La stabilité politique, stratégique et géopolitique: Le Cameroun à l’épreuve de la spirale terroriste du groupe djihadiste Boko Haram – 27/05/2014

LA NOUVELLE EXPRESSION – Le Cameroun en tant que société étatique confrontée à la dynamique d’annexion d’une partie de son territoire- le Nord du Cameroun- dans le champ subversif et terroriste de conflictualité modelé et structuré par le mouvement transnational djihadiste Boko Haram basé au Nigeria, est appelé à définir et à appliquer un cadrage stratégique intégré de lutte contre le terrorisme.

Des refugiés fuyant le groupe islamiste "Boko Haram" au Nigéria. Crédit: AFP
Des refugiés fuyant le groupe islamiste “Boko Haram” au Nigéria. Crédit: AFP

Ledit cadrage doit être bâti sur une analyse systémique puissante et consistante de la situation (avec des volets politico-institutionnels, politico-constitutionnels, politico-stratégiques, politico-diplomatiques, civilo-militaires et sécuritaro-humanitaires), analyse dans laquelle il est essentiel de procéder à une identification pertinente de la structure effective  de la situation de menace  qui conditionne l’organisation consistante d’une technologie politico-sécuritaire et militaro-sécuritaire robuste de lutte anti-terroriste au Cameroun.

L‘Action Anti-terroriste Nationale à mener contre le groupe djihadiste et salafiste Boko Haram qui tente d’exporter au Cameroun sa guerre sainte lancée au Nigeria par son Guide fondateur Mohammed Yussuf plus tard remplacé par Abubakar Shekau, ne peut être pertinente que si elle conduit le pouvoir central camerounais à mettre en œuvre une démarche décomplexée et musclée de réponse anti-terroriste. Une telle démarche exige face à l’urgence sécuritaire anti-terroriste de sortir d’une posture stratégique d’attentisme en termes de ni guerre ni paix, de mi-guerre mi-paix. Elle commande aussi de mettre en question une gestion informelle, artisanale  et patrimoniale de la situation de crise. Pour ce faire, l’action officielle camerounaise de lutte contre le terrorisme sectaire de Boko Haram exige de structurer et de forger une vision internalisée inculturée et autonome de la gestion de la crise terroriste ainsi constituée ; gestion basée sur une maîtrise souveraine des enjeux sécuritaires liés à la situation.

C’est en s’appuyant sur une perspective de maîtrise souveraine et citoyenne des enjeux de l’anti-terrorisme au Cameroun  que l’Action Anti-terroriste Nationale peut user de son expertise informée et outillée de la gestion de la crise subversive provoquée par le terrorisme salafiste et djihadiste  de Boko Haram, pour modeler à sa convenance  la possibilité de faire appel à des collaborations extérieures  et à la coopération internationale . En procédant de cette manière , le Cameroun peut  faire face à la vague actuelle de violence lâche et odieuse  lancée par le groupe militaro-sectariste  et militaro-islamiste Boko Haram sur les localités de l’Extrême Nord du Cameroun  (DABANGA, NGUETCHEWE, TCHERE, AMCHIDE, FOTOKOL) ; laquelle vague indique bien la montée en puissance de la subversion terroriste envisagée contre le Nord du Cameroun  par cette multinationale nigériane de la terreur.

Désormais, du fait de la surenchère sécuritaire suscitée à travers la campagne de guérilla sectariste conduite par le mouvement salafiste  et djihadiste Boko Haram, la menace transnationale terroriste orchestrée par ce groupe islamiste armé dont le fief central se trouve dans le Nord du Nigeria (Etats de YOBE, ADAMAWA, BAUCHI, GOMBE et BORNO) est d’une telle ampleur stratégique qu’elle rend vaine et stérile toute démarche prolongée ou répétée de dénégation.  Les conditions tactiques créées du fait de l’accentuation des opérations de déstabilisation  menées par les partisans sectaristes de Boko Haram, rendent inopérante une démarche fondée sur la politique de l’autruche toujours encline à différer, du fait de  son penchant en faveur de la procrastination stratégique, la mise en forme et la mise en place d’une Action Anti-terroriste Nationale constituée en véritable Croisade Nationale Républicaine et Citoyenne au Cameroun.

