Crise migratoire – Sommet UE-Turquie : un succès en demi-teinte

François Hollande et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu (à gauche), lors du sommet entre l'UE et la Turquie, le 7 mars 2016, à Bruxelles. | Francois Walschaerts/AP/SIPA
François Hollande et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu (à gauche), lors du sommet entre l’UE et la Turquie, le 7 mars 2016, à Bruxelles. | Francois Walschaerts/AP/SIPA

Dans la nuit du jeudi 17 au Vendredi 18 mars, les 28 Etats réunis à Bruxelles se sont mis d’accord sur un projet commun au terme d’une longue nuit de négociations. Il a fallu attendre minuit pur y parvenir ; c’est dire combien il a été ardu de se mettre d’accord. Ces travaux portant sur la crise migratoire sont censés y apportés des solutions.

La mesure principale du projet prévoit que tous les nouveaux migrants arrivant sur les îles grecques soient renvoyés vers la Turquie. Et pour chaque migrant syrien renvoyé, les européens réinstalleraient un autre Syrien dans l’UE. En contrepartie, la Turquie obtiendrait une relance de ses négociations d’adhésion à l’UE. Il était impératif pour les pays européens d’accorder leurs violons avant d’entamer des négociations complexes avec la Turquie, qui espère obtenir le maximum de concessions, tant sur le plan financier que sur la question des visas pour ses ressortissants, ou encore sur le processus d’adhésion à l’UE.

 Il était logique pour l’Union européenne de traiter avec la Turquie dès lors que ce pays accueille aujourd’hui plus de 2,5 millions de Syriens sur son sol et qu’il constitue l’un des principaux pays de transit pour les migrants issus d’Irak, d’Afghanistan et d’autres pays de la région.

Un accord précaire

La Turquie espère obtenir une libéralisation des visas de ses citoyens, qui pourraient circuler plus facilement en Europe. Mais sur les soixante-douze critères de sécurité fixés par l’Europe, la Turquie n’en respecte pleinement que dix, et serait en passe d’en valider vingt-six autres.

Le principe du « un migrant renvoyé, un accueilli », qui ne concerne que les Syriens, fait bondir les ONG qui dénoncent un accord immoral. Cet accord organise un troc d’êtres humains qui conditionne les chiffres de la réinstallation au nombre d’expulsions de personnes ayant risqué leur vie, affirme l’association encore France Terre d’Asile.

La question des droits de l’homme et de la liberté de la presse pourrait également embarrasser les négociateurs. Le pouvoir turc a mené des opérations contre l’indépendance des médias ces derniers jours, à chaque fois à la veille des sommets européens.

Quelques réticences européennes

Certains pays européens s’inquiètent plutôt sur la répartition des migrants à réinstaller dans l’Union. C’est le cas de la Hongrie de Viktor Orban qui a prévenu qu’elle mettrait son veto à tout engagement contraignant en matière de réinstallation de demandeurs d’asile dans l’UE.

Chypre est un pays non reconnu par Ankara et il dit surveiller de près les négociations. Son président Nicos Anastasiades a menacé de poser son veto, si une accélération du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE était évoquée dans le texte.

D’autres pays, notamment l’Autriche, ont exprimé leurs réticences sur le terrain des valeurs, s’inquiétant de trop larges concessions au régime islamo-conservateur turc, accusé de dérive autoritaire.

© CAMERPOST par Eliane Ndounkeu