Chine-Afrique : ” Toute super-nation qui ignore l’Afrique le fait à son propre péril ” – 18/05/2014

« La Chine continuera à mettre en priorité les investissements, surtout dans le développement des infrastructures dans sa coopération avec le continent africain », a indiqué Li Keqiang aux délégations à la deuxième journée du Forum économique mondial sur l’Afrique qui vient de se dérouler du 7 au 9 mai à Abuja, la capitale du Nigeria.

La Chine et d’autres puissances continueront de renforcer les relations avec l’Afrique du fait de la place importante qu’elle occupe dans le programme des affaires mondiales. La Chine a choisi d’augmenter ses investissements aussi bien que ses relations économiques avec le continent africain. Le continent africain est un important berceau pour la civilisation mondiale.

Li Keqiang énumère les vertus du continent

Le Premier ministre chinois, Li Keqiang.

« Au cours du dernier centenaire, les populations de l’Afrique ont réussi la libération nationale et l’indépendance. Et surtout depuis le début du nouveau siècle, l’Afrique a démontré une vitalité économique forte, a maintenu une stabilité globale et a émergé comme un continent en progression », a-t-il dit. « Il y a trois ans, quand je parlais aux quartiers généraux de l’Union africaine, j’ai déclaré que l’Afrique était un pôle du monde de trois façons. »

Premièrement, « l’Afrique est constituée de 54 pays qui comptent pour plus du quart des États membres de l’ONU. L’Afrique est ainsi devenue un pôle majeur dans l’arène politique mondiale.»

Deuxièmement, « l’Afrique a une population totale d’un milliard de personnes et un agrégat économique de plus de 2 trillions de dollars américains. Des croissances au monde, les plus rapides en 2013, sept sont en Afrique, ce qui indique son poids de plus en plus grand dans le monde en développement. »

Et finalement, « l’Afrique est par conséquent, également un pôle de croissance majeure. Avec plus de 1 500 groupes ethniques et plus de 2 000 langues différentes, l’Afrique est riche de son héritage culturel. Une telle diversité culturelle pleinement exposée sur le continent fait de l’Afrique un pôle coloré dans la civilisation humaine. »

Les convictions du Premier ministre quant à la progression de l’Afrique

Pour lui, « la progression de l’Afrique en tant que nouveau pôle engendrera un monde plus démocratique, stable, dynamique et coloré, et facilitera la paix, le développement et le progrès dans le monde.». Il a indiqué que la Chine travaillait déjà avec l’Afrique pour mettre à niveau et construire des infrastructures de transport afin de promouvoir un réseau de chemin de fer à haute vitesse et des réseaux routiers en Afrique. « Le président Goodluck Jonathan a proposé la construction d’un réseau d’autoroutes en Afrique de l’Ouest. Nombre de pays ont également exprimé leur intérêt dans la coopération avec la Chine dans la construction d’autoroutes. La Chine accueille favorablement de tels désirs et intensifiera les coordinations avec l’Afrique pour connecter les autoroutes actuelles en Afrique afin de former un réseau continental dans l’avenir. »

En financements et en secteurs, la Chine est prête à aller loin

« La Chine est prête à fournir des soutiens en financements, en personnels et en technologies pour le développement des infrastructures en Afrique. La Chine intensifiera ses investissements et sa coopération financière avec l’Afrique en accordant des crédits additionnels de 10 milliards de dollars dans sa ligne de crédits promise sur un total de 30 milliards de dollars et en ajoutant une autre somme de 2 milliards de dollars pour faire du Fonds de développement sino-africain un total de 5 milliards de dollars. La Chine va vigoureusement faire progresser le programme des talents africains en fournissant 18 000 bourses gouvernementales à des étudiants africains et en formant 30 000 professionnels africains dans différents domaines. La Chine aidera également dans la formation de plus de personnels techniques pour l’Afrique à travers plusieurs niveaux, y compris des schémas de formation des entreprises chinoises et des instituts Conficius en Afrique », a conclu le Premier ministre chinois. Autant d’éléments qui illustrent la place stratégique que l’Afrique occupe vue de Pékin.

