Mode – Julienne Biyah : la Franco-Camerounaise qui veut sortir l’Afrique de ses carcans traditionnels

« Il est important de montrer la diversité des textiles et des matières. Il n'y a pas que le wax ! » | © Owl-paris
« Il est important de montrer la diversité des textiles et des matières. Il n’y a pas que le wax ! » | © Owl-paris

À 32 ans, Julienne Biyah est la créatrice de la marque-boutique Owl à Paris.

Elle vous accueille dans son petit cocon parisien avec un thé et un sourire qui semble ne jamais la quitter. À 32 ans, Julienne Biyah, créatrice de la marque-boutique Owl Paris, respire la confiance. Cela fait un peu plus d’un an qu’elle s’est installée là, en plein cœur du quartier parisien de Montmartre, et que comme elle le confie « les affaires sont plutôt bonnes ». Depuis plusieurs mois, sa boutique participe même régulièrement au télé-crochet français Les Reines du shopping, au cours duquel cinq femmes voient leurs talents de « shoppeuses » mis en concurrence pendant une semaine. « Cela nous a permis de nous faire connaître beaucoup plus rapidement », explique la jeune femme, qui préfère rester discrète sur son chiffre d’affaires, tout en concédant que ses passages sur le petit écran ont multiplié ses ventes par trois.

En cet après-midi pluvieux d’automne, entre les cafés bobos déserts et le gris des façades, l’univers de cette jeune franco-camerounaise détonne. « Ce n’est pas donné de louer un espace ici, mais nous avions besoin d’un lieu spécial pour montrer nos produits, déclare-t-elle. Nous voulions sortir cette mode afro-chic contemporaine, qui est notre marque de fabrique, des endroits où l’on s’attend forcément à la trouver, la sortir des carcans habituels. » Comprenez en langage politiquement moins correct que la « mode afro » ne doit pas être cantonnée aux seules échoppes – ô combien précieuses pour nombre de femmes africaines – de Château-Rouge, le quartier africain de Paris.

Il est important de montrer cette diversité, de montrer qu’il n’y a pas que le wax ! affirme-t-elle

À l’intérieur, ce sont en fait les créations d’une trentaine de couturiers africains et européens – en plus des siennes donc – qui sont exposées. Une sorte de dépôt-vente chic, où chacun a la chance de voir son travail présenté au public et où la maîtresse des lieux touche une commission sur chaque vente. « Un deal gagnant-gagnant », pour Julienne Biyah, qui choisit personnellement et « au feeling » les stylistes avec qui elle collabore. « Le plus important c’est d’abord de voir si les produits correspondent à notre concept de « l’Afrique, c’est chic », puis d’évaluer systématiquement leurs qualités et leurs capacités à répondre aux attentes du marché », explique la créatrice, qui endosse rapidement ses habits de professionnelle de la mode.

Et pour celle qui a été pendant dix ans acheteuse au sein de la grande marque de prêt-à-porter suisse Tally Weijl, après avoir été formée à l’Institut supérieur spécialisé du marketing de la mode de Paris (Mod’Spe Paris), les gestes et le jargon « modeux » ne sont jamais bien loin… « Ma pièce fétiche, c’est ce petit col en wax, très facile à porter, par-dessus ou en dessous d’un top, avec un prix d’entrée de gamme de 20 euros ; il y a ce sac en raphia du Ghana, vendu à 280 euros, dit-elle en touchant précautionneusement chaque article. L’Afrique est riche de tellement de matières, de textiles. Il est important de montrer cette diversité, de montrer qu’il n’y a pas que le wax ! »

Le wax est d’ailleurs déjà devenu « presque mainstream » (comme faisant partie de la culture dominante) en Occident, selon elle, « tant il est intégré chaque année, et de plus en plus, dans les collections des grandes enseignes mondiales de prêt-à-porter, au même titre que les tissus et imprimés aztèques, par exemple. C’est un tissu à la mode, tout comme la mode afro en général, et cela va le rester quelque temps encore. Mais il y aura un moment où, comme pour toutes les tendances, cela va retomber. À cet instant-là, seuls les meilleurs créateurs, ceux qui auront vraiment travaillé leur univers, leur concept, leur identité, resteront ».

Lorsqu’il a d’ailleurs fallu trouver un nom et un symbole pour sa marque, elle a choisi celui de cet oiseau qui au Cameroun l’a toujours fascinée, la chouette…

Alors, pour faire partie de ceux qui « resteront », Julienne Biyah parie sur son amour non feint pour la mode. Une passion qui l’habite depuis son enfance africaine et les tendres dimanches qu’elle passait en famille à l’église, à Nkolmetet, son village d’origine, au sud de la capitale camerounaise, Yaoundé. « C’est le jour où l’on pouvait mettre nos belles robes. J’en avais deux ou trois, que je bichonnais chaque semaine, il fallait que tout soit parfait ! Je feuilletais les magazines et étais déjà très féminine ! » Ses parents séparés, elle – avec ses quatre frères et sœurs – a surtout été élevée par sa mère, femme de ménage, et sa grand-mère.

« J’ai grandi dans une famille modeste, mais je n’ai jamais manqué de rien. Surtout, c’était une famille de femmes, qui a toujours été très unie et où j’ai appris qu’il fallait se débrouiller avec ce que l’on a, travailler dur pour obtenir ce que l’on veut », sourit cette jeune maman, épouse d’un collaborateur de Jeune Afrique, qui confie s’être lancée à son compte pour, entre autres, pouvoir « léguer quelque chose à [sa] fille ».

Ce n’est qu’au début des années 1990 que sa famille débarque en France et décide de poser ses valises en Alsace (Nord-Est). C’est là que Julienne grandira et suivra sagement ses études secondaires, sans jamais toutefois se couper de ses racines. Lorsqu’il a d’ailleurs fallu trouver un nom et un symbole pour sa marque, la jeune femme n’a pas cherché très longtemps, et a choisi celui de cet oiseau qui au Cameroun l’a toujours fascinée, la chouette… Owl, en anglais.

Source : © Jeune Afrique

Par Haby Niakate

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