De manière manifeste et caractérisée, les meneurs et les suiveurs de la secte djihadiste et salafiste Boko Haram ont décidé de précipiter le Nord du Cameroun dans la spirale subversive et terroriste qu’ils ont déclenché depuis le Nord-Nigeria, démontrant indubitablement qu’ils avaient déclaré la guerre à la puissance étatique  souveraine   qu’est la République du Cameroun. Dans ces conditions, les autorités politiques et institutionnelles qui contrôlent les commandes étatiques  du Cameroun,  sont tenues de prendre  leurs responsabilités pour proclamer de manière  résolue et solennelle, l’état de guerre contre les entrepreneurs islamistes de (la) terreur affiliés à Boko Haram qui ont engagé une dynamique de guérilla génératrice d’une menace asymétrique.

La communauté nationale (étatique et citoyenne) que constitue  la République du Cameroun  doit mettre en forme  et en œuvre une démarche structurée  et outillée de riposte anti-terroriste  destinée à enrayer les actes subversifs de violence commis par le groupe islamique armé Boko Haram. Il est ainsi question de faire face au déchaînement de violence favorisée par les coups de main terroristes du groupe djihadiste Boko Haram (kidnappings de la famille MOULIN-FOURNIER en février 2013 à DABANGA, du père Georges VAN DEN BEUSCH en novembre 2013 à NGUETCHEWE, des pères Gianbattista ALLEGRI et Giancarlo MARTA et de la sœur Gilberte BUISSIERE en avril 2014 à TCHERE, attaque d’un poste de gendarmerie  de KOUSSERI en mai 2014), de façon à contrer la matérialisation consistante et concluante de la stratégie terroriste de chaos politique et stratégique expérimentée par la secte djihadiste basée dans le  Nord du Nigéria au sein des  localités du Nord-Cameroun envisagées comme sites-pilotes.

Face à l’intrusion guerrière organisée par les chefs et agents sectaires autant que feudataires  de la mouvance terroriste-islamiste de Boko Haram, le leader central présidentiel camerounais est appelé du fait de l’urgence sécuritaire, à décider de l’exception en usant de ses prérogatives constitutionnelles exorbitantes  (pouvoirs d’urgence et d’exception) pour se poser en Commandant en chef de proclamer et construire l’état de guerre contre l’hydre terroriste  du djihadisme et du salafisme afro-sahélien et saharo-sahélien  afin de préserver ou de restaurer  l’intégrité du territoire national de l’Etat républicain.

Le durcissement de la subversion terroriste mené par Boko Haram dans l’Extrême Nord du Cameroun a accru la violence perpétrée par le groupe militaro-sectaire nigérian contre les localités du Septentrion camerounais  (enlèvements, attaques à main armée, plasticages, assauts motorisés  avec usage de véhicules tout terrain ou de motos).Ce durcissement  est une dynamique nette de radicalisation de la menace contre la souveraineté nationale et étatique  de la République du Cameroun. Cet état de choses ne laisse donc plus de place à la passivité ou à la placidité politico-stratégiques parce que Boko Haram a intensifié l’affrontement  en attaquant des positions stratégiques des unités nationales de défense et de sécurité  (assauts contre un poste de gendarmerie de KOUSSERI et contre le dispositif de sécurité protégeant un camp de travail d’une entreprise chinoise basée à DABANGA), multipliant les affronts contre l’Etat souverain qu’est la République du Cameroun qui est obligée de réagir.