Conséquences pour l’Afrique

Les conséquences de ces promesses et « bonnes » intentions pour l’Afrique pourront être positives aussi bien que négatives. Durant les dix dernières années, nous avons vu le rôle que la Chine a joué dans le développement du continent africain. La construction des autoroutes, des buildings gouvernementaux etc. mais quels impacts du développement sur les populations africaines ?

Certes, la Chine n’a jamais été accusée de colonialiste ni de colonisatrice comme la France et autres occidentaux… La Chine pratique ce que j’appellerais la colonisation « financière » ou « économique » moderne. Elle n’est qu’intéressée par les ressources naturelles dont regorge l’Afrique.

Voici un peu le drame : l’Afrique est passée de l’esclavage à la colonisation, de la colonisation à la coopération, de la coopération au partenariat, du partenariat à la mondialisation ! Les résultats obtenus depuis dès lors montrent d’une façon incontestable que les « aides internationales » ne peuvent favoriser le développement en aucun cas. Preuve : si les aides internationales étaient compatibles avec le développement, l’Afrique serait le continent le plus développé au monde ! L’Europe, ou au moins, la majorité des pays européens ne s’est pas développée pas grâce aux aides internationales. La Chine, le Japon, et même le Brésil…, qui finance leur développement ? Autant que les économies africaines seront basées sur l’aide internationale, les dirigeants africains pratiqueront pour longtemps la gouvernance du gaspillage.

Tous les marchés signés en Afrique avec la Chine sont des contrats d’échange, la Chine importe tous les matériaux et la main d’œuvre [Elle n’emploie pas (ou très peu) de main d’œuvre africaine], ils vivent en camp durant la durée des travaux et ensuite pour la grande majorité repartent dans leur pays.

Site d’or en Afrique.

La Chine, qui fait l’exploitation illégale des ressources minérales et embauche des mineurs pour des travaux exigeant à déployer « grande énergie », créant ainsi des nuances au respect et à la protection des droits des enfants. Seriez-vous surpris que certains chinois abusent des jeunes filles mineures africaines (même de moins de quinze ans) sexuellement ? C’est la réalité ! Et ces actes restent impunis (de peur que les contrats signés ne soient abrogés.). Ces jeunes filles seraient infectées du VIH/SIDA et bien d’autres maladies infectieuses ou abandonneraient le chemin de l’école – cause de grossesse. Cela pose certainement des adversités sur les politiques de santé publique et la vie sociale.

Et les Africains eux-mêmes ?

On ne peut dire que les Africains eux-mêmes, ont refusé le développement. La Chine accorde des bourses aux Ghanéens, Sénégalais, Togolais etc. pour aller enseigner le français et l’anglais dans les universités chinoises. Nombre sont-ils [les Chinois] qui suivent les cours de langues des Alliances Françaises en France et même en Afrique. C’est parce qu’ils reconnaissent la valeur des langues dans les négociations et le commerce international. Et voyons qu’un Ghanéen ne comprend pas qu’il soit encouragé d’apprendre le français. Pis, le français est une matière facultative dans le système éducatif dans la plupart des pays anglophones (comme le Ghana), pas comme dans les pays francophones où l’anglais est obligatoire – ce qui n’encourage pas du tout le commerce intracontinental et crée des blocages à l’intégration économique régionale, ce qui devrait se traduire à la constitution des États-Unis d’Afrique.

Les conséquences de la « corporation économique » avec la Chine sont nombreuses et très nuisibles, c’est aux dirigeants africains de tenir au centre les intérêts des populations africaines dans les négociations et la ratification des accords commerciaux.

Par Isidore Kpotufe (*)

Un article d’IMANI francophone.

[*] Isidore Kpotufe est responsable d’IMANI-Francophone, projet francophone du think tank IMANI Ghana classé 4e think tank le plus influent en Afrique en 2013 par l’université de Pennsylvanie.

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