Le Franc Cfa sans valeur

Les pièces de monnaie ne sont pas les bienvenues au Cameroun. En posséder ne permet pas toujours d’effectuer un achat. Les pièces de couleur jaune particulièrement sont rejetées au quotidien.

« Quand un client nous propose des pièces jaunes, nous ne les acceptons pas ». Tels sont les propos d’Evelyne, une commerçante installée à Yaoundé, au lieu dit Tropicana. Toute la journée elle propose du pain accompagné de viande à ses clients. Ses propos semblent incohérents pour une adepte du petit commerce. Cependant Zéphirin installé au quartier Nlongkak tient des propos semblables. Pour ce vendeur d’ananas : « les pièces jaunes ne servent à rien ». Evelyne et Zéphirin ne sont pas les seuls à penser ainsi. L’apparition d’une pièce jaune est vécue avec agacement par les petits commerçants et les détaillants.

Le Cfa existe au Cameroun en billets et pièces métalliques. Depuis plusieurs décennies quatre types de coupures sont admises, auxquelles l’on a ajouté le billet de deux mille francs. L’arsenal des pièces métalliques a été renforcé il y a quelques années, par de la monnaie de faible valeur. Outre les traditionnelles pièces de 5, 10, 25, 50, 100 et 500 Cfa il existe à présent des pièces de 1 et 2 Cfa.
La décision de renforcer la monnaie métallique a été prise pour faciliter les transactions financières. Au départ objet de toutes les curiosités les pièces de 1 et 2 Cfa ont vite été oubliées. L’on en trouve difficilement. Idem pour celles de 5 et 10 Cfa. Selon les petits commerçants : « les grossistes gardent les pièces de faible valeur pour effectuer les opérations de remboursement. Les détaillants n’en veulent pas, car pesantes. En outre ils les égarent facilement ». Les clients de leur côté refusent de prendre leur monnaie, surtout si elle comprend des pièces jaunes.

En dehors des pièces de 25 Cfa, la monnaie jaune (1, 2, 5 et 10 Cfa) ne peut rien acheter. Ceci constitue la deuxième raison de son rejet au Cameroun. Une autre opinion voudrait que les pièces jaunes soient refusées pour des raisons occultes. Elles seraient recherchées pour des pratiques magiques. Faute d’être utilisées dans les circuits normaux, elles prennent d’autres destinations. Certaines dames s’en servent pour : « fabriquer des pots de fleurs ». Zéphirin lui, les « laisse aux enfants qui en font des jouets ».

Le rejet des pièces de monnaie entraine des conséquences désastreuses. Certains individus à défaut de les jeter ou d’en faire cadeau, se retrouvent détenteurs de « sept ou dix mille franc ». De l’argent qui ne servira à rien. Selon certains cadres de banque, « c’est de l’argent inutilement perdu, car la banque centrale prévoit une quantité précise d’argent. Les pièces jaunes viennent compléter les billets. Les pièces de monnaie non utilisées créent un trou dans la masse monétaire ».

Selon certains économistes il existe une solution à ce problème. Pour Honorine Mbida, « Il faut limiter la production des pièces jaunes. Elles ne sont pas importantes. Elles permettent juste aux institutions bancaires de fidéliser les clients ». Mais en attendant qu’une solution définitive soit trouvée à ce problème, la monnaie métallique continue de faire des malheureux en affaires.

Olivier Ndema Epo

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