Diaspora : Originaire du Cameroun, Hermine votera à Esch : « C’est la vie du quartier »

Les étrangers ont jusqu’à jeudi pour s’inscrire sur les listes électorales. Hermine, originaire du Cameroun, explique pourquoi elle a franchi le pas.

Hermine, Camerounaise résidant à Esch, a un parcours passionnant. Avec, en ligne de mire, son premier vote aux communales en octobre. (photo Didier Sylvestre)
Hermine, Camerounaise résidant à Esch, a un parcours passionnant. Avec, en ligne de mire, son premier vote aux communales en octobre. (photo Didier Sylvestre)

Les étrangers ont jusqu’à jeudi pour s’inscrire sur les listes électorales. Hermine, originaire du Cameroun, explique pourquoi elle a franchi le pas.
Elle va voter pour la première fois à 40 ans. Hermine n’a jamais glissé un bulletin dans l’urne avant. Quand elle a su que les élections communales étaient ouvertes «même aux extracommunautaires», elle n’a pas hésité. «J’ai quitté le Cameroun assez jeune pour étudier en Allemagne, explique l’Eschoise. De toute façon, l’intérêt de voter là-bas est limité. Le pays repose sur un équilibre entre les ethnies, plus que sur le pouvoir politique.»

En ce qui concerne sa vie eschoise, «les écoles, la vie sportive ou culturelle», elle veut avoir le choix. «C’est ça, l’élection communale, explique-t-elle. Certains étrangers voient une chose lointaine. Je leur dis : Ce n’est pas de la politique, c’est la vie du quartier.» Après des études à Berlin, Hermine est arrivée au Luxembourg «un peu par hasard en 2006, pour un regroupement familial».

Esch est devenue sa ville de cœur. Hermine travaille à l’hôpital Mayrisch. Elle est fière de voir évoluer ses deux enfants dans les études, «parler plusieurs langues, s’épanouir dans les clubs de sport». La Camerounaise parle elle-même français, allemand et un brin luxembourgeois. «Le Cameroun a une histoire liée avec les deux pays, glisse-t-elle. Mon père m’a envoyé étudier à Berlin et, un jour, je lui ai dit que j’allais vivre au Luxembourg ! Il ne savait pas trop où ça se situait», sourit Hermine. En 2014, elle a invité son papa pendant deux mois, afin qu’il découvre son pays d’adoption. «À la fin, ça lui faisait trop d’animation», se souvient-elle.

«L’inscription sur les listes est facile»

Voter est l’aboutissement d’un parcours pour Hermine. «Je ne donne pas de leçons, je pense juste qu’il faut s’intéresser à sa vie ici.» Dans son discours, on sent qu’il a fallu mériter sa place à chaque étape. S’implanter d’un pays européen à un autre n’a rien d’automatique pour les extracommunautaires. «Il faut prouver qu’on a un contrat de travail, ou un projet d’étude précis», décrit Hermine.

C’est avec cette mentalité qu’elle s’est présentée un matin à la commune d’Esch. «L’inscription sur les listes électorales est facile. Il n’y a pas de rendez-vous, c’est comme retirer un papier.» Depuis, Hermine est devenue un relais pour convaincre les étrangers. Le Centre d’études interculturelles et sociales (Cefis) a repéré sa détermination. «J’ai eu une demi-journée de formation pour maîtriser la vie civile luxembourgeoise, et parler en connaissance de cause.» Hermine a également eu deux jours de formation avec l’OLAI, à la découverte de l’identité du pays.

Que l’on se rassure : tous les étrangers qui veulent voter n’ont pas à subir ce parcours. «Je fais tout ça avec bonne humeur, modère l’Eschoise. La dernière fois, j’ai envoyé une photo à ma sœur au Cameroun en lui disant : T’as vu, je fais la campagne !» En l’occurrence, distribuer des tracts incitant les étrangers à voter. «Le plus drôle, c’est de voir la réaction des gens quand je les aborde. Ils ont l’air de dire : Mais c’est une étrangère qui me dit l’intérêt d’aller voter ? On s’amuse bien !» «On», c’est un collègue de travail d’origine portugaise, avec qui elle distribue des tracts.

Au fond, Hermine vit l’élection comme l’occasion de rencontrer les proches du quartier. Elle sait aussi parler du Cameroun avec passion, «une petite Afrique à lui tout seul». Et le lion floqué sur le maillot du Cameroun, il existe vraiment ? «Oui, dans certaines zones sauvages.» Ça, c’est un autre voyage…

source : lequotidien.lu par Hubert Gamelon

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