Emergence : Les Africains doivent tirer les leçons de la crise grecque sur leurs politiques – 03/07/2015

Eugène Nyambal, ex-conseiller principal de l'administrateur du FMI pour l'Afrique | DR
Eugène Nyambal, ex-conseiller principal de l’administrateur du FMI pour l’Afrique | DR

Les Africains doivent tirer les leçons aussi bien de l’expérience de la crise grecque que des politiques de sortie de crise des Occidentaux pour se demander s’ils sont en train de mettre en œuvre les politiques idoines pour l’émergence, selon le Camerounais Eugène Nyambal, ancien conseiller principal de l’administrateur du Fonds monétaire international (FMI) pour l’Afrique.

Dans une tribune publiée jeudi, il appelle à mener la réflexion au-delà des politiques macro-économiques pour adresser les politiques de stimulation de l’offre et de la demande des biens et services ainsi que l’alignement de l’ensemble des politiques sectorielles et la gouvernance des marchés visant à favoriser la création de richesses, l’émergence d’une masse critique d’entrepreneurs Africains, la création d’emplois et l’amélioration du bien-être des populations.

«Aucun changement n’est possible sans un travail assidu du leadership pour promouvoir un changement des mentalités, la diffusion de valeurs positives et la création d’opportunités pour le grand nombre au sein de nos sociétés.»

Selon Eugène Nyambal, le drame économique de la Grèce concerne au plus haut point les Africains autant que les politiques hétérodoxes mises en œuvre par les Occidentaux pour sortir de la crise économique et financière de 2008-2009 sur le «continent noir».

Et de regretter que plusieurs dirigeants et experts se contentent de réciter des slogans de l´émergence et tous les autres concepts crées tous les 10 ans par les «prêtres blancs» (églises, universités occidentales, Think Thanks, institutions internationales, ONG) pour renforcer la confusion chez des peuples sans mémoire collective, et refusant systématiquement de sonder le passé pour mieux préparer des politiques idoines pour le progrès des sociétés africaines.

Les Africains ont tenu trois décennies d´ajustement alors que la Grèce, du fait d’un endettement insoutenable, vient jeter l´éponge au bout de 5 ans seulement, refusant de subir les cures d’austérité et le diktat des institutions financières internationales qui ont conduit à de douloureuses politiques d’ajustement structurel en Afrique.

Il s’agit, selon lui, d’un affrontement entre l’arrogante logique prédatrice et impitoyable des marchés et l’instinct de survie du politique acculé à une humiliante défaite par les technocrates du FMI et de l’Union européenne (UE) représentant les créanciers.

Les politiques d’austérité, communément appelées politiques d’ajustement et peaufinées par les Occidentaux à la fin des années 1970, ne visent pas selon l’expert à promouvoir le développement à long terme, mais à stabiliser/corriger les déséquilibres économiques et financiers à court terme.

Le plus grand paradoxe, constate Eugène Nyambal c’est que, lorsque les Etats-Unis et l’UE ont été confrontés à la crise économique et financière en 2008-2009, ils n’ont pas appliqué les politiques d’ajustement qu’ils ont imposées aux pays pauvres en difficulté au cours des trois dernières décennies (réduire les dépenses publique, augmenter les impôts et les taux d’intérêt, liquider/privatiser les entreprises publiques, baisser les salaires, libéraliser, démembrer l’Etat), autant de politiques d’austérité qui renforcent mécaniquement la crise.

© CamerPost avec © APA