Alors que le Président camerounais participait  au sommet anti-terroriste de Paris le 17 mai 2014, la nébuleuse terroriste Boko Haram confirmait sa volonté d’implanter irréversiblement la logique subversive de la guérilla et de la terreur dans le Nord Cameroun, en frappant un camp de base des cadres et des ouvriers  d’une entreprise chinoise opérant à DABANGA.

Cet évènement indique de manière ironique  que l’on ne saurait au Nigeria, au Cameroun, au Niger au Benin ou au Tchad se contenter du recours commode en forme d’expédient à une intervention stratégique prioritaire des puissances tutélaires dotées d’un statut international éminent de coachs militaro-sécuritaires anti-terroristes globaux.

Afin d’avoir une appréhension avisée et éclairée de la situation stratégique de passage irréversible à une guerre asymétrique transnationale, le Cameroun doit tirer les leçons liées à la dévalorisation d’une posture en termes de  politique de l’autruche, de manière à bien avoir en vue la nécessité et  l’utilité  d’un canal permanent d’échange avec les pays situés à la frontière du Bassin du Lac Tchad et du Bassin du fleuve Niger  et concernés par le tournant terroriste  de l’insécurité transfrontalière. Dès lors, le leader central présidentiel  camerounais est appelé  par les contraintes géopolitiques de situation résultant de la propagation renforcée  à la fois transnationale et transfrontalière de la menace terroriste  formée par  Boko Haram à activer un dialogue sécuritaire  privilégié avec son homologue nigérian afin d’ajuster les vues stratégiques réciproques dans un sens de mutualisation  politico-diplomatique et techno-opérationnelle.

Pour endiguer puis résorber la spirale subversive et terroriste  de conflit par laquelle le groupe militaro-sectariste Boko Haram a soumis le Nord Cameroun à la contagion djihadiste  venue du Nord-Nigeria, le Cameroun ne peut plus minimiser une réaction politico-institutionnelle  soutenue.

Dans cette optique, il ne sert pas à grand-chose de cultiver la politique de l’autruche  en faisant de manière supplémentaire et prolongée l’économie de mesures politico-institutionnelle  de gestion et de régulation  de la crise sécuritaire  provoquée  par la campagne terroriste de déstabilisation menée contre la partie septentrionale du Cameroun par la multinationale nigériane de la terreur.

Ainsi, il est clair que le Chef de l’Etat du Cameroun gagnerait à arborer sa tenue  de César institutionnel, de Commandant suprême  des forces de défense et de sécurité  en faisant endosser  au Parlement  le choix politique de lui accorder les pleins pouvoirs ; ceci pour engager de manière décisive  la guerre contre Boko Haram, un groupe qui lui est clairement hostile et a quant à lui clairement déclaré la guerre au Cameroun par l’attaque directe des unités miliaires et sécuritaires et d’édifices publics. Les instances politico-parlementaires et politico-judiciaires doivent être sollicitées pour assurer la légitimation politique et institutionnelle de la démarche officielle de lutte contre le terrorisme  en en garantissant la conformité constitutionnelle avec la mobilisation  déterminante de pouvoirs d’exception nécessaire pour la gestion de la crise terroriste.

Face à l’escalade  terroriste orchestrée par Boko Haram qui a entrainé des débordements insécuritaires transfrontaliers confirmant l’intrusion et l’infiltration subversives  des commandos djihadistes , le Cameroun doit agir politiquement et stratégiquement  pour parer à l’implantation  durable des modules subversifs de conflictualité asymétrique sur son territoire national. Il s’agit alors pour les autorités centrales de l’Etat du Cameroun et leur chef suprême  de faire valoir leur capacité d’arbitrage  politique  et institutionnel en vue de forger un Consensus NationalStratégique  Anti-terroriste permettant d’adosser une action rigoureuse de riposte étatique à la terreur à une infrastructure consolidée de soutien populaire et communautaire.

