Faire changer les regards sur la danse

La coordonnatrice du réseau Af-Art et culture s’implique depuis plus de 3 ans dans l’organisation des rencontres chorégraphiques internationales. C’est le festival corps et geste qui réuni chaque année à Yaoundé des danseurs venus de plusieurs pays africains. Nous vous proposons de faire la connaissance de cette jeune dame qui porte à bout de bras le projet.

img_annie

Le parcours d’Annie Tchawack est loin d’épouser les courbes d’un long fleuve tranquille, bien au contraire le sort n’a pas toujours été tendre envers elle. « Je n’ai pas connu mes parents ils sont décédés alors que je n’étais encore qu’une petite fille. Ma sœur ainée s’est occupée de moi avec toutes les difficultés que cela implique » révèle t’elle la voix étranglée.

Dans son appartement au quartier Mimboman, des photos suspendues aux murs donnent un bref aperçu des pérégrinations de cette véritable ‘’globe trotter’’. « En fait tout part du lycée j’ai toujours été attirée par le théâtre, la musique et tout ce qui tourne autour de la scène. Un jour, par curiosité je me suis rendu au poste national de la crtv la radio-télévision nationale pour voir comment les comédiens enregistrent certaines pièces pour la diffusion j’y ai fait la connaissance de Bibabi Nfana et Thomas Amombo. Par chance l’une de leur comédienne était absente. J’ai proposé de jouer son rôle et ma prestation a été appréciée ». Les choses vont alors très vite, pour Annie qui n’est à l’époque qu’une adolescente. Le week-end qui suit, une troupe théâtrale est mise sur pied dans la ville.

A l’issue du casting, le talent de la jeune fille ne passe pas inaperçu, elle est retenue et intègre le milieu professionnel. Un milieu dans lequel Annie s’épanoui si bien qu’elle néglige quelque peu ses études au grand dam de ses proches. Ces derniers voient d’un très mauvais œil son penchant pour les planches. « Pour prendre part aux répétions je sortais en cachette et lorsque je revenais tard dans la nuit, je me faisais tirer les oreilles, c’est un euphémisme » se souvient-elle. Son engagement dans le milieu du théâtre lui ouvre de nombreuses portes. Des propositions lui sont faites pour des stages et des formations à l’étranger. Le Seul obstacle à l’époque est son âge. Pour les personnes mineures, l’autorisation parentale est la condition sine qua non pour l’établissement des documents nécessaires notamment le passeport. « En réalité ma famille s’y opposait. Il m’a fallu tricher sur mon âge en vieillissant des quelques années, tout cela à l’insu des miens. La situation était tellement tendue à la maison que j’ai fais une fugue. Dès l’obtention de mon passeport je suis allé à la découverte du monde ». En 1996, à la faveur d’une production germano-camerounaise, la jeune fille découvre le continent européen. Une expérience qui lui permet de tisser un vaste réseau d’amis. Du Burkina Faso au Nigéria en passant par le Benin ou l’Egypte, la jeune comédienne participe à des projets, interprète des rôles, flirte avec le cinéma. « Les choses sont tellement bien organisées sous d’autres cieux que parfois on a l’impression qu’au Cameroun nous sommes très en retard. Au Nigeria par exemple les acteurs sont de stars et vivent pleinement de leur métier. Chez nous, l’art rime avec la misère » s’indigne Annie. Malgré tout, en 2002, elle décide de rentrer au pays. « J’étais installé en France. Je dois dire que mon pays me manquait d’autant plus que je suis parti très jeune ». Avec l’aide de quelques amis, Annie peaufine un projet de création d’une structure consacrée aux artistes tous domaines confondus. « Nous sommes arrivés au Cameroun très motivés et plein d’enthousiasme. Malheureusement les réalités du berceau de nos ancêtres nous ont rattrapés. Entre arnaques, lenteurs administratives, paperasse et autres freins, propres au système, mes partenaires ont jeté l’éponge tout en me proposant de rentrer avec eux en France. Une proposition que j’ai refusé ». Loin de céder au découragement, celle que ses proches nomment l’amazone’’ se met au travail. En 2003 elle fonde une association baptisée ‘’réseau Af-Art et culture. Les domaines dans lesquels l’association s’impliquent sont : le théâtre avec la compagnie ‘’neger théâtre expression’’ qui s’occupe de la formation des comédiens, la promotion et l’organisation des spectacles et pièces pour enfants.

img_annie_sChaque vacance, des ateliers sont organisés pour initier les enfants au théâtre et à l’informatique. L’autre front sur lequel le réseau Af-Art et culture est engagé, c’est l’organisation annuel des rencontres chorégraphiques. Les membres de l’association présentent le concept comme les plus grands spectacles de danse contemporaine d’Afrique centrale. « Le spectacle de danse contemporaine propose, selon la subjectivité de ses créateurs, un rapport esthétique au réel mais aussi une rupture sans cesse renouvelée avec tout ce qui tente de modéliser les corps. Il est difficile d’y instaurer des catégories tant y sont privilégiés la singularité de la démarche créatrice, le goût pour l’expérience et l’émotion de l’instant ». Précisent en chœur les membres de comité d’organisation de l’édition 2013 comme s’ils avaient mémorisé cette définition bien savante. Notre air sceptique n’échappe pas à la coordonnatrice qui s’empresse de renchérir « la particularité de la danse contemporaine est de laisser le corps s’exprimer. Il est question d’illustrer une idée à travers des gestes. C’est une forme d’art, le souci de la beauté des mouvements. La danse contemporaine est comme un tableau ceux qui contemplent une peinture abstraite par exemple, l’interprète en fonction de leur sensibilité. L’objectif est de laisser les artistes donner libre cour à leur inspiration ». A la question de savoir comment s’organise un spectacle de danse contemporaine, Annie Tchawack hésite, fronce les sourcils avant de répondre « tout dépend du créateur de la scène à présenter. Certains illustrent un texte par des gestes, d’autres partent d’une musique ou d’un pas de danse pour faire passer un message. Il est impératif de faire attention aux détails comme l’éclairage, l’habillement, la position des danseurs sur la scène ou encore l’expression du visage ». Conscients que la danse contemporaine est encore une curiosité pour de nombreux camerounais, les membres du réseau Af-Art organisent régulièrement des prestations dans des écoles et autres lieux. Pour Annie c’est un plaisir de travailler avec les enfants. « Je suis mère et je passe beaucoup de temps dans les écoles maternelles où je dis des contes et monte des spectacles ». Malgré son agenda chargé, Cette originaire de la région de l’ouest trouve tout de même un peu de temps pour se consacrer à la cuisine, une autre de ses passions. Et quant est-il du prince charmant ? « Je l’attends toujours mais il devra être patient parce que je suis très exigeante » lance t’elle dans un éclat de rire.

Hakim ABDELKADER

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz