France : Pourquoi la Chine boude les investissements – 29/01/2015

 Parmi les handicaps français, les économistes chinois citent la complémentarité  moins significative de l'industrie française pour la Chine par rapport à celle de l'Allemagne. © JOHANNES EISELE/AFP
Parmi les handicaps français, les économistes chinois citent la complémentarité moins significative de l’industrie française pour la Chine par rapport à celle de l’Allemagne. © JOHANNES EISELE/AFP

Les investisseurs chinois déplorent notamment que le niveau d’ouverture du marché français soit insuffisant et regrettent que la France ait été beaucoup plus touchée par la crise de la dette que l’Angleterre et l’Allemagne.

Arrivé jeudi matin en Chine pour une visite de trois joursManuel Valls s’est lancé d’emblée dans un plaidoyer pour le rééquilibrage des relations commerciales entre la France et la République populaire. Cependant, les commentaires de la presse officielle à Pékin permettent de mesurer la difficulté à convaincre pour le premier ministre, qui a endossé l’habit de «super VRP» du made in France. «Au cours de la dernière décennie, nos échanges ont augmenté en moyenne de 10% par an. C’est un fait dont nous pouvons être fiers! Mais, vous le savez, cette relation demeure encore déséquilibrée puisque nos importations de Chine représentent 2,5 fois nos exportations vers la Chine», a lancé Valls. De fait, le déficit commercial de la France avec la Chine est abyssal: il s’élevait à 25,8 milliards d’euros en 2013.

«Pour remédier à ce déséquilibre, a plaidé Valls dans un discours à Tianjin, mégalopole côtière du nord du pays, il faut renforcer la compétitivité des entreprises françaises et l’attractivité de notre territoire. Je suis venu en Chine pour expliquer l’ensemble des réformes ambitieuses que nous menons. Mais également pour montrer la France telle qu’elle est: une terre d’innovation, de chercheurs et d’ingénieurs, qui avance, qui exporte et qui accueille tous les investisseurs, les Chinois en tête, qui souhaitent mettre à profit les atouts considérables de notre pays».

Les experts cités par la presse officielle chinoise décryptent les raisons du désamour des investisseurs chinois pour la France. Ils déplorent notamment que le niveau d’ouverture du marché français soit inférieur à celui de l’Angleterre. «Même dans des secteurs qui ne sont pas sensibles, par exemple l’entrée de Fosun International dans le capital du Club Méditerranée, on entend toujours protester les voix qui sont contre la Chine en France», regrette le Quotidien du Peuple. D’après Song Xinning, directeur du Centre de recherche de l’Europe à l’Université du peuple, «en Europe, c’est l’Angleterre et non la France, qui est devenue le leader de l’ouverture aux Chinois dans les secteurs des installations et des infrastructures».

La Chine observe aussi que la France «a été beaucoup plus fortement impactée par la crise de dette en Europe par rapport à l’Angleterre et à l’Allemagne», selon le journal officiel. Et d’ajouter: «C’est une entrave aux échanges commerciaux entre les deux pays».

La France, seulement le 19e fournisseur de la Chine

Au chapitre des handicaps français, les économistes chinois citent aussi la complémentarité moins significative de l’industrie française pour la Chine par rapport à celle de l’Allemagne. «L’Allemagne est forte en chimie, dans l’automobile, les machines à outil, la mécanique, souligne Shi Shiwei, directeur de recherche à l’University of International Business and Economics. Ce sont des secteurs que la Chine a beaucoup développé ces dernières années. Actuellement, la Chine a des besoins pour renouveler et faire monter en gamme ses produits dans ces domaines. La collaboration avec des entreprises allemandes fait sens pour économiser sur les coûts de recherche».

Force est de constater que la France est très en retard face à l’Allemagne dans la bataille de l’exportation et de l’implantation en Chine. La République populaire est le deuxième fournisseur de la France après l’Allemagne, alors que la France n’est que le 19e fournisseur de la Chine. Avec 1,2% de part de marché en Chine en 2013, la France se place devant le Royaume-Uni (1,0%) et l’Italie (0,9%) mais très loin derrière l’Allemagne (4,8%). En 1995, l’Allemagne y exportait pour huit milliards de dollars, contre trois pour la France. Dix-huit ans plus tard, l’Allemagne y exporte pour 89 milliards, contre 20 milliards de dollars seulement pour la France.

La mutation en cours du modèle chinois, «un puissant appel d’air»

Les ambassades estiment que 5500 entreprises allemandes sont implantées en Chine, contre 2.000 françaises, selon une étude du cabinet OC&C Strategy Consultants, réalisée avec la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine (CCIFC) et la CCI Paris Ile-de-France. Cette enquête juge que la mutation en cours du modèle chinois constitue «un puissant appel d’air» pour les champions hexagonaux spécialisés dans la grande consommation, l’urbanisation, le tertiaire, l’énergie ou le développement durable.

L’agence officielle Xinhua souligne que «le Ministère chinois du Commerce a conseillé à la France de lever ses restrictions sur les exportations des technologies». On comprend les réticences aux transferts de technologies des entreprises françaises, voulant éviter de se retrouver un jour concurrencées par leurs propres produits, fabriqués moins cher, sur le marché international. D’autres arguent que face à la montée inéluctable des entreprises chinoises, autant les accompagner aussi longtemps que possible dans des partenariats.

«Il faut mettre le cap sur la Chine», malgré sa baisse de rythme de croissance et même si le «ticket d’entrée augmente», juge OC&C Strategy Consultants. Et de conclure qu’il «ne faut pas se tromper: la Chine ralentit certes et se normalise, mais elle va rester durablement au centre de l’échiquier». D’après Zhao Jinjun, ancien ambassadeur de Chine à Paris, rien n’est perdu pour la France. «La réforme générale en Chine va créer énormément d’opportunités commerciales, affirme-t-il. La France, pays fort dans les domaines de la culture, de la technologie et de l’éducation, trouvera de nouveaux secteurs brillants de coopération».

Source : © Le Figaro.fr

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