Culture – Livre : Une âme perdue

Les mots semblent assez légers pour exprimer l’angoisse, le drame intérieur vécu par un enfant africain face à une société malade de ses dirigeants, malade de ses structures… Malade de tout….

Badiadji Horrétowdo
Badiadji Horrétowdo

Badiadji Horrétowdo, après son récit en 2006 des faits authentiques vécus et rapportés dans l’ordre de leur succession. Après son retour au pays natal, le voici en 2013, de nouveau face à un drame intérieur, même si «la vie est un saut d’obstacles et qu’il est tout a fait naturel qu’il en soit ainsi». Dixit l’auteur.

Difficile tout de même d’expliquer le mal être d’un enfant, ayant pris le courage de regagner sa terre natale, déjouant tous les faveurs de circonstances. Il retrouve un pays, le Cameroun en proie à une logique de la non évolution. Quelques faits décrits par celui que l’on appelle affectueusement Badi, démontrent à suffisance la décadence d’un pays qui va vers l’abîme : D’abord l’état de décrépitude de l’aéroport dit international de Douala, ensuite les mauvaises manières de l’étoile du Cameroun, la Camair, qui «après une escale de deux heurs à Douala et après quatre heures d’attente nourries aux cafouillages et atermoiements de haute volée, nous embarquâmes à bord d’un vieux bus suffoquant, affrété en lieu et place d’un avion et aucune revendication n’est possible, à défaut d’avoir du temps et de l’énergie à gaspiller», rapporte le jeune Hamadou en provenance de Paris pour Yaoundé mais avec escale à Douala. Et ce n’était que le début en guise d’accueil. La réalité au quotidien lui fera voir grandeur nature les avancées dégradées d’un pays dont on annonce pourtant l’émergence.

Une âme perdue
Une âme perdue

Au port de Douala, où Baba et Hamza, disposant pourtant d’un certificat de déménagement en bonne et due forme, sont confrontés à d’autres problèmes «ce sésame qui était sensé être un laissez-passer pour récupérer mes modestes biens. Ni Hamza, ni moi, n’avions d’expérience pour ce qui était des opérations du dédouanement dont le certificat nous dispensait logiquement…», peut-on lire à la page 14 et puisqu’on parle de dédouanement, il faut intégrer le rafraichissant à donner aux inspecteurs de douane, il faut encore attendre l’évaluation du matériel déclaré et au finish le verdict : «Monsieur Hamadou, j’ai vérifié vos matériels, mais la plupart sont neufs… vous comprenez que nous doutons qu’ils soient destinés à votre usage personnel. En clair, nous pensons logiquement que les appareils neufs rentrent dans le contexte d’un commerce déguisé… je suis donc en devoir de soumettre vos matériels aux droits de douane…. La balle est dans votre camp… allez réfléchir j’attends votre résolution très rapidement», lit-on encore à la page 22 du roman dont le titre à lui tout seul est évocateur : «L’Âme perdue». Un immense et sombre tableau qui retrace les peines, les luttes, l’arbitraire, les nombreuses dérives qui gangrènent le Cameroun.

Une âme véritablement perdue dans un océan de questionnements : «Quelle est cette nation qui meurt sans s’émouvoir ? Quelle est cette nation où les hôpitaux ne sont autre chose que de véritables mouroirs ? Quelle est cette nation où la dépravation est érigée en éthique sociale ? Quelle est encore cette nation ou impunité et inégalités sont érigées en mode d’organisation et de gestion de la société ? Quelle est cette nation où la corruption est érigée en mode de fonctionnement de l’Etat ? Quelle est cette nation où logique voudrait désormais que compétence ne soit rien d’autre qu’incompétence ? A quoi rime même l’avenir de ce pays ?…» Des questions à ne plus en finir. Mais pour quelles réponses donc ?

Difficile en tout cas pour l’auteur d’y répondre qui pense comme de nombreux lecteurs qui vont lire cet ouvrage, que «Dans ce pays (Cameroun), nous sommes certainement entrés dans l’ère d’une société déshumanisée, des plus bestiales et des plus sauvages dont on entrevoit pour l’instant aucune porte de sortie…». L’évidence saute à l’œil en tout cas.

«L’Âme perdue», est le troisième roman que vient juste de publier aux éditions Ifrikiya le camerounais Badiadji Horrétowdo. L’ouvrage compte 380 pages écrites sans complaisance, est disponible dans toutes les grandes surfaces. C’est bon pour la réflexion du devenir de notre cher et beau pays et même pour toute l’Afrique où les mêmes pratiques subsistent.

Bonne lecture à tous !

Alphonse Jènè

Correspondance particulière

 

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