Henri MANGA : « Il faut éviter la crise cardiaque à Yaoundé »

Henri MANGA, 0à BBC, évoque l’affiche Cameroun-Tunisie.

Henri_MANGACamerpost : L’actualitéc’est le tirage au sort du dernier tour des éliminatoires pour la Coupe du monde 2014. La Tunisie sera l’adversaire du Cameroun. Que vous suggère cette affiche ?

Henri MANGA : Aucune des dix équipes qualifiées pour cette ultime étape n’a usurpé son statut.Elles constituent la fine fleur du football africain, des poids lourds. Je dois toutefois ajouter que l’historique des confrontations entre les deux sélections donne raison aux lions. Mais ils ne sont pas pour autant favoris cette fois. Il y aura opposition de styles. Le jeu maghrébin est fait de vivacité ; c’est un jeu à une ou deux passes. Tout le contraire du style camerounais réputé physique. D’emblée c’est une rencontre qui sera riche en spectacle. Chaque équipe devra tout mettre en jeu pour l’emporter.

Camerpost : Laquelle des deux formations a le plus de chance de remporter la partie ?

Henri MANGA : Les lions ont des chances de se qualifier. Ils doivent cependant préparer la rencontre avec minutie. Les autorités administratives et le staff technique doivent chacun faire son travail.

Camerpost : Quels sont les atouts du Cameroun face à la Tunisie ?

Henri MANGA : C’est connu les camerounais ont une bonne assise défensive. Ils peuvent compter sur quatre défenseurs performants en club, et sur des milieux défensifs également en jambe.

Camerpost : Et les faiblesses alors ?

Henri MANGA : Le problème du Cameroun se situe dans l’animation défensive. Il faudra faire une révolution dans ce secteur, pour que les occasions de but soient concrétisées. Souvenons nous que les lions n’ont inscrit qu’un seul but en quatre rencontres. Ils ont du mal à le faire en l’absence de Samuel ETO’O. Contre la Libye ils avaient de la peine à excentrer leur jeu. Les latéraux n’avaient pas vraiment fait leur travail. Gaétan BONG n’a exécuté que trois centres. Dany NOUNKEU de son côté est resté statique. Il y a un sérieux problème si ETO’O est esseulé. Si en plus il ne marque pas … c’est un vaste chantier que l’attaque camerounaise.

Camerpost : Quels sont les points forts de la Tunisie ?

Henri MANGA : La Tunisie a une ossature de club. L’Espérance de Tunis constitue l’épine dorsale de la sélection nationale avec au moins huit joueurs. Il y a également le club sfaxien et le club africain qui sont comptés parmi les pourvoyeurs de la sélection nationale. L’effectif est donc stable. Ce n’est pas le nouveau sélectionneur qui viendra changer la donne. C’est une équipe à prendre au sérieux.

Camerpost : Des insuffisances dans l’effectif tunisien ?

Henri Manga : La sélection tunisienne comprend de nombreux joueurs trentenaires. Ils ont des problèmes face à des éléments véloces. Ils ont été gênés par la fougue, la jeunesse et la vélocité des capverdiens. Pour l’emporter sur les tunisiens il faut maintenir la pression sur la défense à tout moment. D’autre part le climat sociopolitique instable peut jouer en leur défaveur. Il y a aussi une crise de confiance avec un public qui n’est pas toujours présent. Enfin, le nouveau sélectionneur est encore en quête de repères.

Camerpost : Le Cameroun peut-il s’accommoder d’un style rapide, quand l’on sait que traditionnellement il a tendance à jouer lentement ?

Henri MANGA : Dans les actions individuelles cela est possible. C’est un football indirect fait de plusieurs touches de balle, sans accélération. Les changements de rythmes ne sont pas fréquents, mais il y a des joueurs qui peuvent passer individuellement. MOUKANDJO, DONGOU, OLINGA, Alexandre SONG ou MATIP peuvent faire la différence individuellement. Il faut également exploiter les coups de pied arrêtés.

Camerpost : Qui aura la responsabilité d’inscrire des buts en l’absence de Samuel ETO’O ?

Henri MANGA : Il y a 23 joueurs sélectionnés dont 6 attaquants. ETO’O n’est pas seul, même si l’étodépendance est réelle au Cameroun. Les lions vont souffrir de son absence, mais le staff technique peut fidéliser un duo ou un trio. Si le Cameroun n’a pas de ressources sur le plan individuel, le collectif peut faire la différence. Les coups de pied arrêtés peuvent aussi débloquer une rencontre, quand on ne dispose pas d’un footballeur de génie.

Camerpost : Fidéliser un duo ou trio moins d’un mois avant la rencontre est-il faisable ?

Henri MANGA : ce sont les mêmes noms qui reviennent depuis le début des éliminatoires. Il va falloir trouver une solution de rechange. Il y a une jeune génération qui monte, et des anciens encore en jambe. Dans tous les cas la qualification va se jouer dès le match aller en Tunisie. Il ne faudra pas attendre le retour à Yaoundé, après avoir concédé deux ou trois buts à l’aller. Les matches sont difficiles à Yaoundé, il faudra éviter les déceptions et les crises cardiaques.

Propos recueillis par Olivier NDEMA EPO