Etats-Unis : Le président Obama et le spectre du racisme américain – 19/08/2014

Sur une grande photo de Barack Obama brandie par des manifestants à Ferguson, on pouvait lire un appel, écrit en lettres capitales : «Venez maintenant, s’il vous plait!»

Barack Obama devrait-il s'impliquer plus fortement, plus directement, lorsqu'un incident fait resurgir le spectre du racisme dans un pays où la ségrégation a été abrogée il y a seulement un demi-siècle dans certains États du Sud? PHOTO CHARLES DHARAPAK, ARCHIVES AP
Barack Obama devrait-il s’impliquer plus fortement, plus directement, lorsqu’un incident fait resurgir le spectre du racisme dans un pays où la ségrégation a été abrogée il y a seulement un demi-siècle dans certains États du Sud?
PHOTO CHARLES DHARAPAK, ARCHIVES AP

La pancarte, apparue dans cette petite ville du Missouri secouée par des violences depuis la mort de Michael Brown, jeune Noir tombé sous les balles d’un policier blanc, résume une partie des immenses attentes suscitées par le premier président noir des États-Unis.

Et soulève une question récurrente depuis son arrivée à la Maison-Blanche en 2009 : Barack Obama devrait-il s’impliquer plus fortement, plus directement, lorsqu’un incident fait resurgir le spectre du racisme dans un pays où la ségrégation a été abrogée il y a seulement un demi-siècle dans certains États du Sud?

Lundi, pour la deuxième fois en quatre jours, M. Obama s’est exprimé sur les incidents de Ferguson. Dans un discours très équilibré et très calibré, il a appelé les forces de l’ordre à faire preuve de retenue et les manifestants à se tenir à l’écart de la violence «qui affaiblit la justice plutôt qu’elle ne la renforce».

Interrogé sur une implication plus «personnelle» dans ce drame qui secoue l’Amérique depuis une dizaine de jours, voire une visite sur place, il a mis en avant sa volonté de faire preuve d’une «grande prudence» à ce stade de l’enquête.

Commentant, plus largement, la question des inégalités raciales aux États-Unis, il a souligné le chemin restant à parcourir quand, dans de nombreuses communautés, les jeunes gens de couleur ont «plus de chances de finir en prison ou devant un tribunal que d’accéder à l’université ou d’avoir un bon emploi».

«C’est un vaste projet. Notre pays y travaille depuis deux siècles», a-t-il insisté, comme pour mieux repousser l’idée de l’homme providentiel.

Dès la fin de son premier mandat, le 44e président des États-Unis, élu grâce au soutien massif des minorités, avait déjà mis en garde contre des attentes démesurées. «Je n’ai jamais adhéré à l’idée selon laquelle, avec mon élection, nous entrions d’une certaine manière dans une époque post-raciale», affirmait-il dans une interview au magazine Rolling Stone en avril 2012.

«L’heure d’un message fort»

Sherrilyn Ifill, qui dirige le Fonds pour la justice du NAACP, plus important groupe de défense des droits des Noirs aux États-Unis, juge salutaire que le président se tienne à une certaine distance des événements.

«Nous devons faire attention à ne pas réclamer la parole présidentielle à tout instant», estime-t-elle, jugeant que les actes posés par la Maison-Blanche ces derniers jours – enquête fédérale, mais aussi, fait rare, autopsie distincte de celle menée par les autorités locales d’une part et la famille d’autre part – ont été des messages forts pour s’assurer que «justice soit rendue» à Ferguson.

Durant la campagne, M. Obama avait abordé la question des relations entre Noirs et Blancs de manière très directe en mars 2008 lors d’un discours à Philadelphie, après une controverse sur des propos incendiaires de son ancien pasteur Jeremiah Wright. «Le racisme est un problème que ce pays ne peut se permettre d’ignorer», avait-il lancé.

Après son arrivée à la Maison-Blanche, les choses ont pourtant mal démarré. En juillet 2009, M. Obama a dû faire amende honorable après avoir qualifié de «stupide» l’arrestation d’un ami noir et spéculé sur des motifs racistes sans avoir tous les éléments en main.

L’affaire Trayvon Martin, jeune homme noir de 17 ans abattu en février 2012 en Floride par un vigile alors qu’il se promenait sans armes dans un quartier résidentiel, a cependant marqué un tournant.

À l’issue du processus judiciaire ayant abouti à l’acquittement du meurtrier qui avait plaidé la légitime défense, le président américain s’est livré, en juillet 2013, sur un registre très personnel. Tout en se gardant de critiquer le verdict, il a évoqué la «douleur» provoquée par cette décision au sein de la communauté noire. «Il y a 35 ans, j’aurais pu être Trayvon Martin», a-t-il lancé.

Pour Adolphus Pruitt, président de la branche de NAACP de la ville de Saint-Louis, la tournure prise par les événements à Ferguson, où la Garde nationale a été envoyée lundi, justifierait une intervention présidentielle sur la nécessité «de s’attaquer frontalement à la question du racisme et des inégalités socio-économiques».

«L’heure d’un message extrêmement fort est venue», estime-t-il. «L’heure de s’occuper des voisins de Michael Brown est venue.»

Source : La Presse.ca