INTERVIEW de Saïd Mbombo Penda: « Ce film sur Laurent Gbagbo ne comporte aucun risque de trouble à l’ordre public »

La sortie officielle du film documentaire, de 104 minutes, « Laurent Gbagbo : Despote ou anticolonialiste… Le verbe et le sang » du réalisateur camerounais Saïd Mbombo Penda prévue ce 11 janvier 2014 à Douala au Cameroun a été interdite par les autorités locales en charge de la sécurité. Nous avons, malgré la protestation du Commissaire Nemi, réussi à nous entretenir avec cet ex journaliste de la BBC Afrique et responsable de la communication de l’Union Européenne. Lire l’entretien…

Saïd Mbombo Penda en interview
Saïd Mbombo Penda en interview

Qu’est ce qui se passe avec la projection de ce film documentaire sur Laurent Gbagbo ?

La projection de ce film documentaire a été interdite par le directeur de la surveillance du territoire, sous instruction du directeur régional de la surveillance du territoire. Il nous a dit de demander une autorisation. Pourtant, légalement au Cameroun, on n’a pas besoin de demander une légalisation pour organiser ce genre de manifestation.

Qu’allez-vous faire maintenant pour que la presse et le public camerounais regardent ce film ?

Je dois prendre langue avec les autorités régionales qui ont interdit la projection pour comprendre les raisons réelles de cette interdiction. Une fois que je les aurai, je vais prouver à ces autorités que le documentaire ne comporte aucun risque de trouble à l’ordre public, encore moins une quelconque subversion pour le Cameroun.

Pourquoi un film sur Laurent Gbagbo. Ne pensez-vous pas qu’il soit assez sensible pour inquiéter un certain nombre de dirigeants politiques ?

Je ne comprends pas comment un film sur Laurent Gbagbo devrait inquiéter qui que ce soit. J’ai décidé de faire ce film sur Laurent Gbagbo parce qu’en tant que camerounais et surtout Africain, j’ai estimé qu’il était important que nous dévoilions une certaine imposture. A mon avis, il n’y a rien de politique. Le monsieur qui est assis à côté de moi est un camerounais qui a vécu en Côte-d’Ivoire et les Camerounais qui ont vécu là-bas peuvent vous dire les réalités de ce régime. On avait un régime xénophobe et dictatorial. Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent présenter Laurent Gbagbo comme un anti néocolonialiste. On ne devient pas par hasard anticolonialiste ou anti néocolonialiste. C’est par les faits. Il n’y a aucun fait qui prouve que Laurent Gbagbo est anti néocolonialiste. C’est ce que vous allez découvrir tout au long de ce film documentaire. Tous les marchés et travaux publics en Côte-d’Ivoire ont été confiés à des groupes français. Le port d’Abidjan a été confié à Bolloré de gré à gré ; au point où même la Banque mondiale a contesté la construction du port d’Abidjan par Bolloré. Pensez-vous que Thomas Sankara aurait fait cela pour son pays ? Ce sont des séries de mensonges comme ça que le documentaire permet de voir pour amener le peuple camerounais, qui a soutenu et qui continue à soutenir Laurent Gbagbo, comment il a été trompé. Nous avons soif d’un leader qui puisse contester la domination et le harcèlement permanent des grandes puissances sur l’Afrique. Dans les discours de Laurent Gbagbo, nous avons pensé trouver ce leader politique que nous recherchons ; sauf que Gbagbo se limitait à des discours. Il n’y a pas un seul acte, un seul fait qui permettrait de dire que ce monsieur était vraiment ce qu’il revendiquait.

Le cas Gbagbo n’est pas encore clos à la CPI comme celui Charles Taylor. Un documentaire qui arrive maintenant ne peut pas être un argument de plus pour l’incriminer définitivement ?

J’ai peut-être la naïveté de penser que, sur la base d’un documentaire, fut-il bien fait, qu’une institution aussi puissante et aussi crédible que la Cour Pénale Internationale puisse fonder son jugement. Même si c’est vrai que, quelque part, les juges peuvent être influencés par l’opinion. Mais si jamais, mon documentaire pouvait aider à la manifestation de la vérité, honnêtement, je serai quelqu’un de très heureux et je dormirai en paix.