Il n’est pas possible de contrer la politique subversive  de mise en panique délibérée des populations par le déferlement chaotique de violence terroriste déclenchée par les partisans slafistes et djihadistes de Boko Haram à travers le Nord Cameroun. Si les autorités ressortissant du pouvoir étatique camerounais  ne peuvent pas disposer effectivement d’un crédit élevé de légitimité non seulement politico-institutionnelle mais aussi sociopolitique. Ou l’on voit la délicatesse politique de susciter une démarche efficace  et forte de mobilisation populaire dans la croisade anti-terroriste contre Boko Haram dans un contexte  institutionnel de controverse constante et consistante sur la légitimité politique des décideurs étatiques. Or pour engager notamment les forces vives de la Nation dans une lutte antiterroriste sérieuse et vigoureuse où les populations auraient un rôle crucial dans la collecte du renseignement, il importe de structurer solidement la base républicaine  et communautaire de la croisade antiterroriste à définir sur un socle national et patriotique.

Nigéria. Attaque sanglante a fait 18 morts dans la ville de Jere, proche de Maiduguri, fief du groupe terroriste Boko Haram. Photo : STRINGER / AFP
Nigéria. Attaque sanglante a fait 18 morts dans la ville de Jere, proche de Maiduguri, fief du groupe terroriste Boko Haram. Photo : STRINGER / AFP

Le positionnement diplomatico-stratégique du Cameroun en matière d’action antiterroriste contre la nébuleuse djihadiste Boko Haram est évidement en interaction avec la construction politico-diplomatique d’une coopération internationale en matière de lutte contre le terrorisme salafiste. Cela requiert que le déploiement de l’activité diplomatico-sécuritaire de combat contre le réseau transnational islamiste Boko Haram soit effectué de manière à ménager l’autonomie et l’indépendance de la démarche de formulation d’un Consensus National Stratégique Antiterroriste. En procédant de cette manière il s’agit d’éviter que le Cameroun se conforte et se complaise dans le suivisme stratégique et la dépendance sécuritaire.

C’est en se fondant sur une conception indigène et inculturée de l’action contre-terroriste intégrant pertinemment la nécessité d’une perception de la priorité stratégique à accorder à la coopération transfrontalière entre les pays ayant  les Bassins du Lac Tchad et du Fleuve Niger  en partage (Nigeria,Cameroun, Bénin, Tchad,  et Niger). En opérant de la sorte, il s’           agit de s’inscrire dans une perspective de cultivation et de consolidation des voies d’harmonisation politico-diplomatique et diplomatico-stratégique entre les pays limitrophes du Nigeria et celui-ci ,tous ces pays étant inscrits dans un espace de jonction entre le Bassin du Lac Tchad et le Bassin du Fleuve Niger. Seule une telle orientation fondée sur la nécessaire internalisation  de la production doctrinale et normative de la stratégie antiterroriste  contre Boko Haram peut permettre au Cameroun comme aux autres pays concernés , de ne pas décrocher par rapport à l’action antiterroriste des grandes puissances stratégiques et industrielles   dominant la mondialisation et apprendre à maitriser les flux doctrinaux ou normatifs comme ceux liés au Sommet de PARIS.

La stratégie contre-terroriste et antiterroriste à mener contre le groupe militaro -Sectariste Boko Haram comporte évidemment des actions ressortissants du registre diplomatique. En effet, le Cameroun doit faire pièce à la menace transnationale et transfrontalière que constitue la dynamique terroriste de profusion subversive  liée à la volonté  du groupe djihadiste  et salafiste  basé dans le Nord-Nigeria  de procéder à une contagion insécuritaire du Nord Cameroun par une conflictualité  provenant des Etats de BORNO, YOBE, ADAMAWA ou même BAUCHI et GOMBE. Pour cela, elle requiert que soit développé un volet diplomatico-stratégique  concernant la prise en compte puis la prise en charge de la contribution  des dynamiques de politique étrangère  et internationale à l’organisation consistante d’une Stratégie Nationale Antiterroriste au Cameroun.

