Lions indomptables du Cameroun – Ngando Pickett : « ma vie de mascotte » – 06/03/2015

 #Ngando Pickett, mascotte des Lion indomptables du Cameroun. | Photo d'archives
#Ngando Pickett, mascotte des Lion indomptables du Cameroun. | Photo d’archives

Depuis plus de 15 ans, cet ancien footballeur de D1 et entraineur, âgé de 60 ans, accompagne les Lions Indomptables du Cameroun dans différentes compétitions où il anime les gradins.

«C’est Ngando !» s’exclame une dame. « C’est bien lui », renchérit un jeune homme, le regard fixé sur sa « cible ». Dans les gradins du stade Molyko de Buea au Sud-ouest du Cameroun, les regards vont et viennent vers l’homme assis sur une chaise et tenant un drapeau aux couleurs nationales entre les mains. Vêtu d’un t-shirt, d’une culotte et coiffé d’un bonnet, tous aux couleurs vert-rouge-jaune, Henry Muyebe alias Ngando Pickett, la mascotte des Lions indomptables du Cameroun est la « star » du jour. Ce samedi 14 février, des habitants de la ville, venus assister à la course de l’Espoir, se désintéressent un instant de la compétition, le temps pour eux d’immortaliser leur rencontre avec leur « star » qu’ils ne voient généralement qu’à la télévision, lors des matchs des Lions.

Ngando Pickett se soumet volontiers à cette séance de photos improvisée, sourire amusé aux lèvres. Voilà un vendeur ambulant qui arrive. Il dépose son plateau de marchandises constitué de bonbons, chewing-gum, kleenex… sur un siège du stade. Il apostrophe un passant et le supplie de lui prendre une photo avec son téléphone portable. Il lui indique le processus à suivre et surtout, les « boutons à appuyer ». Des flashs crépitent. Le vendeur ambulant reprend son téléphone, vérifie probablement lesdites photos. Ça y est. Un sourire béat apparait sur son visage juvénile. Il remercie Ngando et le photographe d’occasion, puis reprend son plateau. D’autres personnes : adultes, jeunes et enfants arrivent. Ngando Pickett ne se fait pas prier et tous repartent avec le sourire satisfait. Et leur « star » aussi.

« Volker Finke est méchant »

A l’évocation de la dernière Coupe d’Afrique des nations (Can) qui s’est tenue en Guinée Equatoriale par contre, son visage se ferme. Comme des millions de Camerounais, Ngando a été « très » déçu de l’élimination des Lions au premier tour. Il aurait voulu soulever ce trophée qui leur manque tant depuis près de 10 ans. Pour la mascotte, le « grand » responsable de toute cette défaite n’est autre que l’entraineur des Lions, Volker Finke. « Moi je le dis ouvertement, c’est un monsieur méchant. Il ne veut pas le progrès de ce pays. Je ne sais pas pourquoi on le garde encore, s’indigne Ngando. On aurait pu lui dire de quitter la Guinée Equatoriale et de rentrer directement chez lui. Tout le pays demande quelque chose, mais il refuse de le faire. »

Ngando Pickett évoque plusieurs raisons pour justifier ses dires. Un exemple : ce père de deux enfants assure que le coach a refusé de faire jouer des joueurs tels que Mandjeck, Njié Clinton et Kwekeu qui ont pourtant donné de l’espoir au Cameroun durant la phase des qualifications. « Durant cette phase, on a vu une certaine évolution dans le jeu. L’équipe nous a donné satisfaction. On a vu leur travail. Pourquoi une fois en Guinée Equatoriale, le coach a-t-il choisi de changer les joueurs qui ont mené l’équipe à la qualification ? s’interroge-t-il. Il a voulu gâcher la carrière des jeunes joueurs qui sont en train de monter. » Pour supporter les Lions, en Guinée Equatoriale, Ngando Pickett et ses trois animateurs (dans un groupe qui en compte une centaine) y sont allés avec leurs propres moyens et l’aide de quelques mécènes.

Ex-sociétaire de Dragon

« La Fédération camerounaise de football (Fecafoot) nous a dit qu’elle n’emmenait personne. Nous sommes partis du pays par nos propres moyens et l’aide de quelques membres du gouvernement », raconte Ngando. Qui relève qu’à eux trois, ils dépassent mille personnes. « Nous utilisons nos tambours, nos voix. Nous fédérons beaucoup de monde autour de nous, quand nous jouons. » Ngando l’assure, ils jouent le rôle du « 12ème joueur », qui fait partie intégrante de l’équipe nationale du Cameroun. « Les gens m’aiment pour mes animations avec les Lions », lâche-t-il sans vantardise.

En effet, depuis 1998, Ngando Pickett est devenu un homme, une image et un personnage associé à l’équipe nationale du Cameroun. Mais comment nait cet amour pour les Lions Indomptables ? Un sourire nostalgique apparait sur le visage de la mascotte. Avant tout, il tient à faire une précision : son amour pour les Lions est « démesuré et désintéressé ». Tout commence par son propre amour pour le ballon rond. Son père n’est autre que le président du mythique club de Caïman de Douala. C’est lui qui lui transmet l’amour du foot. Ngando l’avoue : « je suis né avec le football. » Petit déjà, il joue dans l’équipe de Dragon de Douala avec laquelle il gagne « des trophées » et participe même à la montée du club en première division. Il s’envole par la suite pour la Côte d’Ivoire, pour rejoindre sa soeur qui a épousé un Ivoirien. Là, il rejoint Aspt de Yamoussoukro où il joue « pendant longtemps ».

