Joshua Osih : « Pour devenir président du SDF il vous faut la majorité des délégués au congrès » – 26/05/2015

Joshua Osih, premier vice-président national du Social Democratic Front (SDF), principal parti de l'opposition | Photo d'archives
Joshua Osih, premier vice-président national du Social Democratic Front (SDF), principal parti de l’opposition | Photo d’archives

Le Front social démocrate (Social Democratic Front – SDF), principal parti d’opposition au Cameroun fête aujourd’hui ses 25 ans. Depuis sa création, le parti est dirigé par un seul homme, John Fru Ndi, et enchaîne défaite sur défaite face au pouvoir du président Paul Biya. Pourquoi le SDF n’arrive-t-il pas à mobiliser davantage, alors que le président au pouvoir depuis 33 ans semble de plus absent de la scène politique ? Quel avenir pour le parti, un quart de siècle après sa création ? Joshua Osih, premier vice-président du parti est l’invité de Florence Morice.

Un quart de siècle que le même homme est aux commandes du parti, John Fru Ndi. Est-ce qu’il n’est pas temps qu’il cède sa place aujourd’hui ?

Le congrès du parti se tiendra en 2016. Les délégués y décideront s’il faut un nouveau président ou pas.

Récemment John Fru Ndi a déclaré que personne n’était suffisamment expérimenté politiquement pour prendre sa relève. En tant que premier vice-président du parti, est-ce que vous êtes d’accord avec cette analyse ?

Cette phrase a été mal traduite de l’anglais. Il n’a jamais dit qu’il n’y avait personne qui en était capable. Il a dit que l’heure n’était pas à penser à son remplacement, mais plutôt à célébrer les 25 ans du SDF.

Vous dénoncez la longévité du régime du président Paul Biya. Mais de fait, depuis 25 ans, il n’y a pas non plus de renouvellement à la tête de votre parti.

Vous ne pouvez pas comparer ce qui se passe à l’intérieur d’une organisation, où les gens ont le choix d’être membre ou non de ce parti politique, à un pays, où nous subissons les conséquences du fait que quelqu’un est au pouvoir pendant si longtemps. Vous conviendrez volontiers avec moi que diriger un parti politique comme le SDF, cela ne nécessite pas autant d’énergie que de diriger un pays. Tous les présidents sortants le disent : au bout de 10-15 ans, vous êtes épuisés.

Ensuite, ce qui est peut être très important à comprendre, c’est que pour devenir le président national du SDF, il vous faut nécessairement la majorité des délégués au congrès. Malheureusement, ceux qui veulent devenir président du SDF pensent qu’il suffit de faire campagne dans les médias pour gagner. Le militantisme est quelque chose de particulier. Ce n’est pas la même chose que des électeurs dans une élection publique. Donc il faudrait que ceux qui aimeraient devenir le prochain président du SDF le comprennent.

Il y a quelques mois, la secrétaire générale du parti a tout de même démissionné de son poste en expliquant que le SDF avait renoncé à démocratiser le Cameroun. J’imagine que vous prenez ces accusations au sérieux de la part de quelqu’un qui est dans le parti depuis 19 ans ?

Je pense que c’est une fausse accusation parce que je ne sais pas quand est-ce qu’on a abandonné notre objectif de démocratiser le Cameroun. On se bat pour cela tous les jours. Quand elle était encore secrétaire générale, elle-même se battait pour cela. Elle porte une part de responsabilité si, évidemment, elle pense que ce qu’elle a dit est vrai.

En février dernier, 20 000 personnes ont défilé dans les rues de Yaoundé contre Boko Haram à l’appel d’une coalition apolitique appelée Unis pour le Cameroun. Est-ce que cette nouvelle forme de mobilisation, en dehors des partis, vous inquiète ?

Premièrement, il n’y avait pas 20 000 personnes. Deuxièmement, cela ne nous inquiète pas du tout. Il y a quelques ministres qui ont utilisé des individus pour faire une mobilisation pour qu’on débloque plus d’argent pour lutter contre Boko Haram. Nous pensons que ce que le gouvernement devrait faire, ce n’est pas de marcher dans les rues, mais c’est se mobiliser pour apporter une solution durable aux souffrances des populations dans l’extrême nord. Et c’est notre ligne.

Ça fait bien longtemps que votre parti n’a pas rassemblé autant de monde dans les rues. Est-ce cela signifie que les gens ne se reconnaissent plus dans les partis politiques traditionnels au Cameroun ?

Dans les années 1990, il n’y avait pas Twitter, il n’y avait pas Facebook. Donc les gens venaient aussi aux meetings pour savoir ce qui se passait au Cameroun. Donc on ne peut pas comparer les deux époques. Et nous ne sommes pas là dans une compétition pour savoir qui mobilise plus dans la rue que les autres.

Tout de même, dans un rapport parlementaire publié en France récemment, il est écrit à propos du Cameroun que le parti présidentiel est hégémonique, mais aussi que l’opposition est mal structurée et incapable de mobiliser.

C’est plus ou moins exact. Je ne dirais pas qu’on est incapables de mobiliser la population, mais que nous avons en face de nous un régime qui utilise toutes les passerelles possibles pour pouvoir se maintenir au pouvoir. Nous parlons d’un multipartisme au Cameroun, mais nous ne parlons pas encore de démocratie.

Donc le rapport est juste, mais peut-être que les causes qui font que cette mobilisation de l’opposition n’est pas comme ils aimeraient qu’elle soit, ne sont pas bien détaillées dans ce document.

L’actualité au Cameroun, c’est évidemment la guerre contre Boko Haram. Une partie de la jeunesse camerounaise, originaire de l’Extrême-Nord, s’est engagée dans les rangs du groupe islamiste. Est-ce que ce n’est pas un échec pour la classe politique camerounaise dans son ensemble, l’opposition comprise, de ne pas incarner un espoir pour cette jeunesse ?

C’est un échec, j’en conviens. Le développement socio-économique est entièrement absent et aujourd’hui Boko Haram est capable de recruter des jeunes avec 10 000 francs par mois, parfois même moins, pour aller tuer leurs propres frères. Il faut se ressaisir.

En décembre dernier, le président Paul Biya avait annoncé un plan d’urgence pour le Grand Nord pour réduire les écarts de développement entre cette région et le reste du pays. Est-ce que ce plan a porté ses fruits ?

On attend toujours ce plan. Il va démarrer avec la construction de salles de classe alors que ce que tout le monde demande dans le Grand Nord, c’est des instituteurs, des professeurs de lycée, parce que c’est trop dangereux, les écoles étant le symbole même de ce que Boko Haram combat.

Mais qu’est-ce que nous faisons ? Nous construisons des salles de classe en plus, alors que nous ne trouvons pas le personnel pour aller enseigner. Ce dont les gens ont besoin dans l’Extrême-Nord, c’est de l’irrigation, pour qu’il y ait une agriculture qui fonctionne, des points d’eau, pour qu’il y ait de l’eau potable, des écoles qui ont des instituteurs. Voilà ce dont les gens ont besoin et pour cela, on n’a pas besoin d’un plan. L’Etat doit reprendre sa fonction régalienne et s’occuper des populations dans cette région-là.

Source : © RFI

Par Florence Morice

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