L’action diplomatico-stratégique   en matière de coopération antiterroriste à développer contre l’internationale islamiste de la terreur qu’est Boko Haram commande d’abord pour le Cameroun d’instaurer un canal privilégié d’échange avec le Nigeria posé en centre d’origine de la crise subversive  liée à la spirale djihado- terroriste  et salafo-terroriste. Cette action exige aussi que les autorités étatiques  centrales de ces pays du Sahel Nigéro-Tchadique(Nigéria,Cameroun,Tchad,Béninet Niger) s’appuient sur l’arène diplomatico-stratégique formée autour de la Commission du Bassindu Lac Tchad (CBLT), laquelle arène inclut la mise à disposition  d’une force d’intervention rapide et offre un cadre de coopération multilatérale avec le Tchad et le Niger  en plus du Nigeria. C’est seulement en consolidant un dialogue diplomatico-sécuritaire  aussi bien   au niveau bilatéral qu’au niveau multilatéral avec le Nigeria le Bénin, le Niger et le Tchad, que le Cameroun peut contribuer à la matérialisation d’une approche antiterroriste commune à ces pays.

La terrible surchauffe terroriste organisée par le groupe militaro-sectariste Boko Haram exige que lui soit opposée une démarche de refroidissement neutralisateur destinée à éviter qu’elle n’entraine un emballement des moteurs d’unification nationale et républicaine qui propulse la machinerie étatique camerounaise. Dans cette optique, le pouvoir central de Yaoundé doit définir et organiser une riposte outillée  et musclée à même de faire pièce à une démarche subversive d’intimidation terroriste ou para-terroriste  avec un déploiement  militaro-sécuritaire et sécuritaro-policier  sachant user de manière combinée des unités régulières  et des unités spéciales  pour conduire à son avantage une contre-guerre asymétrique et irrégulière à même de challenger stratégiquement et tactiquement  les partisans islamistes de Boko Haram mobilisant une guerre de l’ombre et de la pénombre contre le Cameroun.

Pour briser l’enchainement conflictuellement contagieux de violence subversive lancée contre la souveraineté étatique camerounaise par la secte militaro-prophétique Boko Haram, l’Action Antiterroriste Nationale doit savoir combiner sa force de feu et de frappe  avec sa puissance de renseignement et d’intelligence. Ainsi, en s’appuyant sur le remembrement sécuritaire symbolisé par la mise en place de Bataillons d’infanterie Motorisée (BIM) le Cameroun peut mobiliser stratégiquement  ses unités spéciales de défense et de sécurité professionnalisées   dans l’antiterrorisme  (les Bataillons d’intervention rapide ou BIR de l’armée de terre ; les unités du Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale ou GPIG ou le Groupement Spécial d’Opérations de la Sureté Nationale ou GSO). Dans la même optique, les services de renseignement doivent développer ou consolider la fonction d’une intelligence antiterroriste (Direction générale de la recherche extérieure ou DGRE, Direction des Renseignements Généraux  ou DRG  et de la Direction de la Surveillance du Territoire ou DST  de  la Délégation Générale à  la Sureté nationale ou DGSN, Direction de la SécuritéMilitaire de l’armée ou SEMIL et Direction Centrale de la Coordination au Secrétariat d’Etat à  la Gendarmerie Nationale ou DCC).

Afin de contrer la menace transnationale du terrorisme djihadiste et salafiste que les zélotes et les zélateurs   militants  ou combattants de Boko Haram s’efforcent d’installer  dans le Nord Cameroun, les décideurs politiques  et institutionnels ont intérêt à construire une adhésion populaire et communautaire  forte à la culture antiterroriste nationale ; laquelle culture doit être (re)construite pour légitimer la dite lutte antiterroriste comme une Croisade Républicaine, Patriotique  et Populaire. Il s’agit alors pour le Président  de la République posé comme Commandant en chef de construire avec conviction, détermination   et engagement, une démarche performante  et concluante de mobilisation générale faisant de la lutte contre le terrorisme de Boko Haram une Cause Nationale.

