Il dort sur ce lit depuis six mois avec un cadavre

Ce fidèle d’église de réveil a conservé la dépouille de sa femme sur le lit conjugale dans leur maison. Il attendait, avec ses enfants, dans la prière, sa résurrection.

Le_lit_conjugal_de_la_defunte

Ce n’est un film d’horreur. Mais une réalité vécue ce 26 septembre 2013 au lieu dit « Mont Paragon » à Bonaberi, à Douala. La population est venue voir la découverte macabre faite au domicile du Sieur Clément Ndalet. Le corps putréfié de son épouse, Clarisse Ndalet, a été découvert par les éléments de la Compagnie de gendarmerie de Bonaberi. Elle était âgée de 41 ans. Son corps a été délicatement disposé sur son lit conjugal. La population présente est restée sans voix. Contrairement à la fille aînée de Clarisse, visiblement la vingtaine sonnée, qui explique les raisons de leur acte : « C’est l’Eternel qui nous a dit de garder le corps. Il a dit que si cette œuvre est de lui, elle va se réveiller. On l’aurait perdu pour toujours si on avait dit aux gens qu’on avait un problème ». Et Clément Ndalet de renchérir : « Nous avons continué de vivre ici avec le corps. C’était extrêmement difficile au début parce qu’il y avait des odeurs et des mouches, mais le Seigneur nous a donné la force, les enfants et moi, de tenir. Il nous entretenait et je n’ai fait qu’exécuter sa volonté. Je n’ai aucun regret ».

Clarisse Wandji est décédée le 31 mars 2013. Depuis lors, les enfants ont arrêté les cours. Recroquevillés avec leur père dans la maison familiale, ils priaient, jour et nuit, en attendant la résurrection de leur mère. Car, estime le sieur Clément Ndalet, sa femme n’est pas morte. Elle est « en voyage spirituel. Son esprit qui est allé se reposer pour un moment. Nous avons continué à prier en attendant son retour de voyage ». Sa fille reste convaincue que « maman doit se réveiller. Nous le savons parce que Dieu nous l’a dit. Avant d’arriver ici, on était d’abord à l’église La nouvelle baptiste. Après ça, on est allé à l’église Le bon berger. L’Eternel des armées nous a fait sortir de là pour nous conduire ici parce qu’il avait déjà tracé un chemin pour nous. C’est ça que nous sommes entrain de vivre », soutient-elle.

« Possédé par le démon »

Depuis près d’un mois, Clarisse Wandji est invisible. Sa sœur cadette, dont-elle a mise à la porte quelques mois plus-tôt, est inquiète. « Elle m’avait dit, en me mettant à la porte, que nous sommes les démons et que sa maison était consacrée à l’Eternel », souligne-t-elle avant d’ajouter en fondant en larme : « Son mari a refusé d’ouvrir la porte à plusieurs reprises quand je suis arrivée ici. Les enfants fuyaient en me voyant venir. Il y a deux semaines comme ma mère est arrivée. Elle a demandé aux enfants où était leur mère ? Ils ont dit qu’on l’a envoyé chez Dieu se reposer d’abord ». Toujours sans nouvelle concrète, la belle famille porte plainte le 22 septembre 2013 contre Clément Ndalet à la Compagnie de gendarmerie. « Quand on est arrivé à la compagnie mardi dernier, il a dit au commandant qu’il n’a pas de Foi pour comprendre les réalités spirituelles. C’est après perquisition à son domicile qu’on a découvert le corps de ma petite sœur déjà pourri », relate le frère aîné de la défunte. Ses restes ont été déposés à la morgue de l’Hôpital de Bonassama. L’inhumation est ultérieure. Selon les gendarmes, le veuf de mari, ancien comptable de profession, a été déféré au parquet de Bonanjo en attendant la signature de son transfert pour la prison de New-Bell.

Frank William BATCHOU