Catastrophe ferroviaire d’Eseka : « Au Cameroun, les chemins de fer restent aux normes coloniales »

Pour Jean-Marc Bikoko "la responsabilité de la compagnie Camrail et donc du Groupe Bollore Logistics, dans cette catastrophe, est entière." | © CCFD-Terre Solidaire
Pour Jean-Marc Bikoko “la responsabilité de la compagnie Camrail et donc du Groupe Bollore Logistics, dans cette catastrophe, est entière.” | © CCFD-Terre Solidaire

Président de la Centrale syndicale du secteur public, Jean-Marc Bikoko revient sur la catastrophe ferroviaire d’Eseka, qui a fait au moins 75 morts et plus de 600 blessés, le 21 octobre. Pour ce syndicaliste, le bilan de la privatisation des chemins de fer au Cameroun est négatif.

Quelle est la responsabilité de la compagnie Camrail, filiale du groupe Bollore Africa Logistics, dans la catastrophe ferroviaire qui endeuille le Cameroun ?

Jean-Marc Bikoko. De mon point de vue, la responsabilité de la compagnie Camrail et donc du Groupe Bollore Logistics, dans cette catastrophe, est entière. Elle se situe à trois niveaux. Sa première responsabilité réside dans la non modernisation des chemins de fer camerounais après la concession en 1999 et leur maintien dans les normes coloniales. En effet, les voies du réseau ferroviaire camerounais sont très étroites, très loin des standards internationaux. Alors que l’écartement conventionnel conforme à la convention de Berne du 10 Mai 1886 est de 1,435 m (1435 mm), l’écartement du rail au Cameroun est de 1000 mm. Au vu de l’étroitesse de la voie, il va de soi que la vitesse des trains est extrêmement réduite, ce qui justifie la durée assez longue des voyages. La durée du trajet Yaoundé-Ngaoundéré long de 653 km est de 15 à 20 heures, tandis que celle du trajet Douala-Yaoundé long de 265 km est de 5 heures. Sa deuxième responsabilité réside dans la vétusté et le mauvais état du matériel roulant dont la maintenance ne serait pas rigoureuse. Certaines sources évoquent à propos de cet accident « les freins du train qui auraient lâché »…

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