Dans l’optique de construire un consentement renforcé et consolidé des forces populaires  de la Nation, le système  gouvernant et institutionnel est tenu de souligner  l’importance  des devoirs  de protection  des citoyens et de l’Etat qui sont ceux des cadres et agents des services de défense, de sécurité et d’intelligence au Cameroun. Pour y parvenir ces autorités sont appelées à renforcer la confiance citoyenne vis à vis  du dispositif militaro-sécuritaire en matière de lutte contre le terrorisme  en favorisant une action efficace de ces unités de défense de sécurité et d’intelligence  pour l’allocation appropriée de moyens logistiques, matériels, techniques et financiers  à même de faciliter la réussite de la démarche antiterroriste contre Boko Haram. Ainsi les populations seraient associées à l’Action Antiterroriste  Nationale  notamment en matière de collecte de l’information  si le dispositif militaro-sécuritaire  se donne les moyens de protéger les indicateurs, les informateurs et les témoins contre les représailles et la rétorsion de Boko Haram.

L’action civilo-militaire à effectuer dans le cadre de la Croisade Nationale Antiterroriste menée contre la stratégie  politico-militaire et paramilitaire  de chaos terroriste expérimentée à travers une démarche subversive  consistant à assurer une contamination active du Cameroun par l’escalade  djihadiste  véhiculée depuis le Nigeria par Boko Haram, peut s’appuyer sur la signature d’un Pacte National Citoyen ; lequel Pacte National serait un document politique important pour exprimer la solidarité des populations vis-à-vis de l’action antiterroriste  menée par l’appareil étatique qui vise à éviter que Boko Haram ne réussisse à convertir les régions du Nord Cameroun en zones de non- droit , en véritables zones  tribales  comme celles existant à la jonction entre le Pakistan et l’Afghanistan.

En modelant une stratégie séductrice de relations civilo-militaires  soucieuse de montrer la proximité entre le dispositif politico-sécuritaire et  militaro-sécuritaire et les citoyens ou les communautés, il s’agit de convaincre ces acteurs sociaux du plein engagement  des unités de défense, de sécurité et d’intelligence  en faveur de la protection  antiterroriste des populations dans une perspective républicaine et étatique de préservation  ou de restauration de l’intégrité territoriale nationale. Ces exigences sont associées à la volonté de mettre en lumière la place des valeurs de solidarité et d’action humanitaire  comme valeurs persistantes dans l’organisation de la démarche antiterroriste nationale. Elles sont en phase avec le souci du dispositif militaro-sécuritaire  national en matière d’antiterrorisme  de souligner la préservation  de l’action humanitaire  qui aidera à prendre en charge la détresse des refugiés nigérians fuyant les exactions commises par les sociétaires djihadistes et salafistes de Boko Haram.

Le Cameroun frappé par la montée en puissance de la stratégie terroriste de (la) tension  menée dans l’extrême Nord par l’hydre insécuritaire Boko Haram (Kidnappings de DABANGA, TCHERE etNGUETCHEWE) ne peut efficacement faire face à cette escalade subversive sans en appeler à la logique de mutualisation des formes et des vues autant que des forces et des voies comme celle appelée par le Sommet de PARIS convoqué le 17 mai 2014 par le Président français François Hollande  qui y a convié-pour ne pas dire convoqué- ses homologues du Nigeria, du Cameroun, du Tchad et  duBénin.  Toutefois, les décideurs étatiques des pays directement exposés à la menace terroriste liée au djihadisme  de Boko Haram ne seraient pas crédibles s’ils se complaisaient à être dans la posture de demandeurs obséquieux de protection auprès des grandes puissances étatiques internationales posées alors en tuteurs de l’antiterrorisme.

