Jehf Biyeri : « Je renais des cendres de la musique »

C’est un jeune artiste de la République du Congo très populaire dans le monde du théâtre. Auteur du livre « Professeur Salmeindroq » accompagné du recueil de poèmes « Verbe Actuel », Jehf Biyeri fait un retour dans le monde de la musique, en occurrence le rap style afro, où il a fait ses premiers pas dans le monde de la culture. De passage au Cameroun, il nous en parle.

Jehf Biyeri
Jehf Biyeri

Tu transportes dans tes valises, ton premier single enregistré…

Effectivement. Il est intitulé « Munsinsa ». C’est aussi un des titres qu’avaient exécuté mon père et son groupe d’animation folklorique appelé « Bakusu ». Il y avait cette chanson chantée dans un rythme purement folklorique et qui disait que : « Si je faisais un tout petit effort, allez-vous rire ? Et les autres de répondre : Non, nous n’allons pas rire ». L’effort donc je parle ici n’est pas seulement celui de la danse mais aussi celui de vouloir changer les choses, de vouloir faire quelque chose. Il y a une partie où je demande : « Qu’ont-ils dit là-bas ? A qui ont-ils demandé ? Ils m’ont provoqué et maintenant, ils vont écouter » (Traduction de la langue Sundi en français). C’est aussi une façon pour moi de revenir sur la scène musicale après 8 ans sans faire du rap. C’est donc un petit effort que je fais pour revenir et vous écouterez ce que je suis capable de faire.

On se rend compte, après écoute, que ton rap n’est pas du genre classique ; mais dans un style plutôt traditionnel…

Je puise mon inspiration dans la tradition, dans le folklore et c’est pourquoi mon groupe est baptisé « Racine ». Si je ne m’enracine chez moi, je ne pourrai pas faire grand-chose. C’est vrai qu’on dit que le rap est une musique venue d’ailleurs, mais je pense que même dans notre culture, le rap a existé. Mon grand père était un féticheur et son rituel était vraiment du rap. Il prononçait des paroles mais sous forme de rap. Ce n’était pas dans un rythme hip-hop américain ou autre, mais dans des rythmes traditionnels : le Wala, le Kidinkila… J’ai pris le rap rencontré dans mon adolescence et je l’ai ramené dans ma tradition, celle dans laquelle je suis né, pour me sentir alaise parce que je ne pourrai pas faire comme et mieux que les américains. J’ignore comment ils ont fait pour en arriver là.

Le hip-hop est une musique de jeunes. Le rythme que tu as choisi est prisé par les personnes d’un certain âge. Est-ce une façon d’apprivoiser les deux couches sociales ?

Bien sûr que oui. Aujourd’hui au Congo, le Ndombolo a atteint un niveau où même les enfants de 10 ans et les vieux de 80 ans l’écoutent. Pourquoi pas le rap ? Le rap n’est pas limité. Il faut briser les barrières de son public. Ne fait pas une musique pour un public donné mais pour tout le monde. Le rap est une tendance, le rap est une musique qui devrait être écoutée par tout le monde. Le vieillard qui n’écoute pas du rap a raison. Ce n’est pas sa musique. Mais comme je le fais avec le Wala, le kidinkila et le Mututa qui sont les rythmes de chez moi, je pense que ça va toucher toutes les couches sociales. Et c’est ça mon objectif premier.

On t’a plus découvert au Cameroun comme comédien. Outre votre livre à succès, « Professeur Salmeindroq », on est surpris aujourd’hui par la qualité de la musique que tu nous proposes. On se demande Finalement qui est vraiment Jehf Biyeri ?

