États généraux : Le premier acte de guérison de la justice camerounaise

Un avocat devant le tribunal de grande instance de Yaoundé. | © AFP PHOTO/REINNIER KAZE/ILLUSTRATION
Un avocat devant le tribunal de grande instance de Yaoundé. | © AFP PHOTO/REINNIER KAZE/ILLUSTRATION

Le Président de République, S.E.M Paul BIYA vient de porter son regard sur l’état de la justice camerounaise en ordonnant la préparation des États généraux de la justice.

La volonté de faire sortir de la zone des turbulences les manifestations légitimes des avocats anglophones doit conduire à une large consultation et réflexion de l’ensemble des acteurs, tant du corps judiciaire, du milieu juridique, de la société civile, des policiers et gendarmes, des institutions nationales, coutumières et religieuses, des partis politiques que des médias afin de faire évoluer notre système judiciaire pour le bien commun.

La grande Dame de la Justice avait perdu l’usage de la vue face aux revendications de nos confrères avocats du Sud-Ouest et du Nord-Ouest qui ont manifesté pour une version anglaise des actes uniformes Ohada et protesté contre l’affectation dans les tribunaux des régions anglophones, de magistrats francophones peu rompus aux problématiques et la pratique de la Common Law.

C’est une première et aussi une très grande avancée en soi selon une vision progressiste et dynamique de la primauté du droit comme idéal démocratique.

Le premier acte de guérison, pour le PR, c’est d’en parler, la justice étant notre bien commun, dans un esprit de dialogue, d’ouverture et sans sujets tabous, tels que l’impartialité et l’indépendance, qui ne méritent pas la confiance des citoyens.

Nous devrons faire preuve de créativité, et cela nécessitera de grands changements qui nous forceront à sortir d’une certaine inertie installée au fil des années avec une audace lumineuse.

En effet, la crise de confiance découlant de quelques scandales de collusion et de corruption commande d’adopter des mesures fermes.

Une bonne gouvernance dans le respect des principes de la primauté du droit exige de ceux qui édictent et appliquent les lois, un comportement conforme au cadre législatif, mais aussi équité et mesure.

Convoquer des états généraux de justice invite à réformer certaines pratiques désuètes et à mettre fin aux délais qui minent la crédibilité de la justice.

Convoquer des états généraux de justice, c’est faire le pari d’un changement de mentalités et de culture dans le prolongement des initiatives et des opérations de réforme et de modernisation de la justice camerounaise.

L’accès à la justice pour tous continue d’être une source de préoccupations pour les citoyens et occupera sans aucun doute une place majeure, mais également la dématérialisation de la procédure, les méthodes alternatives à la résolution des conflits ; notamment la négociation, la médiation, la conciliation judiciaire, le droit collaboratif et l’arbitrage, la médiation préalable en matière familiale, pour plus de justice participative.

Il faut développer chez les avocats et les parties impliquées dans le processus judiciaire une propension et une volonté de régler leur litige en recourant à des modes de règlement extrajudiciaire.

En qualité d’avocats, nous avons également la responsabilité de remettre en question notre offre de services comme avec audace et mesure comme l’ont initié l’ancien et l’actuel bâtonnier, Mes Francis SAMA et Jackson Njié KAMGA afin de s’assurer qu’elle réponde aux besoins de nos clients et que les prestations rendues soient plus efficientes.

Positionner le Barreau du Cameroun comme l’agent de changement et de progrès en matière d’accès à la justice ; tant auprès des avocats et des partenaires de la communauté juridique, que du grand public, par le traitement gracieux des intérêts des ayants droit de la tragédie ferroviaire d’Eséka, en est une parfaite illustration.

Tenir des états généraux permettrait de mieux quantifier les sommes nécessaires pour un système juridique efficace.

Ce vaste chantier exaltant en perspective doit associer la diaspora camerounaise judiciaire. Bordeaux, le 01 décembre 2016

Par Maître Martin LONGO

Avocat au barreau de Bordeaux et du Cameroun

Président de la Commission politique du RDPC France SUD

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