Dessiner pour vivre et s’épanouir

Illustrateur ; graphiste ; peintre ; dessinateur ou encore web designer, Hervé Noutchaya est le président du collectif A3. Une association qui réuni les auteurs de bandes dessinées. Ils ont à leur actif, la publication du magazine Bitchakala (bande dessinée 100% made in Cameroon) et l’organisation du tout premier festival camerounais de la bande dessinée.
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Pour le jeune homme major de la première promotion de l’institut de formation artistique de Mbalmayo, dans la région du centre, le dessin nourrit pleinement son homme il suffit juste d’un peu de détermination et de courage.

Les yeux cachés derrière des lunettes qui lui donnent un air d’intello, Hervé Noutchaya Tsemo est d’un abord facile quoi qu’un peu timide. Son allure décontracté, son pas trainant et sa silhouette de basketteur ne laissent pas deviner qu’il porte à bout de bras les espoirs et les rêves des jeunes membres du collectif A3. Son parcours est plutôt atypique, lorsqu’on sait l’appréhension voire l’aversion qu’ont certains parents lorsqu’ils détectent un penchant artistique chez leurs enfants. « Mes parents étaient mes premiers admirateurs ils m’ont toujours encouragé à suivre mon chemin. Peut-être parce que ma mère était dans le domaine artistique notamment la couture. Je me souviens que je lui dessinais des modèles à l’époque » révèle Hervé. Dans la ville de Sangmélima région du sud Cameroun, où il grandit, le petit ‘’Nouther’’ s’illustre par ses œuvres. Au lycée classique il est membre actif du club journal et ses caricatures lui valent parfois quelques frictions avec certains enseignants. « Vous savez la caricature n’est pas toujours comprise elle heurte parfois les sensibilités ». En classe de 3eme, la famille du jeune homme quitte la ville de Sangmélima « c’était en 1992 avec les villes mortes et tout se qui s’en est suivi nous sommes parti en catastrophe de Sangmélima pour Bafoussam » se souvient-il. Nouvelle ville, nouveau milieu mais surtout un choc pour le jeune homme qui doit s’adapter et trouver ses marques « je dois dire que ma passion pour le dessin m’a facilité les choses j’ai tout de suite intégré le club journal du collège Kisito puis celui du lycée classique ». Alors qu’il commence à peine à s’habituer à son nouvel environnement son père est une nouvelle fois muté à Nkongsamba dans le département du Moungo région du littoral. Entre temps Hervé a affiné sa technique, au contact d’autres dessinateurs, il a pris conscience de son talent. Il constate en outre qu’il est possible de se faire de l’argent en dessinant « je réalisais des cartes de vœux lors des occasions particulières et je n’avais pas de problème d’argent de poche et je pouvais m’offrir mon matériel de dessin sans l’aide de mes parents » précise t-il. Quelques années plus tard son père est une fois de plus affecté. La famille s’installe dans la ville de Bagangté dans le département du Ndé région de l’Ouest. Hervé Noutchaya est alors élève en classe de première. Il décroche son probatoire scientifique. Mais déjà, une idée trotte dans sa tête il a entendu parler de l’institut de formation artistique de Mbalmayo et il souhaite présenter le concours. En terminale, à la surprise générale il est recalé au Baccalauréat « mes notes étaient bonnes et je n’avais pas de problème particuliers en classe ».

L’année d’après il rate pour la seconde fois son examen et décide se suivre pleinement sa passion. « J’ai été reçu au concours de l’IFA de Mbalmayo et j’ai dû rentrer en classe de 2nd pour avoir les bases dans la formation en art plastique que proposait l’IFA. Une décision difficile mais que j’ai assumé puisque je voulais vraiment apprendre et maîtriser les ficelles du dessin professionnel ». En 2000 il est major national du tout premier probatoire en art plastique du Cameroun. L’année suivante il récidive et se hisse à la première marche au baccalauréat. Dès lors, les portes de l’université lui sont ouvertes. Il prend une inscription à la faculté des arts lettres et sciences humaines. Deux ans plus tard en 2003 il obtient son diplôme d’études universitaires générales (DEUG). «Parallèlement je continuais à travailler et à proposer mes œuvres ce qui me donnait une certaine autonomie financière. Dans mon souci d’explorer l’univers du dessin je découvre le graphisme et le web design. Le centre Don-Bosco de Yaoundé, proposait à l’époque des formations de 6 mois. J’ai suivi la formation à l’issue de la quelle j’ai obtenu un stage dans une entreprise de la place au terme de mon stage, les responsables de la structure m’ont proposé un contrat que j’ai signé sans hésiter » c’est ainsi que le jeune homme devient salarié. Loin de s’assoir sur ses lauriers Hervé qui est membre d’une association de dessinateur veut donner une certaine visibilité au milieu « malheureusement, à cause des divergences d’opinions l’association a disparu et les jeunes qui en faisaient parti se sont senti abandonnés ».

C’est ainsi qu’en 2007 avec ses amis dessinateurs ils décident de mettre sur pied une nouvelle association baptisée collectif A3. « Le nom A3 c’est simplement à cause du format couramment utilisé pour la bande dessinée en réalité nous sommes une association de créateurs, formateurs et promoteurs des arts plastiques. C’est un outil de collaboration, d’échange et diffusion d’idées » explique t-il. Lorsqu’il parle du collectif A3 on sent dans sa voix la passion qui l’anime. Il devient tout à coup très prolixe « nous avons débuté par des activés de formations et d’échange autour de la bande dessinée avec le soutien du centre culturel français de Yaoundé. Durant les échanges avec le public une question revenait presque toujours : vous nous parlez des œuvres des autres vous-même que proposez-vous ? ». Dans le groupe, certains ont des planches prêtes, d’autres ont des scénarii. Petit à petit l’idée d’un magazine de la bande dessiné germe puis grandi et prend forme. Le projet Bitchakala est lancé et le premier numéro est dans les kiosques en mars 2010. « En moins de deux année d’existence nous avons réalisé des choses concrètes notre magazine parait régulièrement, nous avons lancé la première édition du festival Camerounais de la bande dessinée Mboa BD, la maison de la BD de Yaoundé prend forme et l’année prochaine en partenariat avec des éditeurs locaux nous allons mettre sur le marché des œuvres ». Celui que ses proches appellent affectueusement le ‘’bamiléké de Sangmélima’’ n’entend pas s’arrêter en si bon chemin, déterminé qu’il est à explorer toutes les possibilités que lui offre l’univers du dessin. « Nous avons également réalisé et produit des courts métrages qui ont remporté des prix lors du festival du court métrage de Yaoundé ». Entre son travail, les activités de l’association et les cours de master en visualisation, conception et création graphique qu’il suit, Hervé Noutchaya trouve du temps pour jouer au basket le week-end, mais aussi pour lire des histoires à sa fille de cinq ans. Mais quel est donc Le secret d’une telle débauche d’énergie ? « Ma fiancée veille sur moi en rechargent mes batteries ! Et je vous confie un secret … bientôt je lui passe la bague au doigt » déclare t-il l’air sérieux.

Hakim ABDELKADER