Côte d’Ivoire : Simone Gbagbo acquittée par la Cour d’assises d’Abidjan

L'ex-Première dame ivoirienne Simone Gbagbo, le 30 juin 2016 à Abidjan | © AFP/ISSOUF SANOGO
L’ex-Première dame ivoirienne Simone Gbagbo, le 30 juin 2016 à Abidjan | © AFP/ISSOUF SANOGO

L’ex-première Dame ivoirienne, Simone Ehivet Gbagbo, poursuivie pour «crimes contre l’humanité et crimes de guerre», a été déclarée «non coupable», mardi soir, par la Cour d’assises d’Abidjan-Plateau qui a ordonné qu’elle « soit mise en liberté» au terme d’une délibération qui a duré près de sept heures d’horloge.

«La justice a été rendue. Je voudrais vous rappeler que c’est un jury populaire. C’est leurs sentiments et leurs émotions qui ont prévalu. Ils ont peut être voulu donner un signal fort aux politiques pour la réconciliation nationale», a estimé le Procureur général, Aly Yéo après le verdict.

Le juge Boiqui Kouadjo et la Cour ont tranché dans le sens contraire des avocats des parties civiles et du Procureur général. Ce dernier, dans son réquisitoire prononcé dans la matinée, avait invité la Cour «à déclarer Mme Gbagbo coupable de ces deux infractions et à la condamner à l’emprisonnement à vie» estimant que l’épouse de l’ex-Président Laurent Gbagbo était le « chef de fait de l’armée ivoirienne» au moment des faits.

Au soutien de cette thèse de la culpabilité de l’accusée, le Procureur, Aly Yéo, pendant une démonstration qui a duré près de deux heures, a rappelé une série de témoignages incriminant l’ex-Première dame.

« Depuis l’accession au pouvoir de M. Gbagbo, son épouse s’est coulée dans le moule du chef et les gens l’ont reconnu comme tel. Souvenez vous de ces marchands d’armes qui s’adressaient à elle et non pas au président de la République. Souvenez-vous de son voyage en Israël pour visiter des stocks d’armements», a entre autres rappelé à la Cour M. Yéo avant de s’interroger en ces termes: « Si elle n’est pas le chef, comment pouvait-elle recevoir une cinquantaine de fois le chef d’État-major, le ministre de la défense et le ministre de l’intérieur ?».

Selon lui, « personne n’a dit qu’il a vu Mme Gbagbo en train de tirer avec des armes sur les populations». Toutefois, explique-t-il, « la personne qui est pénalement responsable n’est pas celle qui est sur le terrain. C’est plutôt le chef militaire de fait, le chef de guerre qui est responsable. C’est une responsabilité indirecte au sens des articles 141 et 142 du code de procédure pénale. Les troupes qui ont commis les exactions étaient sous le contrôle de Mme Gbagbo», a-t-il accusé ajoutant que « elle aurait pu, par un simple mot, dire stop et tout ce serait arrêté. Mais, elle ne l’a pas fait», regrette-t-il.

Cet acquittement  de Simone Gbagbo a été prononcé en son absence. Elle et ses avocats initialement constitués, ont suspendu leur participation au procès depuis décembre dernier. Les avocats commis d’office pour assister l’ex-première dame ivoirienne, ont, eux aussi, «jeté l’éponge» depuis la semaine dernière dénonçant un « procès inéquitable».

Au sujet de cette absence des avocats de l’accusée, le Procureur général a justifié que « dans le cours normal d’un procès lorsque que vous posez un problème juridique ou vous évoquez un incident et que cela est réglé par un arrêt, vous exercez les voies de recours et vous continuez le procès», a estimé M. Yéo.

C’est le 31 mai 2016 que s’est ouvert ce procès de l’ex-première dame ivoirienne accusée de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis pendant la crise postélectorale ivoirienne de décembre 2010 à avril 2011. Elle purge déjà, depuis 2015, une peine de 20 ans pour atteinte à la sûreté de l’État.

© CAMERPOST avec © APA

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