Cours du pétrole : que faire ?

Les dirigeants africains présents lors du 26e sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba, le 30 janvier. | © AFP Archive / TONY KARUMBA
Les dirigeants africains présents lors du 26e sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba, le 30 janvier. | © AFP Archive / TONY KARUMBA

Plusieurs pays de la zone Franc, très dépendants de cette matière première, cherchent la parade face à la baisse des recettes.

C’est l’un des sujets-vedettes de la réunion des ministres des Finances de la zone Franc à Yaoundé : la chute drastique des cours du pétrole brut, lesquels sont passés entre 2014 et 2015 de 115 dollars le baril à moins de 40 dollars ces jours-ci. Soit une baisse d’environ 46%. Un véritable crash. Pour plusieurs pays ayant en partage le franc CFA, la pilule est amère. Cas pratique, la situation dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), où la forte dépendance des revenus pétroliers pose problème en ce moment. Car cinq pays sur six sont concernés (à l’exception de la RCA). Le pétrole représente 2/3 des exportations, plus de 60% des recettes budgétaires et 40% du Produit intérieur brut (PIB) de la CEMAC. Si cette matière première stratégique contribue pour 9% au PIB du Cameroun, ce taux s’élève à 85% pour la Guinée équatoriale, 50% pour le Congo-Brazzaville, près de 45% pour le Gabon et environ 18% pour le Tchad.

Dans ces conditions, l’effondrement des prix se traduit par la baisse des revenus tirés de la production pétrolière. L’ampleur de cette baisse et son effet sont fonction du degré de dépendance des économies nationales des activités pétrolières. Excepté le Cameroun dont la production est modeste et l’économie relativement diversifiée. Du coup, le financement des programmes d’investissements publics dans les grands projets d’infrastructures de transport et d’énergie, ainsi que dans le domaine social (adduction d’eau, santé, éducation, etc.) est menacé, du fait de la dépendance budgétaire de ces pays envers les revenus pétroliers. Les experts estimant que la perspective d’une remontée des cours du pétrole n’est pas envisageable avant 2017, les inquiétudes s’expriment de plus en plus sur la soutenabilité de ces programmes d’investissement. Le 8 janvier 2016 à Yaoundé, Léon Raphael Mokoko, ministre du Plan et de l’Intégration du Congo, déclarait à ce propos que l’impact de la baisse du prix du pétrole est d’autant plus douloureux que tous les gouvernements avaient, dans leurs budgets 2015, anticipé généralement un prix de référence du pétrole près de deux fois plus élevé que celui constaté sur les trois premiers trimestres de l’année. Conséquence, la croissance des pays de la sous-région a fortement ralenti en 2015, en raison notamment de la baisse des investissements public. Selon les études des services de la BEAC, cités par le ministre, l’on note une nette décélération du rythme de progression des activités, avec un taux de croissance du PIB réel à l’échelle régionale de 2,4% en 2015, soit une perte de 2,1 points de croissance par rapport à 2014.  Toutefois, ce chiffre ne reflète pas l’évolution très contrastée au sein de la CEMAC. Ainsi, la croissance reste soutenue au Gabon (5,3% en 2015 contre +4,2% un an auparavant) ; au Cameroun (6% après +5,9% en 2014) ; et en RCA (+4,9% en 2015 contre 0,5% en 2014). Par contre, l’activité économique devrait ralentir au Tchad (+3,8% en 2015 contre +6,3% en 2014) ; au Congo (+2,7% en 2015 contre +5,2% en 2014). L’économie de la Guinée équatoriale se contracterait fortement (-10,5% en 2015 contre +0,5% un an plus tôt).

Une situation aggravée par le fait que l’indice global d’évolution des cours des autres produits d’exportation a baissé de 5,1% sur la même période. Il s’agit des baisses des cours du bois de 21%, de coton de 17%, du café robusta de 14%, de l’aluminium de 11% et du caoutchouc de 8%. Dans ces conditions, on attend de la réunion des ministres des Finances de la zone Franc des recommandations de politique économique susceptibles de faire relancer la machine économique en dépit des chocs exogènes.

Source : © Cameroon Tribune

Par Raoul Cheudjio