Interview de Ange EBOGO: «J’ai mal choisi ma carrière, et perdu mon temps»

Le musicien s’insurge contre l’éviction de Prince NDEDI  EYANGO, PCA de la Société camerounaise de l’art musical (SOCAM).

Ange Ebogo
Ange Ebogo

Camerpost : que pensez-vous de la suspension par le Ministère de la Culture, de Prince NDEDI  EYANGO ?

Ange EBOGO : je suis très surpris de ce qui arrive au PCA de la Socam. Il faut revoir la loi sur la double nationalité au Cameroun. Aujourd’hui Prince NDEDI EYANGO est frappé, demain beaucoup d’autres personnes le seront à leur tour.

Camerpost : pensez-vous excessive cette décision du ministre de la Culture ?  

Ange EBOGO : EYANGO est camerounais. Il est né au Cameroun. Il s’est illustré au Cameroun  avant d’aller à l’aventure aux Etats unis. Je ne sais pas si son intention était d’acquérir la nationalité américaine ou de toute autre Nation, mais il est bel et bien camerounais. Personne ne me démentira. Il avait déjà connu beaucoup de succès au Cameroun avant son départ. Il était un artiste reconnu avec plusieurs titres à son actif.

Camerpost : Prince EYANGO fait-il les frais de son élection à la SOCAM, comme le pensent certaines personnes ?

Ange EBOGO : Il a bel et bien été élu devant d’autres candidats. Il y en avait six au départ. Que l’on nous dise de quoi il est coupable exactement, puisque l’on parle d’élections entachées d’irrégularités. Le Ministre de la Culture était présent dans la salle, et a assisté avec nous aux élections. La double nationalité ne devrait pas poser de problèmes. Il y a des individus qui croient trouver leur bonheur hors de nos frontières uniquement. A l’étranger ils vont acquérir beaucoup d’expérience. Ils reviennent plus tard au Cameroun avec la double nationalité. Cette situation est récurrente dans le monde du sport. Il y a en effet plusieurs footballeurs qui évoluent au sein de l’équipe nationale du Cameroun bien que dotés de la double nationalité. Le sélectionneur actuel des lions indomptables n’est pas camerounais. Pourquoi ne les chasse-t-on pas ? si cette situation profite au football camerounais, pourquoi ne pas l’appliquer aux droits d’auteur ?  la musique camerounaise peut aussi profiter d’experts venus d’ailleurs. Le Ministère de la Culture c’est l’Etat. Nous savons de notre côté que tout est perdu. Que le Ministre procède carrément à des nominations au Conseil d’administration de la Socam, et non plus à des élections. Moi je ne fonde plus aucun espoir sur la musique. J’y ai consacré beaucoup d’années. 2014 est ma 45ème année dans le monde de la musique. J’ai consacré toute ma jeunesse à cette histoire là, mais je constate que les choses ne marchent pas. Nous n’arrivons pas à gérer les droits d’auteur au Cameroun.

Camerpost : quel est le véritable problème du droit d’auteur au Cameroun ?

Ange EBOGO : c’est au niveau de la gestion que l’on rencontre le plus de difficultés. Le Directeur général doit justifier de solides connaissances dans le domaine des droits d’auteur. Aujourd’hui l’on constate que les  Directeurs généraux recrutés par les PCA n’ont pas de véritables pouvoirs. De plus les recrutements ne se font pas sur la base de la compétence, mais plutôt par affinité. C’est cela qui explique tous les manquements observés dans la répartition des droits d’auteur. La Socam n’est pas une institution de bienfaisance. Elle ne fait pas l’aumône à des individus avec des salaires non mérités. Elle gère les salaires des artistes. Chaque gestionnaire recrute des individus n’ayant rien à voir avec la musique. Le droit d’auteur au Cameroun est une affaire de malchance. J’ai perdu mon temps. Je suis entrain de me reconvertir dans une autre activité. J’ai peut être mal choisi ma carrière, même si la musique est une œuvre divine.

Camerpost.com: Propos recueillis par Olivier NDEMA EPO