondation sont générés au travers du partenariat de recherche avec Google. Il semble donc logique que Mozilla souhaite obtenir davantage d’indépendance. Directory Tile consiste à monnayer des tuiles sponsorisées, lesquelles seront affichées sur l’écran d’accueil de Firefox à sa première installation. Celles-ci apparaîtront le temps que l’historique de navigation soit assez dense pour lister les sites les plus fréquemment visités. Toutefois, cette décision a encore créé le débat au sein de la communauté, certains craignant de voir de véritables publicités placardées sur Firefox.

La fondation a donc tenté de rassurer les internautes mais la situation est une fois de plus délicate. Comment prôner un Web neutre et ouvert tout en devant sélectionner des sponsors ? Ne sera-t-il pas tentant de ne prendre que ceux qui paieront le prix fort ? D’autant que le partenariat avec Google arrivera à échéance en novembre sans promesse de renouvellement.

Une polémique technologique

Cette semaine, Mozilla se trouve à nouveau au coeur de diverses discussions et cette fois la communauté du logiciel libre s’interroge sur les choix technologiques effectués sur le navigateur Firefox. Les développeurs de Mozilla ont en effet annoncé qu’ils adopteraient le standard EME (Encrypted Media Extensions) permettant d’assurer la prise en charge des DRM. Le hic : développé conjointement avec Adobe, ce dernier est conçu avec des technologies propriétaires dont le code n’est pas distribué en open source. Certes, le mécanisme a été intégré à contre-coeur et pourra être désactivé par l’internaute, mais comme le souligne la Free Software Foundation, Mozilla n’en fait pas moins l’éloge des “valeurs” d’Adobe, une société particulièrement critiquée pour ses pratiques par la communauté du logiciel libre.

A nouveau, cette position est donc relativement délicate puisque Mozilla publie le code source de son navigateur depuis des années mais se retrouve en partenariat avec l’éditeur de solutions propriétaires Adobe par peur de voir sa base d’utilisateurs chuter de plus en plus face à la concurrence.

Entre diverses décisions discutables et un navigateur de moins en moins populaire, pour Mozilla cette année semble donc plutôt mal débuter et le conseil de direction peine à faire face à la pression du marché toujours plus concurrentiel. Comment les développeurs de Firefox pourront-ils redorer l’image du navigateur ? La situation actuelle nécessiterait peut-être des évolutions stratégiques plus marquées… au risque de créer de nouvelles polémiques…

Par Clubic

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz