Egypte : le difficile apprentissage

La célèbre place Tahrir est de nouveau noire de monde. L’Egypte connait une nouvelle révolution.  Mais cette fois pas d’éternel président ou guide à faire partir. Celui à l’origine de la montée d’adrénaline n’est pas un dictateur encore moins un révolutionnaire illuminé. Aussi paradoxale que cela puisse paraitre, Il doit sa légitimité au peuple. Les Egyptiens l’on porté au pouvoir par les urnes. Mohamed Morsi qui polarise les tensions est un pur produit de la confrérie des frères Musulmans. Un mouvement dont l’idéologie est porté par le Slogan « l’islam est le chemin ». Durant le long règne de Moubarak, et même avant son accession au pouvoir, les frères musulmans, volontiers taxés d’extrémistes ont été malmenés interdit d’action sur la sphère politique.

C’est donc tout logiquement qu’ils ont investi le champ social en se rapprochant des populations notamment des couches le plus vulnérables et défavorisées. Leur action consistait alors à créer des écoles coraniques, à soutenir des centres de santé ou encore à offrir des bourses à de nombreux étudiants. Ils ont, favorisé l’ouverture des sortes de restaurants ou soupes populaires dans certaines localités  où les plus pauvres, les laissées pour compte du système pouvait avoir au moins un repas chaud. Les frères musulmans avec le soutien financier des pays comme le Qatar ou le royaume d’Arabie Saoudite, ont toujours été en embuscade prêts à investir le champ politique, fort de leur assise populaire. Il se trouve que le ‘’Printemps Arabe’’ est venue comme une aubaine leur apporter le prétexte qu’ils attendaient. C’est la seule formation politique structurée dans un pays qui à longtemps vécu sous la coupe d’une minorité, d’un parti unique. C’est la seule formation idéologique que de nombreux égyptiens connaissent. La victoire des frères musulmans lors de la première élection présidentielle, libre organisée en Egypte était prévisible, le contraire aurait été surprenant. Mais le faible écart (51,7 % des voix, face à Ahmed Chafiq.) peut d’une certaine façon expliquer le retour dans la rue d’une frange mécontente de la population. Quelques erreurs stratégiques peuvent expliquer le relatif échec de Mohamed Morsi et de la confrérie.

D’abord il y a le fait d’avoir oublié que plus de la moitié de la population égyptienne est jeune. Cette jeunesse qui goute à la liberté aspire à une société plus ouverte et moins rigide quant aux préceptes rigoureux et strictes inspirés par l’islam. Ces jeunes un peu pressés certes, veulent se sentir impliqués, ils veulent rester au cœur des préoccupations du système. « C’est notre révolution » clament-ils, donc pas question d’accepter tout sans broncher. Ensuite il y’a l’armé.  L’histoire politique de l’Egypte depuis son indépendance accorde une place de choix aux militaires. Mohamed Morsi paie le prix de sa liberté de ton mais surtout de sa volonté affirmée de limiter l’influence de l’armée dans l’exercice du pouvoir. Pour les militaires il était incontrôlable, trop fier et imbu de lui-même. Il représentait une menace. Enfin il y’a ‘’la communauté internationale’’ étrangement muette. Seule l’Union Africaine a du bout des lèvres condamnée le coup d’état des militaires. L’Allemagne a également souligné le caractère brutal de la mise à l’écart de Morsi. Le rôle trouble des Etats Unis qui s’abstiennent du moindre commentaire se justifie par le soutien qu’ils ont apporté à l’armée Egyptienne ces dernières années. Un soutien des USA qui s’élève à près d’un milliard de dollars par an… une armée égyptienne qui reste un des grands alliés de l’Occident au Proche-Orient. Dans le chaos qui semble perdurer dans le pays des pharaons, seule l’armée apparait comme l’entité susceptible de maintenir et de garantir certains intérêts financiers notamment le trafic dans le canal du Suez entre autres (Il transite par jour dans ce canal, plus de 2 millions de baril de pétrole. Pour l’Egypte ce canal représente 4 milliards de dollars par an, soit 10 % du budget de l’État).

Alors que pro et anti Morsi s’opposent dans les rues, l’armée qui devrait s’interposer tire sur les manifestants et embastille les responsables des frères musulmans. Le président élu et déchu est entre les mains de militaires, les autorités provisoires tentent de former un gouvernement, et le pays s’enlise, se divise et se dirige lentement vers une guerre civile. La démocratie comme processus nécessite du temps, des sacrifices mais aussi des compromis. Comme un enfant qui apprend à marcher, le peuple égyptien trébuche, il cherche son chemin, il chute mais il devra marcher car il y est condamné.

Hakim Abdelkader