Côte d’Ivoire – Assassinat de Robert Guéï : Le présumé suspect N°1 rejette les faits en bloc

Anselme Séka Yapo a rejeté, mardi, devant le tribunal militaire d’Abidjan, toutes les accusations en bloc | © APA
Anselme Séka Yapo a rejeté, mardi, devant le tribunal militaire d’Abidjan, toutes les accusations en bloc | © APA

Le Commandant de gendarmerie, Anselme Séka Yapo, précédemment, chef de la sécurité de l’ex-première dame Simone Ehivet Gbagbo, présumé suspect N°1 de l’assassinat du général Robert Guéï a rejeté, mardi, devant le tribunal militaire d’Abidjan, toutes les accusations déclarant à la barre, comme les 15 autres prévenus, ne pas être ‘’concerné par les assassinats du général Guéï, de son épouse, du capitaine Fabien Coulibaly et autres’’.

La salle d’audience du tribunal d’Abidjan affichait complet pour la comparution tant attendue d’Anselme Séka Yapo, présenté par la majorité des prévenus qui se sont succédés à la barre depuis vendredi, comme l’acteur principal de l’assassinat du général Guéï, de son épouse Rose Doudou et autres.

L’officier supérieur s’est présenté à la barre tout décontracté, la barbe touffue qui rongeait son visage, bien rasée (sur injonction du président du tribunal militaire, le magistrat Tahirou Dembélé) pour donner sa version des faits.

L’ancien patron de la sécurité de Simone Gbagbo a décliné toute ‘’responsabilité” dans les morts de ‘’Robert Guéï, son épouse et du capitaine Fabien Coulibaly, mon instructeur” avec qui il dit avoir de bons rapports.

‘’M. le président, je n’étais pas à la cathédrale pour le prendre des mains du colonel Dogbo et l’embarquer dans un char comme cela a été dit ni à sa résidence pour quelque opération que ce soit”, a déclaré le Cdt Séka qui a demandé au juge de ‘’ne pas considérer le PV d’audition à la Direction de la surveillance du territoire (DST) mais de s’en tenir à mes dires”.

Selon lui, il est resté pendant 46 jours à la DST sans manger, ‘’les yeux bandés avec un ruban, les mains liées au dos avec des menottes et c’est par tâtonnades que je me déplaçais dans ma cellule. Chaque deux jours, j’étais l’objet de bastonnades”, a expliqué l’officier supérieur ajoutant qu’il n’a ‘’jamais été interrogé à la DST sur les faits d’assassinat de Guéï Robert et autres”.

‘’Je n’étais pas à la cathédrale ni à la résidence de Guéï pour lui donner la mort avec son épouse, Fabien Coulibaly et les autres. Si j’avais été là, je les aurais sauvés car j’ai mené par le passé des combats pour le général Robert Guéï”, a-t-il martelé.

Par ailleurs, il s’est étonné que l’on le désigne par le surnom Séka Séka. ‘’ M. le président, je n’ai jamais eu de sobriquet. Je ne sais pas d’où vient qu’on me surnomme Séka Séka. Je ne veux plus qu’on me désigne par ce surnom. C’est diffamatoire. Je suis Yapo Séka Anselme c’est tout. Que personne ne m’appelle plus Séka Séka dans ce pays”, a-t-il plaidé devant le tribunal.

Sur les faits qui lui sont reprochés, Anselme Séka Yapo a relaté que revenant d’une mission au Maroc, dans la nuit du 15 au 16 septembre 2002, dans la journée du 18, il a effectué les courses de sa patronne, Simone Gbagbo partie en Italie, la veille avec son époux, le président Laurent Gbagbo.

‘’Dans la matinée du 18, donc, je suis parti à Bonoua, Moossou en compagnie de Claudine Ouattara Ehivet, la sœur cadette de la première dame. A mon retour, je suis allé me coucher ailleurs et vers 2h du matin, on m’appelle pour dire qu’Agban a été attaqué. De l’extérieur, je suis venu au camp d’Agban pour organiser la contre-offensive”, a-t-il dit.

