Cameroun – Yaoundé: Un présumé membre de Boko Haram sème la panique – 13/05/2014

C’est au lieu dit «Camair» à Yaoundé, que s’est déroulée la scène assez inhabituelle pour les populations de cette zone. Armés, des membres des forces de l’ordre camerounais ont conduit pour des examens médicaux, un homme en fauteuil roulant à l’immeuble situé juste en face de celle abritant les services de la «Camair-co».

La nouvelle a rapidement fait le tour de la ville, cet après-midi du 12 mai 2014. Entre deux coups de fil ou sur des réseaux sociaux, les uns et les autres papotent autour du sujet. « La police a « encerclé » le bâtiment en face de celui de la Camair-co. On parle des membres de Boko Haram qui s’y cachent », peut-on lire au nombre des messages qui s’échangent sur la toile. Sur les lieux, on peut constater un déploiement assez inhabituel : ils sont pratiquement 04 policiers pour diriger la circulation et filtrer les mouvements à cet endroit. Ils sont repartis sur le tronçon routier reliant le carrefour au lieu dit, « gare routière de Soa ». Aux alentours de l’immeuble, la circulation est pratiquement inexistante. Toute activité cessante, les uns et les autres ont le regard tourné vers le bâtiment en question. Bâtiment devant lequel, sont stationnées deux véhicules de l’armée camerounaise : un pick-up aux couleurs de la gendarmerie nationale, portant d’ailleurs un écriteau plus qu’illustratif sur l’identité de ses occupants et une ambulance, 4×4 de couleur noire, floquée « hôpital militaire région n°1 ».

Autour des différents véhicules, quelques 04 gendarmes traînent. A l’entrée du bâtiment, un militaire, arme aux poings, veille au grain. Ce dernier filtre les entrées : « personne ne peut passer, vous devez attendre jusqu’à ce qu’on soit parti », rétorque-t-il au reporter qui tente d’accéder à l’immeuble. C’est exactement le même message qu’il adresse à tout nouveau venu. Cependant, il se montrera un peu plus loquace avec un journaliste du journal Repères dont les bureaux sont situés dans l’immeuble. En plus d’avoir présenté sa carte de presse, ce dernier explique l’urgence de sa présence au bureau. C’est ainsi que, le militaire lui expliquera calmement qu’ils sont là pour accompagner un membre de la secte islamique Boko Haram qui doit d’urgence effectuer des examens médicaux. Et de préciser que c’est sous ordre du président de la République.

Devant l’insistance du journaliste qui lui montre bien que, « Boko Haram ou pas, la vie ne doit pas s’arrêter parce qu’ils transportent un malade à l’hôpital », le militaire lui répondra simplement : « allez-y donc si vous en avez le courage, c’est à vos risques et péril. Car, ils ont ordre d’ouvrir le feu à la vue du moindre civil ». Cette phrase ayant eu l’effet escompté, le journaliste se montrera moins insistant et un peu plus patient. Mais pas longtemps car, après avoir fait un guet rapide, le militaire reviendra vers lui pour l’escorter jusqu’à son bureau.

Examens médicaux

Cet épisode passé, les rivérains sont toujours en alerte. Tout d’un coup, l’on voit sortir de l’immeuble un gendarme, aussitôt suivi de 04 autres personnes, parmi lesquelles deux en tenues de ville. Le petit groupe porte avec beaucoup de peine, un monsieur d’une cinquantaine d’années, assis dans un fauteuil roulant. Tout de gris vêtu, ce dernier à l’air de vraiment souffrir. Il est transporté jusqu’à l’ambulance. Là il y est installé sur le siège avant, côté passager. La chaise roulante est aussitôt repliée et déposée dans le Pick-Up qui avait été avancé de quelques mètres. La circulation est stoppée durant ce court laps de temps. Les deux véhicules se mettent en position départ, quelques gendarmes et le militaire saute à l’arrière de l’ambulance. Le reste de l’équipe dans le pick-up. Le départ est annoncé. Ils s’en vont.

Les activités reprennent. Mais les commentaires vont bon train. Pour certains, « c’est juste un malade qu’on a transporté au centre médical pour des soins ». Pour d’autres « depuis quand transporte-t-on un simple malade pour l’hôpital avec des armes et un tel manège ? ». Au « centre médical de radiologie et d’échographie » où a été le malade, le reporter apprendra que « c’est un Nigérian de Boko Haram qui a été arrêté à Kousseri et qui a été amené ici pour des examens médicaux ». Le sourire en coin de notre source aide à établir le lien avec les allégations faites par le militaire en faction à l’entrée de l’immeuble plus tôt. Dans une sorte de deal avec les infirmiers trouvés sur place en effet, le reporter du Messager conclut qu’il ne faut pas en dire plus ! Secret défense !

On se souvient qu’après une attaque de Boko-Haram contre un poste de brigade de la gendarmerie camerounaise à Kousseri, les forces de l’ordre camerounaises ont procédé à plusieurs arrestations, soit à peu près 200 personnes auditionnées pour besoin d’enquête. C’est au nombre de ces arrestations, qu’a été ramené ici, « ce supposé membre de Boko Haram » qui aurait selon toute vraisemblance eu besoin de soins avant toute exploitation approfondie.

Source : © Le Messager

Par Florette MANEDONG