Le kaba ngondo, pas vraiment camerounais

Jadis symbole des sawa, le kaba est devenu une tenue populaire. Il a sa place dans toutes les activités. Pourtant il n’est pas un pur produit camerounais.

kaba_ngondo

S’il est difficile de dire à quel moment les duala arrivent au Cameroun, l’on est encore moins certain des origines du kaba ngondo. Si le kaba a été arboré pour la première fois au Cameroun par les sawa, ses origines restent obscures. Pour certains historiens il serait né en Afrique de l’ouest. Pour nombre d’autres théoriciens il serait apparu dans le Littoral camerounais.

L’arrivée en 1843 des rigoureux missionnaires protestants est le point de départ de la deuxième version. Dans la ville de Douala les religieux sont confrontés à « l’habillement non conforme des populations locales », notamment leur quasi nudité. Ici naissent cependant des divergences d’opinions, parmi ceux qui prônent la camerounité du kaba. Deux écoles s’affrontent. La première tendance voudrait que quatre jeunes filles aient été emmenées à Buéa par des religieuses. A leur retour elles avaient le corps recouvert d’un long tissu.

La seconde tendance voit dans la jalousie des européennes, la cause première de l’apparition du kaba dans la culture sawa. Elles voyaient d’un mauvais œil que les jeunes filles duala aux formes harmonieuses, se meuvent presque nues devant leurs époux. Bien entendu elles craignaient d’être cocufiées. Pour éviter cela elles ont imposé aux sawa le port d’un vêtement grossier, censé les rendre moins désirables aux yeux de leurs époux. Il couvrait tout le corps et consistait en une pièce unique. La Bible et la religion protestante étaient leurs arguments majeurs. Selon les religieux en effet, « seule une tenue décente plait au Seigneur ». Le vêtement imaginé pour enlaidir les noires était une étoffe  rugueuse appelée « cover » en Anglais, et plus tard « couverture » en Français. Le mot a par la suite été déformé par les dualaet est devenu « kaba ».

Les femmes de la côte ayant appris la couture grâce à Hélène Saker, le désormais kaba change d’apparence au début du 20ème siècle. Influencées par la mode britannique, les femmes autochtones ont commencé à créer, tailler et coudre elles-mêmes leur propre cover. Selon Henri MANGA, membre du Comité d’organisation du ngondo : « la coquetterie féminine fait le reste et peu à peu, elles transforment le sac difforme en un vêtement duala authentique et sophistiqué ».

En 1940 seule la femme âgée porte un kaba, car majestueux et couteux. L’importation du tissu s’intensifiant, l’on commence à y inscrire les emblèmes des différentes familles duala. Le kaba des bonaminkengue par exemple est orné de fourmis. Celui des bonandumbe comporte des houes et des feuilles de manioc. Le pagne Akwa porte les noms des vingt familles du canton. Avec l’explosion des barrières géographiques, le kaba est progressivement relégué au fond du placard. Il est même réservé aux travaux ménagers et aux enterrements. Pour les jeunes filles il devient disgracieux et bon pour les grands-mères.

A partir de 1980 l’on assiste à la renaissance du kaba. Il devient un phénomène social et change encore d’aspect ; c’est ainsi que le mini kaba voit le jour.

Grace à sa popularité au sein des peuples sawa, le kaba est devenu le vêtement officiel du ngondo. Cela explique d’ailleurs l’expression kaba ngondo.  A l’exemple du makossa typique de la côte camerounaise, la naissance du kaba ngondo a été fortement influencée par des éléments étrangers. Le makossa nait en Guinée équatoriale par le fait de la rumba brésilienne, tandis que le phénomène du kaba ngondo est le fruit de la colonisation.

Olivier NDEMA EPO

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