Cameroun : Yves Michel Fotso : « J’ai gagné mon argent à la sueur de mon front » – 20/06/2015

Yves Michel Fotso | ©  Jeune Afrique / Archives
Yves Michel Fotso | © Jeune Afrique / Archives

Le coup de gueule de l’ancien administrateur directeur général de la Camair au Tribunal criminel spécial.

Yves Michel Fotso semble excédé par ce Tribunal criminel spécial (Tcs) où on exige de lui un remboursement en espèces ou rien. L’accusation le lui a dit il y a deux semaines : si vous voulez rembourser, c’est en numéraire uniquement. Hier, 17 juin, M. Fotso a réitéré sa demande de remboursement en nature. Et les avocats de l’Etat du Cameroun ainsi que ceux de la liquidation de la Camair qui se sont joints aux représentants du parquet général du Tcs lui ont redit leur position: Non monsieur ! Nous voulons du cash. Peu disert depuis l’ouverture de cette affaire qui l’oppose à la liquidation de la Camair, hier, l’ancien directeur général de la défunte compagnie aérienne est sorti de ses gonds.

Morceaux choisis de cette diatribe, comme il n’en a pas eu l’habitude devant les prétoires : « Monsieur le président (le juge Francis Claude Moukouri qui conduit les débats, Ndlr), pourquoi veut-on me priver de la possibilité qu’offre pourtant la loi du Tcs d’effectuer un remboursement en nature ? Ce n’est ni au parquet du Tcs, ni aux avocats de l’Etat d’en décider. Laissez le ministre de la Justice à qui cette demande a été soumise décider tel que le prévoit la loi. Nous vous demandons de ce fait de surseoir à l’instruction de cette affaire en attendant que le ministre de la Justice se prononce. On vous dit en face (parquet, avocats de l’Etat, avocats de la liquidation de la Camair, Ndlr) que c’est un moyen pour moi de retarder la procédure. Non monsieur le président.

En aucun cas je ne retarde cette procédure. Après cette audience je rentrerai dans mon trou. On m’a privé de mon travail. Chacune de mes sorties de cellule nécessite tout une escorte, des armes, des gendarmes cagoulés, un important déploiement du Gpign (Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale). Vous croyez vraiment qu’avec tout ça je suis mieux loti ? Laissons le ministre de la Justice rendre ses responsabilités. S’il rejette ma demande, vous pouvez me condamner à 25 ans de prison, à 50 ans de prison, ou même à la prison à vie, comme vous le souhaiteriez », assène Yves Michel Fotso.

Blocage des comptes

Comme révolté, il poursuit : « Monsieur le président, qui peut le plus peut le moins. Vous n’avez même pas besoin de renvoyer cette audience, il suffit de prendre une décision tout de suite pour lever le blocage de mes comptes. Ils veulent de l’argent, il y a de l’argent. Je ne suis pas obligé de dire ce qui se trouve dans mes comptes. J’ai gagné mon argent à la sueur de mon front. Mais je vous garantis que si vous libérez mes comptes, à la prochaine audience j’aurai payé en numéraire. Si ce n’est pas fait (le déblocage de ses comptes, Ndlr), souffrez que je rembourse en nature ».

En effet, depuis le 24 avril 2015, Yves Michel Fotso a fait une offre de restitution en nature du corps du délit qui lui est imputé. Il ainsi décidé de céder sa résidence de Bandjoun évaluée à plus de 1,08 milliard FCfa à l’Etat du Cameroun, contre l’arrêt des poursuites dans l’affaire Camair. Accusé du détournement de 69 milliards FCfa, montant revu à 2 milliards FCfa suite à un protocole d’accord transactionnel, Yves Michel Fotso a déjà remboursé 665 millions FCfa en espèces. Face au blocage de ses comptes par le juge d’instruction Annie Noëlle Bahounoui, il s’est dit dans l’incapacité de restituer le solde des 2 milliards FCfa, d’où l’offre de restitution en nature. Une option que le parquet du Tcs et les avocats de l’accusation refusent arguant que le remboursement doit se faire en espèces. Laurent Esso ne s’est toujours pas prononcé pour trancher cette querelle. Entre temps, la défense et l’accusation continuent de se déchirer.

Source : © Le Jour

Par Eitel Elessa Mbassi