Libye : un colonel annonce la « suspension » du Parlement – 19/05/2014

Au terme d’une journée de combats entre milices rivales à Tripoli, qui ont débuté après l’attaque du Congrès national général (CNG, le parlement de transition) par des hommes armés, le colonel Mokhtar Fernana, commandant de la police militaire, a annoncé au nom de l’armée nationale la suspension du CNG.

Lors des combats à Tripoli, le 18 mai. | AFP
Lors des combats à Tripoli, le 18 mai. | AFP

Dans une déclaration sur la télévision Libya Ahrar, diffusée à 22 heures, il a indiqué que le pouvoir législatif serait dès lors assuré par le Comité des 60 (la Constituante élue en février pour écrire la constitution).

Il assure également le gouvernement intérimaire actuellement mené par Abdallah Al-Thinni poursuivait son mandat jusqu’à la tenue de nouvelles élections parlementaires, prévues dans les prochains mois.

Défiance Contre Le Nouveau Premier Ministre

Le colonel Fernana rejette de la sorte la désignation de l’homme d’affaires Ahmed Miitig comme nouveau premier ministre, lors d’une élection contestée organisée le 4 mai au CGN. Le premier ministre Ahmed Miitig avait présenté en début de journée, dimanche, la composition de son gouvernement.

Originaire de la ville de Zenten, à 170 km au sud-ouest de Tripoli, le colonel Fernana n’a pas précisé comment ses décisions allaient être mise en oeuvre, en l’absence d’une armée professionnelle dans un pays où les milices font la loi. Il affirme que ces annonces ne constituent pas un coup d’Etat et qu’il a le soutien de la population.

Ce que récuse les membres du CNG. « Le colonel Fernana est lié aux milices de Zenten et au général Heftar. Ils ne représentent personne et n’ont aucune autorité pour suspendre le Parlement », a déclaré au Monde, peu après l’intervention télévisée de Fernana, le député Ala Mgaryef.

« Nous allons poursuivre nos travaux au sein du CNG et veiller à ce que le processus politique se poursuive jusqu’aux prochaines élections parlementaires. On ne va pas donner le pouvoir à des militaires. Notre seule préoccupation désormais est d’assurer notre sécurité pour le faire », poursuit le député.

Deux Morts À Tripoli

Lors d’une conférence de presse donnée dans la soirée dimanche, le gouvernement intérimaire a également dénoncé les dernières violences survenues en Libye. Il appelle les milices à cesser les combats, au retablissement du dialogue national et à la poursuite du processus politique.

Vendredi, le général Heftar avait lancé l’« offensive Dignité » contre les milices islamistes – la brigade du 17 février et Ansar Al-Charia – à Benghazi, dans l’est du pays. Ce général à la retraite a aussi revendiqué dimanche l’assaut donné par des hommes armés contre le CGN.

Cette nouvelle attaque lancée contre le Parlement a été menée par des milices originaires de la ville de Zenten, dont la brigade Al-Qaaqaa. Repoussées par les gardes du Parlement, elles ont battu en retraite vers leurs casernes situées sur la route de l’aéroport.

Les combats qui les ont opposé à des milices de Tripoli jusqu’à la tombée de la nuit ont fait au moins 2 morts et 66 blessés, selon un bilan provisoire du ministère de la santé.

Le Cgn Régulièrement Pris Pour Cible

Fin avril, des hommes armés avaient déjà attaqué les locaux du CGN, régulièrement cible de groupes armés, comme celle perpétrée le 2 mars, dans laquelle deux députés avaient été blessés par balle.

Le 14 février, dans une déclaration vidéo enregistrée, le général Khalifa Heftar avait déjà annoncé la suspension des institutions politiques, sans que ces annonces soient suivies d’effet.

Quatre jours plus tard, les brigades de Zenten avaient également donné au CGN, la plus haute autorité politique du pays, quelques heures pour quitter le pouvoir, sans toutefois passer à l’action après l’expiration de leur ultimatum.

Le Congrès avait aussitôt dénoncé cette initiative comme une menace de « coup d’Etat ». Le gouvernement de transition avait ensuite annoncé un compromis avec ces ex-rebelles ayant combattu le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, sans donner de détails.

Source : Le Monde.fr

Par Hélène Sallon (avec AFP)