Après un combat ‘’épique”, selon lui, car ‘’Agban était déjà pris aux 2/3 par les rebelles”, le camp a pu ‘’être libéré quand même avec nos moyens de bord”.

‘’M. le président, contrairement à tout ce qui a été dit sur moi ici, je n’étais pas à bord du char Gon Coulibaly de la gendarmerie mais c’est avec un char sud-africain RG-12 que nous avons fait le ratissage le 19 septembre matin aux alentours du camp d’Agban”, a précisé le Cdt Séka Yapo.

Déclinant toujours son agenda du 19 septembre, il a affirmé à la barre avoir libéré, entre 8h30 et 9h, le général Touvoly, commandant supérieur de la gendarmerie, ‘’otage” avec sa famille des rebelles avant de le conduire avec les siens à la résidence du président Gbagbo.

‘’Aux environs de 10h, le ministre de la défense Lida Kouassi m’a envoyé au domicile de M. Alassane Dramane Ouattara, président du RDR qui l’a appelé, selon le ministre, pour lui demander des éléments pour sécuriser sa résidence. Arrivé sur les lieux, les vigiles m’ont dit que M. Ouattara est sorti depuis 8h30 avec des personnes pour aller se réfugier à la résidence de l’ambassadeur d’Iran et non d’Allemagne”, a indiqué le prévenu.

En route pour la résidence de l’ambassadeur d’Iran, a-t-il poursuivi, Anselme Séka Yapo dit avoir été rappelé par son mandant de retourner car ‘’ Alassane Ouattara lui aurait dit qu’il n’a pas besoin

d’escadron de la mort mais d’escadron pour sa sécurité. M. le président, c’est ce jour-là que j’ai entendu pour la première fois, le terme d’escadron de la mort qu’on tente de me coller”.

Selon le prévenu, c’est l’animateur Yves Zogbo Junior qui lui a annoncé, vers 16h dans son bureau à la résidence présidentielle que des hommes en armes étaient à la résidence du général Guéï pour prendre Fabien Coulibaly et les autres pour ‘’une destination inconnue”.

‘’C’est plus tard à la télévision que j’ai appris qu’ils ont été abattus”, a affirmé le Cdt Séka Yapo ajoutant qu’auparavant, à 18h30, sur instructions du ministre Lida Kouassi contacté par

l’ambassadeur de France Renaud Vignal, il a sécurisé le départ de M. Ouattara de la résidence de l’ambassadeur d’Iran à celle de M. Vignal.

‘’ Alassane Ouattara était dans la voiture de l’ambassadeur Vignal et moi j’ai pris dans mon véhicule, Henriette Diabaté, Adama Toungara et une autre dame pour regagner la résidence de l’ambassadeur de France qui avait menacé, selon le ministre Lida, qu’aucun cheveu de M. Ouattara ne devrait être touché” s’est-il rappelé.

Sur l’origine des accusations portées contre lui, Séka Yapo a expliqué au tribunal que pour se laver de tous ces soupçons, il a traduit les journaux français, Le Monde, L’Express, Paris Match et La Croix en justice pour ‘’diffamation”.

‘’M. le président, j’ai gagné les procès tant en première instance qu’en appel. Et quelques temps après le verdict en appel, le bureau parisien de mon avocate française a été incendié. J’ai demandé à Me Djirabou mon conseil de prendre langue avec sa consœur française. Il vous en dira plus”, a poursuivi le prévenu précisant qu’il n’est ‘’ni un mythomane ni un tueur à gage”.

Le 19 septembre 2002, le général Robert Guéï, ex-chef de la junte militaire (1999-2000), son épouse, et certains éléments de sa garde rapprochée ont été exécutés lors du coup d’Etat manqué qui s’est mué en une rébellion ayant divisé la Côte d’Ivoire en deux parties (2002-20010).

24 militaires dont le colonel Brunot Dogbo Blé, ex-commandant de la garde républicaine et le Commandant Anselme Séka, ancien chef de la sécurité de l’ex-Première Dame Simone Gbagbo sont poursuivis pour des faits ‘’d’assassinat et de complicité d’assassinat.

© CAMERPOST avec © APA

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