Musique – Le zouglou en relief de Magic System : « Africainement vôtre », septième album – 23/05/2014

Faiseur de tubes depuis plus de douze ans, Magic System compte parmi les groupes africains les plus en vue sur la scène internationale. Derrière la machine à danser se dessine la volonté de jouer un rôle sociétal. Une casquette que les chefs de file du zouglou revendiquent haut et fort avec Africainement vôtre, leur nouvel album. Rencontre avec le quatuor ivoirien, piloté par le “chef de groupe” A’Salfo.

Est-ce que le zouglou a changé en 25 ans ? Qu’est-ce qui a changé dans ses sonorités ? Comment vous voyez son évolution ?

Avec Magic System, je crois qu’il y a une évolution musicale qui ne dit pas son nom. Le zouglou, à la base, n’est pas un style musical. C’est une philosophie. Avec l’avènement du multipartisme en Côte d’Ivoire, en 1991, les gens ont eu envie de dire des choses. On a ajouté des instruments modernes aux djembés pour donner le zouglou. Mais il faut bien reconnaitre que nous avions une musique plate, le zouglou n’était pas une musique de recherche approfondie. Vous constaterez que depuis cinq à six ans, nous allons à la rencontre d’autres styles pour essayer de voir comment on peut mettre en valeur ce zouglou-là.

Si la forme musicale a évolué, qu’en est-il pour le fond ?

La philosophie est restée la même : faire passer des messages en faveur des populations les plus défavorisées. Le zouglou est en Côte d’Ivoire ce que le rap est en France ou aux États-Unis, ce que le reggae est en Jamaïque. C’est par le canal du zouglou que les vrais messages arrivent aux autorités, même si dans nos différents albums, il y a aussi cet aspect festif. Nous avons sur nos épaules tout un continent, musicalement parlant. Ces dix dernières années, le continent africain n’a de regard que pour Magic System, et ce serait trahir notre mission si nous ne véhiculions pas des messages de paix, de cohésion sociale. On ne peut pas venir d’Afrique et être toujours dans la fête alors qu’il y a des vrais problèmes. C’est pourquoi le premier single d’Africainement vôtre était Mamadou, qui parlait d’immigration : on voit à la télé, on entend à la radio que des milliers d’Africains meurent à Lampedusa. On ne peut pas venir de ce continent sans dire aux gens que l’Europe n’est pas le paradis qu’ils imaginent, qu’elle a ses propres difficultés.

Depuis votre duo avec la Sud-africaine Brenda Fassie en 2001 jusqu’au nouveau single Magic In the Air avec Ahmed Chawki, vous avez multiplié les featurings. Est-ce à cela que se mesure votre volonté d’ouverture ?

Brenda Fassie, c’était le premier featuring africain. Dieu ne met pas un groupe là par hasard. Ce n’est pas de l’auto félicitation mais quand on regarde le parcours de Magic System, dès le début nous avons compris que l’on ne pouvait pas rester dans le style atypique du zouglou. La preuve en est que ceux qui s’y sont accrochés sont encore dans les palettes en train de chercher à sortir. Quand on a fait Même pas fatigué (avec Khaled, ndlr) ou Raï N’B, avec Kore, ça montrait une autre facette. Le brassage culturel qu’il y avait dans ce titre a montré à l’Afrique noire qu’il y avait d’autres musiques que le zouglou, le mbalax… C’était notre but, et à force d’aller vers tous ces styles, nous sommes écoutés dans toutes les fêtes. Il n’y a pas de catégorie d’âge pour Magic System, de 7 à 77 ans, de la ménagère au diplomate. Tout le monde écoute, parce que dans cette musique, il y a les vraies valeurs : le rassemblement, le partage, la joie de vivre.

Cette popularité à la fois en Afrique et en Europe, pas forcément pour des raisons identiques, vous amène-t-elle à avoir une double approche de votre carrière ?

Nous devons contenter deux oreilles musicales : celle des Occidentaux n’a rien à voir avec celle des Africains. Ce n’est pas évident de satisfaire les différents publics. Maintenant, quand on fait un nouvel album, on reste en France pour faire la promo comme il se doit et après on rentre en Afrique. On consacre une promotion à l’Afrique avec les titres que les Africains préfèrent. Faire des clips qui n’ont rien à voir avec ceux faits pour l’Europe, qui parlent de leurs vies, de leurs problèmes, pour qu’ils s’y reconnaissent. Nous avons un Magic System blanc et noir.

Quels sont les pays d’Afrique qui sont les plus demandeurs de zouglou ?

Le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, la Guinée, le Nigeria, le Ghana. Là, on revient d’Éthiopie. On a fait la Zambie, le Mozambique, le Zimbabwe… Mais ce n’est pas forcément le zouglou que les gens veulent voir. C’est plutôt Magic System. On aurait voulu que les deux fassent chemin ensemble, mais ce n’est pas le cas : on ne voit pas un mouvement, on voit un seul groupe. Derrière nous, on ne voit personne venir. C’est dommage. Il pourrait y avoir un deuxième et un troisième Magic System dans nos rangs. Il n’y a pas de raison que ce zouglou-là ne puisse pas se faire connaitre et rejoindre le cercle très fermé des musiques universelles.

Avant de tomber dans la marmite du zouglou, vous écoutiez quoi, dans votre enfance ?

A ce moment-là, le seul Ivoirien connu sur la scène internationale, c’était Alpha Blondy mais il ne faisait pas de la musique ivoirienne, il faisait du reggae. Donc, on était en pleine importation de la musique étrangère. On écoutait Pierre Akendengué, du Gabon. On était aussi influencé par la musique congolaise : Papa Wemba, Koffi Olomide… Maintenant, la Côte d’Ivoire a sa propre musique. En tout cas, notre miroir, c’est Alpha Bondy. C’est l’exemple à suivre.

Source : RFI Musique

Par Bertrand Lavaine

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