Pensez-vous que ces africains, en occurrence les camerounais, qui ont toujours considéré Laurent Gbagbo comme un vrai leader puissent vous écouter ?

Je ne veux pas être prétentieux. Je connais au moins le Cameroun. J’y suis né et j’y ai vécu jusqu’au moment où j’ai commencé à travailler. Le Cameroun est l’un des rares pays au monde où quand une équipe de football arrive et joue mieux que celle du Cameroun, les camerounais commencent à l’applaudir au détriment de la leur. Cette nation est fair-play. Elle soutient la vérité. Quand les camerounais verrons ce film, ils comprendront. Le film se défend tout seul parce que basé sur des faits. Quand on dira que Laurent Gbagbo était quelqu’un de très violent, les gens vont le voir personnellement dans le documentaire, donner des ordres, qu’on ne peut même pas attendre des pires régimes dictatoriaux de la planète, à des forces de l’ordre. Ce ne sont pas des trucages vidéos, c’est de la réalité que les gens vont voir. C’est pourquoi, il est fort d’allier l’image et le son. Ma conviction est que les camerounais que je connais parfaitement, qui verront la vérité, n’hésitent pas à dire que : c’est vrai que nous avons été trompés, c’est vrai que ce monsieur était un illusionniste, un prestidigitateur. Tout était faux de ce qu’il nous montrait. Il nous a vendu du vent.

Avez-vous les moyens qu’il faut pour rependre cette « vérité » dans toute l’Afrique voire dans tout le monde ? Puisqu’il ne sert à rient de détenir une « vérité » et la faire connaître juste à une infime partie du monde.

Je peux déjà vous dire qu’il y a une soixantaine de chaînes de télévision à travers le monde et en Afrique qui vont diffuser ce documentaire. Vous savez que le monde est devenu un grand village planétaire, tout le monde est câblé pour regarder les chaînes venant des lointaines contrées. Oui, cette vérité sera montrée. Comme vous dites, ça ne sert à rien de l’avoir si on ne peut pas la montrer aux autres. Effectivement, elle sera diffusée. Nous sommes en discussion avec des chaînes camerounaises pour l’acquisition et la diffusion du documentaire.

Après Laurent Gbagbo, vous annoncez d’autres films à l’instar de « Brazzaville, capitale de la France libre » et un autre sur « Mouammar Kadhafi ». Quelle vision avez-vous de l’Afrique ?

Je pense que notre gros problème aujourd’hui est qu’il y a encore un bon nombre d’Africains enfermé dans une sorte de néocolonialisme dogmatique. Honnêtement, ça nous paralyse. Je suis contre toute sorte de dogme, car le dogmatisme est le meilleur allié de l’imbécilité. Quand vous devenez dogmatique, vous ne réfléchissez plus. Pourquoi voulez-vous que je déteste tout ce qui vient de l’occident parce qu’il est forcément faux ? Non. Les puissances occidentales ne sont pas fausses et ne sont pas aussi vraies tous les jours. Il faut juger les choses au cas par cas. C’est l’essence que je veux donner à mon action dans le domaine de la réalisation documentaire. Je veux que nous sortions des schémas qui nous enferment dans des dogmatismes. Je veux que nous soyons vigilants. Chaque fois que quelqu’un nous dit quelque chose, essayons de vérifier et de confronter ça à la réalité des actes quotidiens de la personne. Si on l’avait fait avec Laurent Gbagbo, on n’aurait pas pensé, comme l’ont fait la plupart des camerounais, que c’était un vaste complot.

© Camerpost.com: Entretien réalisée par :
Frank William BATCHOU

 

  • Josiane Mouasso-priso

    Avait-il
    demandé l’autorisation de diffusion comme cela est la règle à la
    préfecture? Il me semble qu’il y a une procédure à respecter pour la
    diffusion d’oeuvres de l’esprit non ? SI C4ESt le cas, il n’a pas à se
    plaindre. Il n’est pas dans son droit

  • Titi Thierry

    Au
    cameroun,seul le prefet et le ministre de l’ AT savent ce qui est bien
    ou non pour le public. Donc il ont juger ton docu dangeureux!