Il importe que le Cameroun anime avec le Nigeria, une discussion stratégique autour de la pertinence opératoire d’une Stratégie de la Tenaille  s’appuyant sur une mobilisation  coordonnée  des Etats de l’espace de jonction  du Bassin du Lac Tchad  et du Bassin du Fleuve du Niger  dans un cadre ou les dirigeants  de ces sociétés étatiques  se donnent la main pour combattre la nébuleuse terroriste Boko Haram. C’est de cette  manière que les dirigeants du Nigeria(Goodluck Jonathan), du Cameroun (Paul Biya), du Benin(Thomas Yayi Boni) , du Niger (Mahaman Issoufou) et du Tchad (Idriss Deby Itno) peuvent avoir la main en vue d’organiser une Souricière AntiterroristeInterrégionale  destinée à coincer le  groupe militaro-sectariste  Boko Haram, de façon à endiguer , résorber et annihiler le potentiel de nuisance lié aux frappes terroristes et paraterroristes transnationalisées de ce mouvement salafiste et djihadiste.

Pour opérationnaliser une démarche antiterroriste concluante et performante  contre lenkystement militaro-criminel et politico-criminel d’une insécurité de facture tumorale, le Cameroun doit agir avec le Nigeria, le Benin , le Niger et le Tchad  en vue de construire un Agenda-Cadre d’OrientationStratégique associé à un Plan stratégique opérationnel d’action commune et à des lignes directricesde coopération, des outils de travail  sur la base desquels on peut définir des procédures confidentielles  et codées( concernant les domaines de l’échange d’informations ; la surveillance des frontières ; la fusion du renseignement  la ;mobilisation militaro-sécuritaire autour du Lac Tchad  et les patrouilles coordonnées ou mixtes) dans une lutte antiterroriste à travers les secteurs nigéro-tchadiques de l’espace sahélo-saharien et afro-sahélien). Dans cette optique, il s’agit de positionner un dispositif antiterroriste et contre-terroriste capable de contrarier, de contrer et de contrecarrer le déchainement de violence subversive  alimentée par le groupe salafo-djihadiste Boko Haram.

Dans le nord du Nigeria, les populations doivent faire face aux exactions de la secte Boko Haram, mais également des violences communautaires. REUTERS/Stringer
Dans le nord du Nigeria, les populations doivent faire face aux exactions de la secte Boko Haram, mais également des violences communautaires. REUTERS/Stringer

La logique de la Souricière Anti-terroriste Interrégionale correspond à une démarche de catenaccio militaro-sécuritaire afin de se donner des chances de neutraliser l’entreprise polymorphe (car aussi bien sectaire, criminel,  que paramilitaire) de violence crisogène qu’est Boko Haram. Ici , au bouclage et au verrouillage militaro-sécuritaires s’ajouteraient un ratissage et un marquage sécuritaro-policiers permettant  de mobiliser les savoirs-faire d’intelligence en termes d’espionnage et de contre-espionnage  pour construire un policing antiterroriste comme démarche  communautaire transfrontalière de pulvérisation de la guérilla djihadiste et salafiste. Aux mécanismes militaires associés à la force multinationale d’intervention liée à la Commission du Bassindu Lac Tchad, il convient d’ajouter un Cadre de Concertation des Chefs de Police et deServices de Renseignement  facilitant la mutualisation régionale de l’intelligence et une Plateformeinterrégionale de coordination antiterroriste.

Pour faire face à l’initiative de radicalisation de la lutte subversive djihadiste et salafiste menée par Boko Haram en vue d’inscrire le Nord-Cameroun dans le Grand Théâtre  Nigéro-Tchadique de confrontation  entre terrorisme et contre terrorisme, les autorités centrales camerounaise ne peuvent s’opposer aux atteintes de souveraineté perpétrées  par la multinationale sahélienne de l’entreprise terroriste globale de facture salafiste  basée au Nigeria sans structurer un circuit institutionnel et organisationnel de gestion réservée et codée des mesures clés de la riposte antiterroriste. Ainsi faut-il profiter de la situation pour instituer  une Cellule Stratégique  Antiterroriste  installée au cœur de la Présidence de la République.

