Interview de Tommy Fabas : « Seule la solidarité fera avancer le hip-hop camerounais »

Le documentaire dur le hip-hop camerounais réalisé par ce français a été diffusé à Douala le 4 octobre 2013. Il nous explique les raisons de ce travail de terrain à travers le triangle national.

Tommy_Fabas

Qu’est ce qui vous a motivé à réaliser ce documentaire sur le hip-hop camerounais ?

C’est d’abord un coup de cœur au hip-hop camerounais. La première fois que je suis arrivé au Cameroun, j’ai cherché le hip-hop camerounais sans rien trouver. Il fallait aller quelquefois dans les « Kwatt » (quartiers, Ndlr) pour espérer trouver quelque chose. La deuxième fois que je suis revenu dans ce pays, j’ai eu la chance de rencontrer des gars à Bamenda (dans la région du Nord-ouest, Ndlr) qui faisaient dans le sound-system. Ils m’ont donné quelques contacts sur Douala notamment Nils et Reptil. J’ai donc commencé par eux avant de rencontrer Ach4Life et plein d’autres acteurs du hip-hop. A chaque fois, on me filait de nouveaux contacts. Et de fil en aiguille, le travail a avancé. Au début, ça se passait seulement sur Douala. Je me suis dit qu’il est important de montrer la totalité du hip-hop camerounais. J’ai donc fait tout le nord Cameroun, le Centre, le Nord-Ouest, l’Ouest… pour avoir ce travail aujourd’hui.

En faisant justement ce tour du Cameroun pour travailler, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce hip-hop camerounais ?

Ce que j’ai aimé, c’est le rap fait dans les langues locales. Chaque région à ses sonorités de part sa ou ses langue(s). C’est intéressant et ça donne quelque chose de différent du hip-hop français et américain qu’on a l’habitude d’écouter à longueur de journées. Entendre les gars chanter en Fufuldé, en Bassa, en Douala… m’a beaucoup plu. Il y a une grande diversité dans le hip-hop camerounais qu’il faut saluer.

Croyez-vous, après ce travail de terrain, que le hip-hop camerounais peut sortir de l’obscurantisme pour atteindre la lumière comme dans d’autres pays ?

Je peux dire oui et je le pense de tout cœur. Comme dit le rappeur Krotal à la fin du documentaire, on doit resserrer les rangs. Beaucoup de gars essaient de faire un travail, chacun dans son petit coin. Pourtant, si c’était un travail groupé, ça irait certainement plus vite et plus facilement que ce que nous voyons aujourd’hui. Le hip-hop camerounais a besoin de cette solidarité là pour faire avancer les choses. On devrait plus travailler en collectif comme aux Etats-Unis ou en Europe. Même s’il est vrai qu’il existe déjà des collectifs. Mais il faut accentuer les choses et mettre un accent particulier sur les sonorités locales. Amener toujours quelque chose qu’on ne peut pas avoir ailleurs. Un américain ne peut pas sampler un balafon ou un Mvet. Pourtant, on le faire ici comme les ghanéens ou les sénégalais font avec leurs instruments traditionnels.

Dans le film, les prises de vue sont faites dans des endroits qui expriment la souffrance et la misère. Est-ce un choix des acteurs ou du réalisateur que vous êtes ou encore, c’est pour montrer dans quel état se trouve le hip-hop camerounais ?

(Hésitation). Pas du tout. Je suis allé directement chez les acteurs du hip-hop camerounais. Je ne voulais pas faire du faux ou les faire passer pour des gens qu’ils ne sont pas. Je me suis rendu dans leur studio ou dans leur maison pour avoir et vivre aussi cette réalité.

Propos recueillis par :

Frank William BATCHOU