Ex-coach cherche reconnaissance

Lors de la Coupe d’Afrique des Nations de 1984 à Abidjan en Côte d’Ivoire, Ngando, alors élève au lycée scientifique de Yamoussoukro, se rend au stade pour supporter son équipe. Mais déjà, son pseudonyme veut tout dire : « le nom Ngando vient de mon père qui s’appelait Ngando Gédeon. Pickett vient du diminutif deWilson Pickett le chanteur et danseur américain. J’étais un très grand danseur et mes amis d’enfance m’ont donné ce nom-là ». Après quelques années passées dans le pays d’Houphouët Boigny, Ngando dépose ses valises en Mauritanie pour de nouvelles aventures. Là-bas, il endosse le rôle d’entraineur. « J’ai gagné le championnat et j’ai remporté la coupe avec mon équipe le ‘Sonitra de Nouakchott’ », raconte-t-il. Son goût pour l’aventure met un terme à sa carrière. Ngando visite tour à tour le Maroc, l’Espagne, la France avant de revenir en Afrique, plus précisément en Mauritanie.

Et les Lions dans tout ça ? Ngando y vient. Ayant appris son retour en Afrique, les Camerounais résidant à Ouagadougou lui font appel. « C’était la coupe d’Afrique des nations 1998 au Burkina Faso. Ils m’ont dit : ‘‘Ngando pardon, descends à Ouagadougou animer notre groupe de fans pour accompagner les Lions Indomptables’’ », se souvient-il. De Nouakchott, je suis allé à Dakar, puis Bamako et j’ai rejoint le Burkina Faso. Quand j’ai commencé à animer là-bas, personne n’avait jamais vu un pareil supporter. Tout le monde était émerveillé. »

Toutes les chaînes de télévision font des gros plans de Ngando. Le ministre des Sports et de l’Education physique de l’époque, Joseph Owona, est séduit et très « content ». « Son chargé d’animation a fait appel à moi. Il m’a présenté au ministre qui m’a fait mascotte de l’équipe des Lions Indomptables du Cameroun en 1998 au Burkina Faso », dit-il. Cet homme né le 5 octobre 1955 à Douala n’est « mascotte » que dans les paroles, de manière informelle. Aucun texte officiel ne lui reconnaît cette fonction. 15 ans plus tard, Ngando est à la quête de reconnaissance. Il nous explique que cette recherche de reconnaissance n’est pas une vantardise, encore moins une quête de « gain facile ». Être reconnu officiellement est son projet et surtout son espoir. Le Comité de normalisation, piloté par Joseph Owona, lui a promis de revoir les textes pour pouvoir y intégrer « un statut sur les supporters camerounais » (ce sera une ligue des supporters des Lions indomptables, ndlr), après les élections.

Samuel Eto’o, Chantal Biya, Peter Mafani…

En attendant ce statut tant rêvé et de nouvelles compétitions, Ngando anime des cérémonies, où il gagne entre 200 000 et un millions de Francs Cfa parfois. On ne s’ennuie d’ailleurs pas à ses côtés. Ngando a des choses à raconter sur ses nombreux voyages avec les Lions. Il a surtout des anecdotes qui font rire. Comme celle-ci par exemple. Lors de la Can 2014 en Tunisie, Samuel Eto’o joue trois matchs sans gagner. A la sortie du stade ce jour-là, il interpelle à haute voix Ngando Pickett, assis dans les tribunes: «Ngando Pickett pardon, fais-moi marquer ». Samuel Eto’o lui balance alors ses godasses. Ngando les conserve soigneusement. Deux jours après, le Cameroun joue les quarts de finale contre le Nigéria.

Samuel reprend ses godasses, les enfile, joue et marque. Une autre anecdote? En 2000, le Cameroun remporte la Can organisée conjointement par le Ghana et le Nigéria. Le couple présidentiel invite les joueurs et leur mascotte. Au Palais de l’Unité ce jourlà, Ngando, vêtu d’un pagne et chemise, tenue traditionnelle du peuple Sawa dont il est originaire, a peur des personnalités qui s’y trouvent. A sa grande surprise ce sont ces personnes qui veulent le saluer et faire une photo avec lui. « Je me souviens que c’est le Premier ministre de l’époque, Peter Mafani, qui me présentait à ces personnalités », indique-t-il. A sa vue, la première dame, Chantal Biya s’exclame : « Ngando Pickett ! C’est comment ? Et le ventre ça ne se voit pas. Il est où ? » « C’était ma première fois de voir la première dame en face », lâche-t-il, probablement encore étonné.

C’est d’ailleurs à la faveur de cette réception au palais de l’Unité que sa famille accepte pour la première fois le travail de leur fils qui jusqu’alors, n’avait jamais supporté de voir un fils Douala chanter en caleçon et ventre dehors. « Après avoir été reçu par le président et la première dame, de retour à Douala, mon domicile était déjà bondé de monde. Chacun voulait me serrer la main », se rappelle celui qui a comme plats préférés le poisson braisé et les miondos (petits bâtons de manioc). Au-delà de tout, Ngando a un rêve : « que les Lions (re)deviennent indomptables, après cette mauvaise période qu’ils traversent. » Ngando est prêt, malgré son ventre diminué sur instruction du médecin. « Quand je venais, tous les Lions étaient contents. C’était l’amour. Avant chaque match, le capitaine Song, Patrick Mboma et le feu Marc Vivien Foe, Etamè Mayer et Eto’o Fils Samuel venaient me voir à leur hôtel. On causait, on discutait à propos du match. C’est vrai que j’avais peur, mais ils me réconfortaient, souffle Ngando. Depuis 1998, j’ai apporté cet esprit de gagneur dans la tanière et je ne l’ai plus jamais quitté ».

Source : © Le Jour

Par Josiane Kouagheu

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