Gédéon MPando : l’homme que j’ai rencontré

Le sculpteur à qui les camerounais doivent le monument le plus emblématique de la capitale a tiré sa révérence le vendredi 10 mai 2013 de suite d’une longue maladie. Gédeon MPando le père du monument de la réunification repose désormais à Yabassi son village natal, dans le département du Nkam Région du Littoral.
L’hommage de journaliste que je souhaite lui rendre est modeste extrêmement limité. Il se résume en ces quelques mots, des phrases pour raconter l’entretien que ce Monsieur, volontiers blagueur,  fragilisé par la maladie, mais debout et fier à bien voulu m’accorder.

C’était un jour pluvieux de l’année 2012, mes interrogations de reporter à l’affut de sujet croustillant (certains diraient bandant) m’avaient contraint à coller à l’actualité qui faisait alors la part belle aux activités liées à l’indépendance et à la réunification. C’est ainsi que j’ai proposé en conférence de rédaction le sujet. Je voulais connaitre l’homme caché derrière le chef d’œuvre qui trône fièrement au plateau Atemengue. Quelques coups de fils entre confrères ont suffit pour retrouver l’adresse. En plein cœur de Yaoundé, au quartier Mvog Ada, la modeste demeure des Mpondo m’a accueilli. Ses proches un peu méfiants hésitaient. Ils soulignaient avec emphase que « le père est fatigué il à besoin de repos » il était âgé d’environ 82 ans. J’ai insisté, j’avais fais le déplacement je ne pouvais pas rentrer bredouille. Sa fille Anna Mpando a alors décidé de lui demander s’il souhaitait parler à des journalistes, un confrère et ami m’accompagnait. Je croisais les doigts. Sans autre forme de procès, sans civilités d’usage et sans fioritures, il a accepté de nous recevoir. Limité dans ses déplacements, sa fille souhaitait l’installer dans le séjour pour que l’entretien se déroule dans de bonnes conditions. Gédeon Mpando a demandé que l’on nous fasse entrer directement dans sa chambre. Je l’ai entendu dire « faite les entrer se sont mes enfants ». Dans la pièce l’air était lourd, il était assis au bord du lit enveloppé dans un drap blanc. Des lunettes noires cachaient ses yeux. « Alors, mes enfants vous vous intéressez aux faucilles comme moi ? » lança t’il dans un sourire. Il émanait de l’homme une t’elle sérénité, doublée d’une autorité que seul le privilège de l’âge confère. Je bredouillais, j’avais de la peine à mettre en marche mon dictaphone. « Je vous écoute » dit-il, un peu comme s’il avait senti mon malaise. Sans attendre ma réponse il enchaina. Il raconta comment son projet avait été retenu. Il insista sur le jour où il sera la main du président Ahidjo. « Je tremblais de tous mes membres, le président m’encouragea en me félicitant, d’autant plus que de tous les candidats j’étais le moins instruit personne n’aurait parié sur moi, le petit garçon que j’étais à l’époque.  Je dois dire que j’étais le premier surpris ». Il marqua une pause comme s’il revivait ces moments. Sur le choix de la matière, la pierre, il précisa « je suis un touche à tout je travaille à l’instinct quelque soit la matière je lui trouve une forme. Pour le monument là, il fallait du solide c’est tout. Mon fils, moi j’ai commencé tout petit personne ne m’a appris et c’est grâce à ce monument que j’ai quitté le pays pour l’école des beaux arts en France ». Il parlait, se perdait parfois dans son récit, revenait sur une anecdote, riait aux éclats, prenait un air sérieux comme s’il faisait une confidence, fustigeait l’attitude des grands de ce pays qui l’ont oublié (sa voix s’élevait lorsqu’il abordait ce point précis)…

Je perçu un signe de colère, de fatigue aussi, sa fille me fit signe de mettre un terme à l’échange. La minuterie de mon dictaphone indiquait quarante minutes d’enregistrement. Je lui dis merci. Il tourna son visage vers moi j’avais l’impression qu’il soutenait mon regard lui qui était quasi aveugle. «  Mes enfants vivez votre passion, faite bien votre travail et surtout n’oubliez pas de rendre grâce à  Dieu c’est lui qui décide nous ne sommes que ses instruments entre ses mains».  Ces mots, des conseils certes, peut être en guise d’à-Dieu résonnent encore dans ma tête alors que je rédige ces lignes. Repose en paix l’artiste l’histoire ne t’oublie pas.

Hakim Abdelkader   

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