Lutte contre Boko Haram : pourquoi des troupes américaines au Cameroun plutôt qu’au Nigeria ?

Des soldats portent assistance à des rescapés de Boko Haram, dans le nord-est du Nigeria, en juillet 2015. | © AFP
Des soldats portent assistance à des rescapés de Boko Haram, dans le nord-est du Nigeria, en juillet 2015. | © AFP

Les États-Unis vont déployer 300 militaires au Cameroun pour aider dans la lutte contre Boko Haram. Une décision géographique qui peut paraître étrange alors que le Nigeria voisin est au premier plan des attaques de ce groupe islamiste. Explications.

Quelque 300 militaires américains seront bientôt mobilisés dans le nord du Cameroun dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Ces soldats, dont 90 sont déjà arrivés sur place, sont censés mener “des opérations de collecte aérienne de renseignements, de surveillance et de reconnaissance”, a annoncé le président Barack Obama, mercredi 14 octobre.

Si cette mesure concrétise une volonté de Washington de s’impliquer dans la lutte contre les islamistes en Afrique, elle soulève toutefois une interrogation : pourquoi déployer un contingent au Cameroun et pas au Nigeria ? Le Nigeria voisin, pays le plus peuplé du continent et première économie d’Afrique, est en effet le berceau de la secte islamiste, qui a prêté allégeance à l’organisation de l’État islamique en mars 2015. Depuis 2009, les attaques des insurgés et leur répression par les forces de sécurité y ont fait plus de 15 000 morts et 1,5 million de déplacés.

Éléments de réponse avec Seidik Abba, journaliste et écrivain nigérien, spécialiste de la région.

Pourquoi les troupes américaines ne sont-elles pas plutôt déployées au Nigeria ?

Les Américains ne sont pas satisfaits de la façon dont l’armée nigériane se comporte et estiment que le Nigeria n’est pas respectueux des droits de l’Homme [Selon la loi “Leahy” de 1997, l’administration américaine n’est en effet pas en mesure d’aider militairement un pays accusé de violations des droits de l’Homme, NDLR.].

Déjà, en juillet dernier, les Américains avaient refusé de livrer des armes à ce pays, qui en réclamait pourtant dans le cadre de sa lutte contre Boko Haram. Fin 2014, lorsque les relations entre les deux pays commençaient à se tendre, Washington avait cessé d’entraîner d’un bataillon de l’armée nigériane, en raison de désaccords sur la gestion et la gouvernance.

Ce n’est pas du tout surprenant que les États-Unis choisissent le Cameroun plutôt que le Nigeria. Si les deux armées ne s’entendent pas, elles ne peuvent pas travailler en étroite collaboration sur le terrain.

Que reprochent les Américains au Nigeria ?

Au début de l’opération anti-Boko Haram, et même plus tard, l’armée nigériane a attaqué des villages en représailles aux exactions des islamistes. Ils ont tué des civils. [Dans un rapport publié en septembre 2014, Amnesty International dénonçait des tortures infligées par les policiers et les militaires nigérians sur des hommes, des femmes et des adolescents – parfois âgés de seulement 12 ans – au moyen de diverses méthodes telles que les coups, les blessures par balle et le viol, NDLR].

L’armée nigériane accepte mal l’ingérence de pays voisins et d’armées étrangères sur son territoire. Est-ce que cela peut aussi expliquer pourquoi ces troupes sont envoyées au Cameroun ?

Effectivement, le Nigeria n’aime pas l’ingérence, mais sur le terrain, l’armée n’est pas en mesure de se débrouiller seule. Toutefois, ce n’est pas cet argument qui a été déterminant. Ce n’est pas le Nigeria qui a refusé d’accueillir les troupes américaines, ce sont les États-Unis qui se sont installés au Cameroun. Au final, cela arrange tout le monde. [Les États-Unis reprocheraient également au Nigeria le niveau élevé de corruption au sein de l’armée, NDLR.]

Et pourquoi les États-Unis ont-ils choisi le Cameroun ? Pour y faire quoi ?

Le choix de s’implanter au Cameroun s’explique par le fait que, outre le Nigeria, trois autres pays sont concernés par cette guerre : le Niger, le Tchad et le Cameroun. Les États-Unis sont déjà présents au Niger avec des drones. Des militaires français y ont par ailleurs été envoyés. Quant au Tchad, ce pays abrite déjà le quartier général de l’opération Barkane [mission anti-jihadiste menée dans le Sahel par l’armée française, NDLR]. Envoyer des troupes dans ces pays-là aurait fait doublon, il ne restait donc plus que le Cameroun. D’autant que le Cameroun a jusqu’ici été considéré comme le maillon faible dans la lutte contre Boko Haram et lui apporter du renfort est bénéfique.

Ces 300 soldats américains vont travailler sur le renseignement, intercepter les communications, etc… c’est ce qui est le plus utile aujourd’hui. Pour gagner cette guerre, qui est asymétrique, seul le renseignement peut aider, car l’ennemi n’est pas connu. Boko Haram se fonde dans la population. L’arrivée de ces troupes américaines est un tournant dans la lutte contre les islamistes.

Source : © France 24

  • obosso

    C’est dommage de reproduire l’analyse des autres, on airait voulu avoir celle du Cameroun mais hélas!

  • Autre les militaires français au Tchad et ailleurs, les américains au
    Cameron depuis quelques semaines, notons que l’armée chinoise à déployé
    des drones au Nigeria depuis janvier. Et chacun veut évité de se faire espionner par les concurrents.