(Rire) Jehf Biyeri est avant tout un rappeur. Avant d’entamer une carrière professionnelle au théâtre, j’ai fait de la musique à l’école avec un peu de théâtre à côté. Après quelques petits échecs, je me suis mis à fond au théâtre. J’ai fait beaucoup de représentations au Congo et à l’extérieur. Notamment ici au Cameroun, un pays que j’adore et où je viens en moyenne une fois tous les ans. En 2005, j’ai presté comme rappeur au « Rar » organisé au carrefour Iptec à Douala. De retour au pays (République du Congo), j’ai joué lors de la toute première édition du festival N’Sangu Ndji Ndji avant de tout arrêter pour le théâtre. Mais, le rap m’a poursuivi et m’a rattrapé. Je me relance. En choisissant le titre « Munsinsa », c’est une façon de dire aux fans que je fait un effort de revenir dans le rap et pratiquer cette musique que j’ai en moi.

Est-ce à dire que le côté Théâtre est définitivement clos ?

(D’un ton plus sérieux) Pas du tout. Quand je me suis lancé à fond au théâtre, la musique était, un tout petit peu, délaissée. Aujourd’hui que je renais de mes cendres, je ne peux pas commettre l’erreur d’abandonner le théâtre. Ce serait une grosse bêtise. Je me remets à fond au rap sans toutefois quitter le théâtre. S’il y a des projets intéressants au théâtre, je suis partant. Mais la musique, j’irai jusqu’au bout.

Le single que tu me présentes actuellement n’est pas encore n’est pas encore sur le marché…

Le single « Munsinsa » sort officiellement en décembre 2013. A cette occasion, mon manager travaille sur le projet pour faire venir à Pointe-Noire au Congo, le chanteur et Dj américain SetChap qui vit en Islande, mon frangin Freedy Massamba actuellement en Belgique qui profitera aussi pour présenter son nouvel album, et S-Dollar de Brazzaville. Ce single que je présenterai, annonce la sortie en 2014 de mon album qui sera baptisé « Bâ » qui veut dire « le feu » comptera neuf (9) titres.

« Bâ »… ! Est-ce pour bruler tous ceux que tu rencontreras sur ton passage ?

Je ne brûle pas (Rire). Ce feu est plutôt une chaleur interne, quelque chose qui bouillonne en moi et que je veux extérioriser. Ce n’est pas un feu qui vient calciner les autres. Qu’on l’accepte ou non, le feu est positif avant de brûler. Où il n’y a pas de feu, il n’y a pas de chaleur, tout est mort.

Merci Jehf Biyeri…

Merci Frank William pour le boulot que tu fais pour la culture. Merci aux camerounais qui m’accueillent toujours à bras ouvert et à très bientôt pour des concerts au Cameroun.

Propos recueillis par :
Frank William BATCHOU

Fiche technique de « Munsinsa »

  • Auteur/compositeur : Jehf Biyeri
  • Langue du chant : le Sundi parlé dans la partie Sud de la République du Congo par les habitants du Bakongo dans le département du Pool
  • Enregistrement : Studio 242 Belle Rage à Pointe-Noire au Congo
  • Mixage et arrangement : Kani Zus
  • Chœur : Annie Kinie, chanteuse congolaise
  • Rythme : Afro Hip-hop (tiré du rythme traditionnel « Wala » de l’ethnie Kongo)
  • Sortie officielle « Munsinsa » : Décembre 2013
  • Album : « Bâ » qui signifie « Le feu » et sera disponible au plus-tard mi 2014.

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7 Commentaires sur "Jehf Biyeri : « Je renais des cendres de la musique »"

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Babind Babindamana

cool

Madley Ngabala

il me semble que tu fais chemin seul maintenant, c’est ce que je semble lire là

Madley Ngabala

où est la place d’Aymar dans les RACINES?

Massamba Fredy

yes papa

Alain Fabrice Kekolo

RACINES de retour sur la scène Pointenégrine lors de La soirée OFFENSIV’HIP HOP à la CAVE DES ROIS,une production signé M POLO ZA KONGO

Alain Fabrice Kekolo

je valide c’est du bon

Jeannette Mogoun

J4AIME

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