Chine : L’affaire de la sextape chez Uniqlo suscite un débat éthique et juridique – 21/07/2015

 Des passants prennent des photos, le 15 juillet 2015, devant le magasin de vêtements Uniqlo de Pékin où aurait été tournée la sextape. | © AFP / FRED DUFOUR
Des passants prennent des photos, le 15 juillet 2015, devant le magasin de vêtements Uniqlo de Pékin où aurait été tournée la sextape. | © AFP / FRED DUFOUR

En cette ère d’omniprésence des gadgets pouvant filmer ou photographier instantanément et de la transmission instantanée, faire une vidéo à caractère sexuel ou la mettre en ligne n’a rien de bien difficile. Mais ce n’est pas tous les jours qu’une telle vidéo attire l’attention nationale et crée un tollé dans le discours public.

Habituellement, ce genre d’histoire concernerait plutôt des célébrités. Mais le clip d’une minute qui est devenu viral le 14 juillet met en vedette un couple anonyme.

Ce qui l’a rendu si spécial était son emplacement -une cabine d’essayage d’une boutique de vêtements décontractés à Beijing. Cet élément d’information a surgi sur la bande via le système de sonorisation.

Une apparente grande majorité de l’opinion pense que ce fut un coup de marketing. Car les deux personnes figurant dans la vidéo n’étant pas des artistes, Uniqlo, le magasin en question, a été la seule partie à acquérir une grande visibilité grâce à cette histoire.

Comme Uniqlo est une franchise japonaise et qu’il en faut peu pour stimuler les sentiments antijaponais, il y a peu de sympathie pour elle au sein du public chinois.

De son côté, Uniqlo a catégoriquement nié toute implication.

La marque japonaise coopère sans doute avec la police pour l’enquête menée sur l’incident. Comme la plupart des magasins de vêtements, elle sépare ses cabines d’essayage par sexe et n’autorise qu’une seule personne dans une pièce à la fois.

Si la vidéo n’a pas été manipulée numériquement, le couple peut avoir réussi à échapper à la surveillance. Mais de toute façon, même une vidéo faite chez soi peut être facilement modifiée.

Pour reprendre la même théorie de la conspiration disant qu’Uniqlo a tout planifié pour donner un coup de fouet à la reconnaissance de son nom, il serait également plausible qu’un concurrent se soit livré à cette manipulation pour détruire la réputation d’Uniqlo. Toute personne ayant un minimum de bon sens devrait savoir qu’une entreprise de renommée mondiale prise dans de ce genre d’incident grave contraire à l’éthique -voire illégal- risque de faire face à de sérieuses conséquences.

La deuxième question est la pertinence -ou plutôt l’absence de celle-ci- qu’il y a à se livrer à des relations sexuelles dans un espace inapproprié.

Une cabine d’essayage, tout comme des toilettes publiques, est unique en ce qu’elle est un espace privé au sein de la sphère publique. Et comme les toilettes publiques, elle sert à un but précis.

Donc, que ce soit par passion ou esprit d’aventure, le couple que l’on voit dans la vidéo a violé les règles implicites concernant l’utilisation d’une cabine d’essayage.

Certains experts juridiques se sont manifestés et ont expliqué que ce n’est pas illégal en soi. Je n’ai pas les connaissances nécessaires pour porter le même jugement, mais je suis néanmoins assez sûr qu’avoir des relations sexuelles dans une cabine –qu’elles soient filmées ou non- est une violation des conditions de base fixées par le détaillant et, plus sérieusement, des normes sociales.


Une sextape dans un magasin Uniqlo en Chine… par 20Minutes

Certaines informations sporadiques font état du fait que le couple en question a été choqué de voir son intimité rendue publique d’une manière brutale.

Ils ont insisté sur le fait qu’ils n’avaient jamais eu l’intention que la vidéo soit rendue publique.

Si cela est vrai, il est aussi possible que leur téléphone portable ou un ordinateur ait été piraté.

Il semble y avoir un consensus, au moins parmi les experts, pour dire que, en ce qui concerne la personne qui a mis la vidéo en ligne, quelle qu’elle soit, la violation de la morale, et peut-être de la loi, a été plus flagrante encore.

Car cela aurait été une violation flagrante de la vie privée et, comme le contenu peut être considéré comme de nature pornographique, le rendre public, avec ou sans le consentement des personnes impliquées dans la réalisation de la vidéo, va à l’encontre de la loi.

Plus troublant est l’atmosphère de carnaval qui a entouré l’exposition d’une telle intimité personnelle.

La vidéo a fait ressortir le côté voyeuriste de nombreuses personnes, qui l’ont regardée avec avidité et l’ont diffusée avant de vouloir ensuite donner des leçons de morale.

Ces gens ont dénoncé le fabricant, le distributeur et le possible commanditaire de la vidéo, en songeant rarement à la possibilité que les trois rôles peuvent être séparés et que, dans chaque cas, il pourrait y avoir un auteur différent et une victime différente.

L’Internet en Chine, en général, ressemble au rêve humide d’adolescent de nombreuses photos de nature explicite placardées sur une page donnée.

Et tout cela sur des sites Internet légitimes et après plusieurs séries de campagnes gouvernementales visant à éradiquer la pornographie en ligne.

La demande pour des choses émoustillantes existera toujours, et cela dépendra de comment et vers où la libido sera canalisée.

Dans un sens, ceux qui ont eu des relations sexuelles dans une cabine d’essayage représentent le grand public en ce que les irrégularités, si elles ne sont pas découvertes, renforcent son sentiment de bravade et, parce que, sous le couvert de l’anonymat, elles ne comportent pas beaucoup de risques.

Source : © Agence de presse Xinhua

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