Afin de se donner les moyens de gagner la guerre totale évoquée lors du Sommet de PARIS –contre le terrorisme islamo-salafiste par le Président Biya, le système étatique et gouvernant est appelé à coordonner  la lutte antiterroriste  axée sur une thérapie sécuritaire  destinée à traiter les métastases  transfrontalières résultant  de la cancérisation des crises liées au djihadisme afro-sahélien et sahélo-saharien. En mobilisant cette Cellule Stratégique Antiterroriste, il s’agit pour le PC de la lutte antiterroriste de structurer sa boîte noire dans l’action contre-subversive contre Boko Haram; ladite Cellule Stratégique  doit prendre en charge  le Centre de Coordination Antiterroriste  de manière à permettre au leader central étatique présidentiel de solliciter et de mobiliser toutes les compétences  et les ressources pouvant conforter et consolider l’Union nationalecontre le périldjihadiste, d’en appeler aussi à une structuration opérante du Conseil National de Sécurité en vue d’animer l’engagement et l’implication des différentes structures de défense, de sécurité et d’intelligence dans la Croisade Nationale Antiterroriste.

Si le Cameroun ne met pas en place les mesures conséquentes et cohérentes de contre-guerre asymétrique et irrégulière à opposer au harcèlement terroriste et paraterroriste du groupe islamique Boko Haram qu’appelle la véritable déclaration de guerre-lancée à PARIS plutôt qu’à YAOUNDE-par son leader central présidentiel Paul Biya, il s’exposera à un processus adverse et pervers d’enlisement autant que d’envasement dans le bourbier stratégique de la terreur  vers lequel la secte prophetico-militaire nigériane veut l’entrainer.  C’est pourquoi les élites institutionnelles  et politiques contrôlant les commandes étatiques au Cameroun doivent riposter avec réactivité et vitalité aux provocations terroristes organisées  par les Partisans-Croisés  de la multinationale djihadiste Boko Haram.

La Stratégie Nationale Antiterroriste à engager par le Cameroun sur la base d’un Consensus National Stratégique ne sera perspicace et sagace que si elle résulte d’une initiative indépendante, indigène et internalisée qui doit être au centre du déploiement  d’une démarche africaine et internationale de coopération dans la lutte contre le terrorisme djihadiste de Boko Haram. C’est en procédant de la sorte  que cette Stratégie Nationale Antiterroriste orientera une Croisade Républicaine, Citoyenne, Nationale et Patriotique destinée à contrer  des poussées supplémentaires  de contamination terroriste et guerrière sur le territoire du Cameroun et pourra pertinemment intégrer une démarche communautaire et collégiale de structure régionale  ou interrégionale  tournée vers la mise en place  concluante d’une Souricière Antiterroriste Interrégionale  par les Etats limitrophes du Nigeria venant s’ajouter à celui-ci. C’est de cette manière que l’on pourra anticiper avant que les combattants de Boko Haram ne tentent de frapper les centres névralgiques camerounais de pouvoir que sont DOUALA et YAOUNDE comme les milices djihadistes somaliennes AL SHABAB ont frappé NAIROBI (Kenya) ou KAMPALA (Ouganda), pour enfoncer le clou d’un processus d’agitation, de manipulation, de spéculation et de déstabilisation terroristes qui s’est déjà insinué dans le Nord du Cameroun… A bon entendeur salut !

 

Mathias Eric Owona Nguini
Coordinateur scientifique de la Fondation Paul Ango Ela de Géopolitique en Afrique Centrale

Source : La Nouvelle Expression

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