Le mirage du miracle économique rwandais

Une récente étude de la Review of African Political Economy met en doute la prospérité rwandaise. Selon les experts, les chiffres officiels masquent le fait que peu de Rwandais bénéficient des fruits de la croissance.

Le mirage du miracle économique rwandais | Credit : Deutsche Welle

L’année 2020 a été établie comme une date butoir afin que  e Rwanda parvienne à être classé parmi les pays à revenu moyen. Depuis plus d’une décennie, des mesures visant à atteindre cet objectif ont été mises en place, notamment des programmes visant à éradiquer la pauvreté. Mais aussi des accords économiques avec différentes communautés comme celle de l’Afrique de l’Est,  le Commonwealth et d’autres encore dans la sous région.

Des objectifs trop ambitieux ?

Aujourd’hui, la croissance annuelle du Produit Intérieur Brut rwandais (PIB) se situe  entre 7.6 et 8%. Une courbe de progression qui fait douter certains économistes de la capacité du pays d’atteindre les 11% d’ici trois ans, un taux de croissance qui permettrait au Rwanda de sortir de la catégorie des pays en voie de développement pour se classer parmi ceux à revenu moyen.

Un pouvoir d’achat qui reste faible

Si les chiffres présentés par l’Office national des statistiques donnent l’impression que le Rwanda est sur une bonne piste de développement, certains analystes soulignent la contradiction avec la faiblesse du pouvoir d’achat des Rwandais. Une manière d’expliquer que la plupart des gens ne voient pas les fruits de cette croissance brandie par le gouvernement.

“La majorité des Rwandais n’ont pas de pouvoir d’achat,” explique Muganwa Gonzague, journaliste et analyste économique. “Ils cherchent simplement à survivre. Prenons par exemple la région Est du pays qui a été frappée par la famine. Elle n’a pas été en mesure de commander de la nourriture dans les régions du Nord, faute de moyens. Il a fallu l’intervention de l’État pour leur fournir à manger.”

Un développement inégal

Eugène Nkundiye, un sexagénaire, diplômé des lettres modernes, a décidé il y a une quinzaine d’années, faute d’obtenir du travail dans le service public, d’ouvrir un petit commerce en périphérie de la capitale, Kigali. Il considère que le développement économique que vante le Rwanda semble ignorer le citoyen moyen. “Mes clients me disent qu’il y a un problème sérieux avec leurs anciennes sources de revenus, c’est-à-dire l’agriculture et l’élevage,” explique Eugène Nkundiye.

“Ils disent que cela vient du changement climatique  mais aussi et surtout du nouveau système agricole avec la consolidation du territoire qui exige une seule culture. Auparavant, ils pouvaient gagner de l’argent avec le système de rotation des cultures  mais ce n’est plus le cas et ils ne gagnent pas assez. Notre économie ne profite pas aux plus démunis.”

Le pouvoir vante ses réussites

À l’Office rwandais des statistiques, le récit ne change pas. Youssuf Murangwa, le directeur général, nie que le progrès économique ne profite pas à tous les Rwandais : “Tout le monde sait que presque tout Rwandais moyen possède une carte d’assurance maladie : la mutuelle de santé. Nous avons également développé l’éducation pour tous de l’école primaire jusqu’au dernier cycle du secondaire.”

Le premier trimestre de cette année s’est soldé par une croissance assez faible de 1.7% du PIB. Mais l’Office rwandais des statistiques ne s’alarme pas pour autant, considérant qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

D’autres sources, proches du dossier, considèrent malgré tout qu’il sera difficile pour le Rwanda d’atteindre le pourcentage requis pour tenir ses objectifs.

Source : Deutsche Welle par Etienne Gatanazi

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